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     L'Iliade ne va pas plus loin, mais la tradition continue. Avec Hector, Troie avait perdu son plus ferme boulevard ; cependant, secourue par Penthésilée, reine des Amazones, et par l'Ethiopien Memnon, elle résista encore. Achille, à son tour, tomba percé au talon d'une flèche partie de l'arc de Pâris et qu'Apollon avait dirigée. Ajax et Odysseos se disputèrent ses armes ; l'assemblée des Grecs les adjugea au second et Ajax, à la fois furieux et désespéré, se jeta sur son épée. Troie ne pouvait être prise que si une statue, le Palladion, que Zeus avait donné à Dardanos, lui était enlevée, et si Philoctète, le possesseur de l'arc d'Héraklès, était amené au camp des Grecs. Le héros, blessé au pied par une des flèches dont la pointe avait été trempée dans le sang de l'hydre de Lerne, avait été abandonné par les Grecs dans l'île de Lemnos, à cause de l'insupportable odeur qui s'échappait de sa blessure. Pyrrhus, fils d'Achille, vainquit sa résistance ; Machaon le guérit, et Pâris tomba sous une de ses flèches. Mais le Palladion était enfermé dans la citadelle de la ville, et les Troyens, pour qu'on ne put le ravir, en avaient fait plusieurs images semblables. Odysseos, déguisé en mendiant, pénétra dans la cité et, malgré tous les obstacles, rapporta au camp des Grecs la statue fatale. Cette guerre héroïque finit pourtant par une ruse. Les chefs, cachés dans les larges flancs d'un cheval de bois, perfide offrande qu'ils avaient laissée en faisant embarquer leurs soldats, furent, avec lui, introduits dans la place par les Troyens eux-mêmes, malgré les sinistres prévisions de Laocoon. Les dieux, résolus à perdre Troie, avaient puni sa patriotique prudence en envoyant contre lui deux serpents qui l'étouffèrent, avec ses deux fils, dans leurs replis tortueux, au pied même de l'autel où il sacrifiait. La nuit suivante, les cent chefs enfermés dans les flancs du colosse en sortirent pour ouvrir les portes à leurs compagnons revenus en toute hâte. Troie fut détruite.
     Priam égorgé, Hécube et ses filles emmenées en captivité ; une d'elles, Polyxène, immolée sur le tombeau d'Achille : Andromaque, la veuve d'Hector, donnée à son fils Pyrrhus, et Cassandre, autre fille de Priam, à Agamemnon. Enée, fils d'Aphrodite et d'Anchise, et Antênor échappèrent seuls au carnage ou à la captivité (1184?).
     Troie cependant n'avait pas été détruite, ou elle se releva une seconde fois ; car le vieil historien Xanthos (2) racontait qu'elle était tombée longtemps après sous les coups des Phrygiens. Alors ce fut pour toujours. Ses ruines mêmes disparurent (3), et le voyageur, les cherchant en vain, put aisément remplir cette solitude des grandes scènes que le poème immortel y déroule. La puissante cité est effacée de la surface de la terre, et la voix d'un poète aveugle et mendiant brave les siècles. 
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     Mais de terribles expiations attendaient les vainqueurs de Troie. Odysseos erra dix ans sur les flots avant de revoir son Ithaque. Ménélas fut pendant huit années battu par les tempêtes.
     Agamemnon périt assassiné par Egisthe et par sa femme Clytemnestre, qui, à leur tour, tomberont sous les coups d'Oreste dont Apollon conduira la main. Diomède, menacé à Argos d'un sort pareil, s'enfuit en Italie. Athéna, poursuivant de sa colère Ajax, fils d'Oïlée, brisa son vaisseau. Réfugié sur un rocher, il s'écriait : « J'échapperai malgré les dieux. » Poséidon fendit le roc d'un coup de son trident et précipita le blasphémateur dans l'abîme. Teucer, repoussé par la malédiction paternelle pour n'avoir pas vengé la mort d'Ajax, son frère, alla fonder, dans l'île de Chypre, une nouvelle Salamine. La tradition conduisait encore Philoctète, Idoménée et Epeios sur les côtes de l'Italie, qui offrit aussi un asile au Troyen Antênor et au fils d'Anchise.
     Les poètes avaient chanté ces malheurs des héros, et leurs récits formaient tout un cycle épique, dont il ne reste que l'Odyssée qui ne semble ni de la même époque ni de la même main que l'Iliade. En voici l'analyse succincte. 
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     Depuis bien longtemps déjà Troie avait été prise, et Odysseos, roi d'Ithaque, n'avait pu voir encore s'élever la fumée de son île natale. Pénélope n'a pas cessé un jour de pleurer son époux, et elle ne sait plus comment résister aux obsessions des prétendants ; ils lui demandent impérieusement de choisir parmi eux celui qui régnera sur elle et sur Ithaque, et, en attendant, établis dans le palais d'Odysseos, ils dévorent ses richesses.
     Elle a un fils qui arrive à l'âge d'homme, Télémaque. Athéna, reportant sur lui l'affection qu'elle a toujours eue pour son père, lui conseille d'assembler le peuple, de lui dénoncer les indignités que les prétendants commettent, puis d'aller lui-même chercher à Pylos et à Lacédémone, auprès de Nestor et de Ménélas, des nouvelles de son père.
