A voir le grand nombre de divisions politiques faites en ce pays, on les croirait arbitraires ; presque toutes ont été dessinées sur le sol par la nature même. Des montagnes courant en sens contraire se sont soudées les unes aux autres et, en se réunissant, ont enfermé, comme entre de hautes murailles généralement stériles, parfois inexpugnables, les plaines de la Phocide, de la Béotie, de l'Attique, de la Mégaride, de la Corinthie, de l'Argolide, de la Laconie et de Mantinée. De là, la division du peuple grec en tant de petits États, l'ardent patriotisme dont chaque cité était animée et sa haine contre la cité voisine qui, placée dans une autre vallée, semblait être dans un autre monde. La géologie a fait la constitution politique de l'ancienne Grèce.
Parcourons quelques-unes de ces régions naturelles. La Thessalie a formé parfois un seul État, malgré l'Othrys qui la coupe en deux, parce que cette montagne, assez haute pour être la ligne de partage des eaux, ne l'est pas assez pour être la ligne de démarcation des hommes. Seulement, la vie a été bien autrement active aux bords des golfes Maliaque et Pagaséen, qui s'ouvrent sur la Grèce, que dans le bassin solitaire du Pénée. Les villes s'y pressent comme les légendes. Les deux Locrides, opuntienne et épicnémidienne, couvrent les pentes qui descendent à la mer Eubéenne ; la Béotie, celles qui s'inclinent à l'intérieur vers le lac Copaïs ( Ce lac est encore à 95 mètres d'altitude.) : sol gras et humide, climat brumeux sous lequel on s'étonne que Pindare ait chanté. Mais la Béotie était à deux jours sur la mer : par le pays d'Aulis, sur l'Euripe, où Agamemnon s'embarqua (1), et, par les vallées de Creüsis et d'Aphormion, sur le golfe de Corinthe. |
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La Phocide, plus haut dans la montagne, enveloppait la Béotie et, comme elle, touchait aux deux mers : à la mer Eubéenne par Daphnous, au golfe de Corinthe par Cirrha, où commençait la route des pèlerins qui montaient au temple d'Apollon.
La Doride, haute et froide vallée entre l'Oeta et le Parnasse, aurait pu n'être que le commencement de la Phocide. Le canton montagneux des Locriens Ozoles offrait à ce peuple d'inexpugnables retraites. Pausanias tire leur nom de l'odeur de leurs vêtements en peaux de bêtes non préparées et un de leurs poètes, des fleurs qui embaumaient l'air de leurs montagnes. Je crains que le poète n'ait tort ; leur vie grossière donne raison à Pausanias. Leurs voisins à l'Ouest, les Étoliens, habitaient un pays sauvage, où les villages bâtis sur la pente des rocs restaient, l'hiver, sans communication entre eux. Ces hauteurs sont les dernières ramifications du Pinde et de l'Oeta qui viennent mourir d'une part sur les bords du fleuve Achéloos, de l'autre sur ceux du golfe de Corinthe, au point le plus étroit de cette mer, là où la côte du Péloponnèse n'est qu'à 1600 mètres de distance. C'est par là que les Étoliens iront, dans les derniers temps, ravager si souvent la presqu'île, comme ils passeront entre le Pinde et l'Oeta pour piller la Thessalie. Ils n'avaient que ces deux portes ouvertes sur la Grèce. |
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Le canton montagneux des Locriens Ozoles offrait à ce peuple d'inexpugnables retraites. Pausanias tire leur nom de l'odeur de leurs vêtements en peaux de bêtes non préparées et un de leurs poètes, des fleurs qui embaumaient l'air de leurs montagnes. Je crains que le poète n'ait tort ; leur vie grossière donne raison à Pausanias. Leurs voisins à l'Ouest, les Étoliens, habitaient un pays sauvage, où les villages bâtis sur la pente des rocs restaient, l'hiver, sans communication entre eux. Ces hauteurs sont les dernières ramifications du Pinde et de l'Oeta qui viennent mourir d'une part sur les bords du fleuve Achéloos, de l'autre sur ceux du golfe de Corinthe, au point le plus étroit de cette mer, là où la côte du Péloponnèse n'est qu'à 1600 mètres de distance. C'est par-là que les Étoliens iront, dans les derniers temps, ravager si souvent la presqu'île, comme ils passeront entre le Pinde et l'Oeta pour piller la Thessalie. Ils n'avaient que ces deux portes ouvertes sur la Grèce. |
