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     Lorsque l'on demandait aux Grecs d'où ils venaient, leur réponse était bien simple : Prométhée, disaient-ils, était fils de la Terre et fut père de Deucalion. Celui-ci régnait sur la Thessalie, quand Zeus, irrité des crimes des hommes, envoya un déluge qui fit périr toute la population. Deucalion échappa seul au fléau, avec sa femme Pyrrha, dans un navire qu'il avait construit d'après les conseils de Prométhée. Au bout de neuf jours, l'arche s'arrêta sur la cime du Parnasse. Lorsque les eaux se furent retirées, Deucalion et Pyrrha consultèrent l'oracle de Thémis, qui leur commanda de jeter derrière eux les os de leur grand-mère en se voilant le visage. Deucalion comprit le sens de l'oracle : ils ramassèrent les pierres de la terre et les lancèrent par-dessus leurs épaules. Celles de Pyrrha se changèrent en femmes, celles de Deucalion devinrent des hommes, et la Grèce put se repeupler (1) . Ce Deucalion fut l'auteur de la race hellénique, car il eut pour fils Hellên, lequel engendra Doros, qui eut la Grèce centrale ; Éolos, à qui échut la Thessalie ; et Xouthos, le père d'Ion et d'Achéos, qui posséda le Péloponnèse. La vanité grecque ne se contenta pas de cette descendance. Sans respect pour Deucalion et les moeurs de sa maison, elle fit naître Hellên de Pyrrha et de Zeus ; Pandore, autre femme de Deucalion, eut pareille aventure et fut mère de Graïcos (2). Une fille de Deucalion reçut le même honneur : des oeuvres de Zeus, elle enfanta l'ancêtre des Macédoniens. Les Grecs tenaient à avoir pour auteur de leur race, même des races voisines qui n'étaient qu'à demi hellénisées, celui qu'ils nommaient à bon droit le père des hommes et des dieux.

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Deucalion et Pyrrha.

     Deucalion et Pyrrha dans une barque carrée flottant, sur les eaux; devant, un homme et une femme debout; sur le devant de la barque, on lit le mot NΩE; un oiseau se tient perché au-dessus de la barque, et plus loin, un autre oiseau volant. En légende : ΑΠΑΜΕΩΝ. EIII ΑΓΩΝΟΘΕΤΟΥ ΑΡΤΕΜΑ Γ (Artémas étant chargé de présider aux jeux pour la troisième fois). Le droit de cette pièce est à l'effigie de Septime Sévère. (Monnaie de bronze frappée à Apamée de Phrygie.)
 
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     Sur cette renaissance de l'humanité courait une autre légende, celle de Prométhée formant l'homme. On savait même de quel limon il s'était servi, et, en Phocide, l'on en montra les restes à Pausanias ( X, 4, 4) : c'était la vase que les eaux du déluge de Deucalion avait laissée en se retirant. Les tribus nouvelles dont la Grèce pélasgique devenait le domaine étaient animées d'un esprit plus libre, plus héroïque, accordant moins aux dieux, davantage à l'homme. Le prêtre allait céder la place au guerrier. C'est donc avec justice que les Hellènes mettaient à la tête de leur race, comme père de Deucalion, le Titan qui avait ravi le feu du ciel pour le donner aux hommes et faire, par l'invention des arts, d'une race dégradée la rivale des dieux. 
     Aussi Zeus foudroie Prométhée, il l'enchaîne au sommet du Caucase, et un aigle lui déchire le foie incessamment ; mais le Titan vaincu espère encore et prédit la victoire. « Zeus tombera, dit-il, du vieux trône des cieux, précipité par un géant indomptable qui trouvera un feu plus puissant que la foudre, des éclats plus retentissants que le tonnerre, et qui brisera dans la main de Poséidon le trident dont il soulève l'Océan et fait bondir la terre. » (4)
     Mais si le mythe est d'accord avec le génie national, il l'est peu avec les faits.
     Malgré cette généalogie si bien dressée, qui partage la race hellénique en quatre branches et qui la montre submergeant en une seule génération la Grèce entière, nous ne voyons dans la société grecque de l'âge historique que deux groupes bien distincts de population hellénique, les Ioniens et les Doriens, lesquels diffèrent, comme on le verra, par les institutions politiques et sociales, le dialecte et l'art, architecture, musique, poésie, même par leurs doctrines philosophiques. Mais ces peuples laissent, pour les temps anciens, la première place aux tribus éolo-achéennes. Si les Ioniens sont alors un des éléments considérables de la population hellénique, ils n'ont pas un rôle distinct ni une renommée particulière. Les Doriens aussi restent dans l'ombre : les deux autres tribus apparaissent seules au milieu des lueurs trompeuses de l'époque légendaire.
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Prométhée et Atlas.