     Odysseos languissait dans l'île d'Ogygie (De καλύπτω, où le retenait la déesse Calypso, fille du farouche Atlas, qui soutient les colonnes du ciel. Le souvenir de la patrie lui fait enfin, avec l'aide des dieux, rompre le charme. Il construit un radeau et se lance sur les flots. Mais une tempête brise son frêle navire ; il lutte deux jours et deux nuits contre les vagues furieuses qui le jettent, mourant de faim et de fatigue sur l'île des Phéaciens. Il y voit la belle Nausicaa qui, entourée de ses compagnes, leur faisait laver au fleuve les riches vêtements de son père Alcinoos, le puissant roi des Phéaciens.
     La vierge accueille le héros comme un envoyé des dieux, et Athéna, sous la figure d'une enfant, le conduit elle-même au palais du roi, où Odysseos paye la somptueuse hospitalité d'Alcinoos en lui racontant ses longs malheurs. Il lui dit comment, poursuivi par la colère « du dieu qui ébranle la terre », il a été poussé tour à tour sur les côtes inhospitalières des Lotophages et des Cyclopes.
     Un de ceux-ci, Polyphème, fils de Poséidon, a enfermé le héros et ses compagnons dans l'antre qui lui sert de demeure et il les mange l'un après l'autre. Odysseos l'enivre avec du vin, lui crève son oeil unique avec un pieu durci au feu et s'échappe en s'attachant à la laine du ventre des moutons énormes que, chaque jour, le géant mène paître dans la montagne. Il arrive chez Eole, le dieu des vents, qui lui donne enfermés dans une outre ceux qui seraient contraires à sa navigation. Ses compagnons veulent savoir ce que renferme cette outre précieuse et l'ouvrent ; il en sort d'affreuses tempêtes qui rejettent leur navire bien loin de sa route. Odysseos échappe pourtant encore. Mais c'est pour aborder dans l'île de Circé, l'enchanteresse qui se plaît à changer les hommes en bêtes, par certains breuvages dont le rusé roi d'Ithaque se garantit. Dans la contrée des ténèbres, il évoque les âmes des morts ; près des rochers des Sirènes, il se fait attacher au mât de son vaisseau, après avoir pris soin de boucher les oreilles de ses compagnons pour qu'ils n'entendent pas leurs chants séducteurs et homicides ; il évite Charybde et Scylla et leurs gueules dévorantes, et il aborde à l'île du Soleil, dont ses compagnons égorgent imprudemment les boeufs. Le dieu, dans sa colère, soulève la tempête qui le jette seul sur l'île des Phéaciens.  
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    Alcinoos, charmé de ces longs récits où les Grecs retrouvaient toutes les traditions merveilleuses qui avaient cours parmi eux touchant les pays de l'Occident, comble le héros de présents et lui donne un de ses vaisseaux rapides qui, sous la main de ses pilotes, n'avaient jamais dévié de leur route. Les Phéaciens le déposent endormi sur les rivages d'Ithaque et s'éloignent. A son réveil, il se croit encore abandonné, et il maudit les perfides ; peu à peu l'image de la patrie se révèle, il se rend chez Eumée, le gardien de ses troupeaux, et apprend de ce fidèle serviteur tout ce qui s'est passé en son absence.
     A ce moment même, Télémaque revenait de Lacédémone.
     Il échappe aux embûches des prétendants qui veillaient sur son retour pour le faire périr. Odysseos s'ouvre à lui, puis se rend à son palais sous les haillons d'un mendiant. Nul ne le reconnaît, excepté son vieux chien mourant et sa nourrice.
     Cependant Pénélope a soumis les prétendants à une dernière épreuve : celui qui pourra tendre l'arc d'Odysseos sera son époux. Aucun n'y réussit. Odysseos demande à essayer ; on se rit du mendiant ; on l'outrage, et sa colère est près d'éclater : mais il se contient, tend sans peine l'arc qu'on lui a remis par dérision, avec le carquois plein de flèches, et, répandant à ses pieds les traits rapides, il frappe tous les prétendants qui tombent sous ses coups. Le favori d'Athéna a expié par ses longs malheurs le supplice qu'il a infligé au fils de Poséidon ; maintenant arrive la récompense : il redevient maître de sa femme, de ses biens et de son île, malgré les divinités ennemies, les hommes contraires et presque malgré le Destin, dont il triomphe par sa persévérance indomptable et la souplesse ingénieuse d'un esprit qui n'est jamais à court de bonnes paroles ni d'expédients utiles. Odysseos est le symbole de la sagesse rusée des Grecs, comme Achille était pour eux le type de la force invincible et de la bravoure éclatante. Dans les siècles historiques, l'un s'appellera Thémistocle, l'autre Alexandre, et à toutes les époques il y aura de l'Odysseos et de l'Achille dans les héros de ce peuple. C'est là une des raisons qui ont rendu immortelles l'Iliade et l'Odyssée.
Odysseos reconnu par son chien.

     Odysseos rentrant à Ithaque, est coiffé du casque conique et tient à la main le bâton des voyageurs; son chien bondit à ses pieds. (Revers d'un denier d'argent de la République romaine, portant le nom de C. Mamilius Limetanus.)
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