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L'Achéloos, dont le delta grandit sans cesse par les alluvions que le fleuve apporte, les séparait de l'Acarnanie, autre région montagneuse, mais composée d'un calcaire poreux qui ne tient pas l'eau. Aussi l'appelle-t-on aujourd'hui le pays sec, Xéroméros. Pas une rivière ne circule à sa surface. La mer a beau lui envoyer de trois côtés des nuées pluvieuses, les torrents à peine formés par un orage disparaissent en des gouffres profonds. Le sol prend tout et ne rend rien, si ce n'est au bas des collines où les nappes intérieures reviennent au jour et s'étendent en lacs et en marais. Un autre trait de la géologie de cette région est une chaîne de montagnes hautes de 1600 mètres qui borde la mer ionienne et n'y laisse point de place aux populations pour vivre et s'étendre, aux cités pour s'élever ; de sorte que le côté par où l'Acarnanie pouvait le plus aisément recevoir l'influence de la Grèce s'est trouvée hermétiquement fermée. Comment s'étonner qu'elle ait vécu à l'écart? Au temps de Périclès, on y trouvait les moeurs de l'âge héroïque ; il n'y avait qu'à regarder un Acarnanien pour savoir comment un héros d'Homère était fait. Jusqu'à ce jour, ils n'ont guère changé ; quelques-uns se nourrissent encore du gland amer des chênaies. (2) Le Nord Est de l'Acarnanie, d'accès fort difficile, fut cependant envahi par les tribus de l'Epire. Les Amphilochiens, qui l'habitaient, étaient à demi grecs et à demi barbares. A l'Ouest s'établirent les colons de Corinthe. De ce côté s'étend l'île de Leucade (Sainte Maure), qui d'abord tenait au continent par un isthme de 5 stades. Les colons, pour se mettre en sûreté contre les brigandages des Acarnaniens, creusèrent un canal, le Dioryctos : la mer fit le reste, mais c'est le plus modeste et le plus calme des détroits : on le traverse en quelques minutes, dans un bac et à la perche, comme un obscur ruisseau. Il faut plus de façons pour l'Euripe. |
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A l'extrémité opposée de la Grèce centrale s'étend une presqu'île bien mieux dessinée, l'Attique, que le Cithéron et le Parnès séparent de la Béotie, que le Pentélique et l'Hymette partagent en deux versants, et qui s'incline vers trois mers. Malgré ces directions divergentes, c'est une des contrées les mieux faites de la Grèce et où l'unité était le plus facile, car les Athéniens, qu'Eschyle appelle « les constructeurs de routes qui ont apprivoisé la terre sauvage », en relieront tous les points par des voies que la nature sèche du sol rendra toujours praticables, sans qu'elles aient besoin de la solide grandeur des voies militaires de Rome. L'Attique eut beaucoup de villages, mais une seule ville, l'asile commun, le marché et la forteresse du pays : Athènes, entre l'Ilissos et le Céphise, au pied de rocs escarpés qui lui servirent de citadelle, à 8 kilomètres du Pirée, dont les trois ports pouvaient abriter quatre cents vaisseaux. Toute la vie de l'Attique devait se porter en ce point ; elle s'y concentra. Tous les échos de l'Asie vinrent y retentir, toutes les affaires du monde s'y traiter, toutes les doctrines, tous les arts, s'y épurer et y grandir. Le genre humain salue encore avec reconnaissance la patrie de Socrate, de Phidias et de Sophocle. En suivant la côte qui regarde Salamine, on trouve dans un fertile vallon Eleusis, qu'Athènes attira et retint sous son influence, et entre deux rochers Mégare qui, protégée par ses montagnes, échappa à cette attraction. Les Mégariens n'avaient qu'un sol stérile : « Ils labourent des pierres », dit Socrate ; mais leur ville était la porte de l'isthme. Pindare compare cet isthme à un pont jeté par la nature au milieu des mers pour lier ensemble les deux principales parties de la Grèce. Malheureusement les abords de ce pont, au Nord, sont hérissés de montagnes qui rendent le passage difficile : en mille endroits, quelques hommes résolus y tiendraient tête à une armée. Cette position de Mégare et ses deux ports sur les golfes Saronique et Corinthien, faisaient toute son importance. Mais, dans l'une de ces mers, elle trouvait la marine rivale de Corinthe ; dans l'autre, celle d'Athènes : redoutable concurrence qui devait la tuer. |
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Entre Cenchrée et Léchéon, l'isthme corinthien a de 5 à 6 kilomètres de largeur, et le point culminant est assez bas pour qu'on ait pu transporter par terre les vaisseaux d'un de ces ports à l'autre, afin d'éviter les longueurs et les périls d'une navigation autour du Péloponnèse. Démétrios Poliorcète, César et Néron songèrent à creuser en cet endroit un canal. Le Péloponnèse a trois régions bien caractérisées : le plateau central, ou l'Arcadie ; la Laconie, ou le bassin de l'Eurotas ; la Messénie, ou le bassin du Pamisos. Je parlerai plus loin des deux dernières, que le Taygète sépare et que la mer enveloppe de trois côtés ; quant à l'Arcadie, entourée d'un cercle de hautes montagnes qui ne s'ouvre qu'à l'ouest, du côté d'Olympie, en un étroit défilé par où l'Alphée s'échappe, elle présentait l'aspect d'un chaos de monts verdoyants et de fraîches vallées couvertes de bourgades, avec quelques rares plaines où s'élevaient les villes. C'était le pays le plus divisé de la Grèce : aussi ses habitants n'arrivèrent à l'union politique que fort tard et pour un moment ; c'était aussi le mieux arrosé : il avait des lacs à des hauteurs de 600 à 800 mètres au-dessus de la mer, comme le Phénéos, dont l'altitude est de 753 mètres ; et il en résultait un singulier phénomène géologique. Ces lacs servaient de réservoirs aux eaux du Péloponnèse ; alimentés par les ruisseaux descendus des hautes cimes, ils se déchargeaient par les conduits souterrains ou katavothra qui existaient naturellement à travers les montagnes, et formaient au-delà les rivières de la zone maritime. L'Eurotas, l'Alphée, le Styx et le Stymphale ont ainsi sous terre une partie de leur cours ; on compte dans l'Arcadie plus de trente de ces katavothra, mais aussi il arrivait souvent que ces canaux souterrains s'engorgent et alors se produisaient de redoutables inondations.(3) |
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Le reste du Péloponnèse, c'est-à-dire le littoral du Nord, n'est qu'une suite de courtes vallées descendant à la mer, chacune avec une ville qui formait un Etat à part. Les anciens y distinguaient cependant trois régions : l'Elide, la plus fertile contrée de la péninsule (4), l'Achaïe et l'Argolide. Ils ne faisaient habituellement, sur cette côte, d'exception que pour Sicyone et Corinthe, en donnant le nom de chacune de ces villes au pays environnant. L'Argolide, presqu'île entre trois mers, reproduit presque la figure de l'Attique. Mais la capitale n'est pas au centre ; son port était mauvais, même pour les navires des anciens ; son littoral était marécageux, et elle avait Sparte à ses côtés. Aussi, après avoir jeté un vif éclat dans les temps primitifs, elle ne joua, comme Thèbes, qu'un rôle secondaire, sans avoir, ainsi que cette autre rivale de Sparte et d'Athènes, la gloire éclatante de Leuctres et de Mantinée pour dédommagement de sa longue obscurité. (5) |
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Les montagnes de la Grèce couvrent les neuf dixièmes de sa surface et ne laissent à découvert qu'un très petit nombre de plaines, dont les plus grandes se trouvent en Thessalie. Il en résulta que cette province fut la seule qui nourrit une bonne et forte race de chevaux. Ces montagnes, aujourd'hui privées de leurs antiques forêts, ne sont pas plus riches que celles de l'Italie en métaux précieux. Cependant on tirait du cuivre et de l'amiante de l'Eubée ; du fer de la Béotie, du Taygète et des îles de Mélos, de Sériphos et d'Eubée ; Chalcis en fabriquait des armes excellentes, et ses ouvriers se vantaient d'avoir su les premiers travailler le cuivre. Il y avait de l'argent en Epire, en Chypre, à Siphnos et dans l'Attique, où Athènes, aux jours de sa puissance, occupa 20.000 hommes dans ses mines du Laurion (On trouve encore grand profit à en exploiter aujourd'hui les scories. ). Dans l'Haemos et l'Orbélos, dans la Thessalie, au mont Pangée, entre la Macédoine et la Thrace, et dans les îles de Siphnos et de Thassos, on trouvait de l'or. L'Hèbre de Thrace en roulait dans ses flots. L'Attique et les îles, surtout Paros, avaient des marbres renommés. (6) Dans les pays montagneux, les plaines sont ordinairement d'une extrême fertilité. La Thessalie, la Messénie, le nord de l'Élide et l'Eubée, qui fut le grenier d'Athènes, ne démentaient pas ce principe. La Béotie devait aussi à ses nombreux cours d'eau et à leurs dépôts longtemps accumulés une grande richesse, surtout la vallée inférieure du Céphise, fécondée, comme l'Egypte, par des inondations périodiques. Mais les habitants, gâtés par cette nature trop généreuse, s'engourdirent dans les plaisirs sensuels. Tandis que l'Attique, si pauvre, se couvrait d'une active et ingénieuse population, la Béotie nourrit un peuple dont la paresse d'esprit devint proverbiale, quoiqu'il ait compté parmi ses enfants Hésiode, qui, bien loin d'Homère, tient encore une grande place dans la poésie grecque, et Pindare, dont Horace a dit : « Un souffle vigoureux soutient le cygne de Dircé lorsqu'il monte dans la région des nues. » Les cantons élevés de l'Arcadie avaient pour habitants une race d'hommes qui ont quelques traits de ressemblance avec les Suisses par leurs moeurs simples et pastorales, leur esprit belliqueux, leur amour du gain et leur dispersion en de nombreux villages. |
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Prise dans son ensemble, la Grèce n'était pas assez fertile pour nourrir ses habitants dans l'oisiveté, et elle n'était pas assez pauvre pour les contraindre à dépenser toute leur activité dans la recherche des moyens de subsistance. La diversité du sol, plaines et montagnes, celle du climat, qui varie des neiges du Pinde aux cultures presque asiatiques du Péloponnèse, leur imposaient cette multiplicité de travaux qui développe les facultés et provoque la variété des idées par celle des connaissances, c'est-à-dire la civilisation. De leur sol les Grecs reçurent bien plus qu'aucun autre peuple l'obligation d'être à la fois pâtres et laboureurs, surtout marchands. Avec du blé et du bétail, un peuple peut vivre enfermé chez lui. Les Grecs en avaient peu, mais ils produisaient beaucoup de vin et d'huile, denrées essentiellement échangeables et qui exigent une main d'oeuvre intelligente. Le commerce fut donc pour eux une nécessité. Les Phéniciens leur avaient de bonne heure appris à construire « le cheval de mer » et à l'armer d'une voile, pour soulager les rameurs. La nuit, ils le guidèrent sur les flots d'après la plus brillante des constellations qui tournent autour du pôle, la Grande Ourse (7). Ajoutez qu'ils habitaient en face ou à proximité des contrées alors les plus civilisées et les plus riches, la Lydie, l'Ionie, la Phénicie, l'Egypte et, plus loin dans l'Est, la Chaldée, dans l'Ouest, Carthage ; de sorte qu'ils eurent le spectacle des moeurs les plus différentes, quand eux-mêmes étaient forcés de se donner les aptitudes les plus diverses. Quel vaste champ ouvert à l'imagination et à l'intelligence, et combien ce peuple avait de motifs pour se croire né de la terre qui le portait! |
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Comme leur sol encore, les Grecs avaient une constitution sèche qui les rendit agiles et nerveux. Leur large poitrine était celle de l'homme des montagnes qui respire à pleins poumons ; quoiqu'ils ne fussent pas de grande taille, ils étaient forts à la lutte, résistants à la fatigue, rapides à la course ; après avoir garanti leur indépendance, ces qualités militaires les rendirent maîtres de l'Asie. La nature avait mis la beauté sur leur visage ; la vie au grand air, de continuels exercices, développèrent les élégantes proportions de leur corps, et les artistes n'eurent qu'à regarder autour d'eux pour trouver des modèles. Ajoutez que sur ce sol découpé, où pas une vallée ne ressemble à l'autre, il y eut une telle variété de moeurs et d'institutions que l'agitation fut partout, à l'agora et dans les esprits, partout l'effort et la lutte. Nul peuple n'a autant vécu. Un pays, en Grèce, résume par excellence les défauts et les avantages du sol hellénique et de la configuration de ses côtes, où la terre et la mer se marient harmonieusement ; c'est le stérile Attique, avec ses fertiles campagnes de Marathon et d'Eleusis qui rendaient soixante pour un de semence, avec ses oliviers, son miel parfumé de l'Hymette, ses marbres du Pentélique, ses mines du Laurion, son atmosphère si pure, qu'on prétendait voir du cap Sounion l'aigrette et la lance de l'Athéna de l'Acropole ; et, mieux que tout cela, avec la mer qui, de trois côtés, lui sert de ceinture. Lorsqu'ils montaient au Parthénon, les Athéniens découvraient ces îles nombreuses semées autour d'eux sur les flots, comme pour devenir leur domaine ou les mener aisément, par « les routes humides », aux côtes de Thrace, d'Asie et d'Egypte. Chaque matin se levait le vent du Nord qui conduisait doucement leurs navires aux Cyclades ; chaque nuit soufflait le vent contraire qui en quelques heures les ramenait au port, sous un ciel tout semé de feux étincelants que ne voilent jamais les brumes épaisses de nos mers. « Douce et suave est notre atmosphère, dit un poète athénien ; l'hiver est pour nous sans rigueur, et les traits de Phoebos ne nous blessent point. » (8) |
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Cependant, au milieu de ces îles, autour de ces caps et dans les nombreux golfes du littoral, les courants marins et atmosphériques changent fréquemment de direction ; dans la haute mer surviennent des sautes de vent dangereuses. Au sud du Péloponnèse et vers la côte d'Asie, la navigation avait ses dangers (9). C'étaient des conditions favorables pour former d'habiles marins. La Grèce était donc un magnifique théâtre préparé à l'activité humaine. Que le despotisme eût approché de cette terre et de ces hommes, que Darios et Xerxès eussent vaincu à Marathon ou à Salamine, et les heureuses influences du sol et du climat étaient neutralisées ; la Grèce ancienne fût devenue ce que les empereurs et les sultans de Byzance ont fait de la Grèce moderne, une terre de désolation. Mais le génie de la liberté s'assit au foyer de ce petit peuple victorieux ; il éleva l'âme des Grecs, que la servitude eût dégradée ; il les aida à tirer de leur sol et d'eux-mêmes tous les trésors qu'une nature bienfaisante y avait déposés, que des institutions mauvaises et des circonstances contraires eussent rendus stériles ; et comme cette force vient du sol, elle s'y trouve encore. |
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Il y a cent quatre vingt ans, Byron, parcourant ce pays couvert des ruines faites par quatre siècles d'esclavage, s'écriait : « Que tu es belle encore dans ta vieillesse douloureuse, patrie déshéritée des dieux et des héros! » Libres aujourd'hui, les Hellènes aspirent à de nouvelles et glorieuses destinées. Mais, au voisinage d'Etats puissants et jaloux de toute vie qui s'éveille près de leurs frontières, pourront-ils réaliser ce qu'on disait de la Grèce il y a cent quatre vingt ans : « C'est une grande chose qui commence ! » |
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