     Peinture de vase, d'après Gerhard, Auserles. Vasenbilder, Taf. LXXXVI. - Prométhée est enchaîné par les bras et par les jambes à une colonne sur laquelle est posé un oiseau. L'aigle de Zeus lui déchire le foie d'où tombent des gouttes de sang. Devant lui est Atlas supportant péniblement son lourd fardeau figuré comme un rocher. Le serpent sert simplement à combler un vide. La lourde colonne qui supporte toute la scène l'isole du monde, bien loin duquel elle se passait. Pour Atlas, voyez la métope d'Olympie donnée plus loin, p. 86.
Mélampos et les Proetides.

     Les trois filles de Proetos, roi d'Argos, atteintes de folie, sont guéries par le devin Mélampos, qui immole un porc au-dessus de leurs têtes. Deux autres personnages, une nymphe et un acolyte, assistent à la cérémonie. [Camée donné par M. le baron de Witte au Cabinet de France (16 millim. sur 13)]. Pour l'explication du mythe, voyez l'intéressant mémoire de M. de Witte, dans la Gazette archéologique, 1879, p. 121 et suiv.
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     Qu'étaient les Éoliens? Nous ne savons s'il ne faut pas, comme leur nom l'indique (5), voir en eux un mélange de Pélasges et d'Hellènes fait à des époques inconnues, en divers lieux et dans des proportions différentes. Ceux, en effet, que les anciens appelaient de ce nom, ne paraissent pas avoir été une seule et même tribu, comme le dialecte dit éolien semble moins un rameau distinct de la langue grecque que le mélange de toutes les formes de l'idiome hellénique qui n'étaient ni ioniennes ni doriennes. Il a été en outre reconnu d'une manière certaine que les affinités les plus grandes du latin et du grec se trouvent dans le dialecte éolien, qui, bien plus que les autres, se rapproche de leur type commun et renferme sans doute les éléments de la langue la plus anciennement parlée en Grèce et en Italie.
     On voit les Éoliens s'étendre sur une zone presque partout maritime du Nord-est au Sud-ouest ; on les trouve aux environs du golfe Pagasétique, dans une partie de la Béotie, dans la Phocide, l'Étolie, la Locride, l'Élide et la Messénie. Podalire, Machaon, Philoctète, Odysseos, Nestor et Ajax, fils d'Oïlée, étaient de cette race ; les légendes y rattachent Jason, le grand chef de mer ; le devin Mélampos, qui comprenait le chant des oiseaux et savait guérir les plus cruelles blessures ; le présomptueux Salmonée et son frère, le rusé Sisyphe, fondateur de Corinthe, qui, aux Enfers, doit, en punition de crimes mal définis, poser au sommet d'une montagne un roc énorme, sans cesse retombant ; enfin Athamas, le puissant roi des Minyens, le gendre de Cadmos, qui fut père de Mélicerte, dont le nom rappelle un dieu Tyrien. Athamas fut père aussi de Phrixos et d'Hellé, qu'il voulut immoler et que Zeus sauva en leur envoyant un bélier à la toison d'or pour les transporter hors d'Europe.
     Les Achéens ont une physionomie encore moins distincte. Les anciens les rattachaient aux Éoliens (6), avec lesquels ils finirent par se confondre, et il n'est nulle part question d'art ou de dialecte achéen. Ils ne formaient donc pas une tribu particulière. Comme les Eoliens encore, ils préféraient les lieux maritimes ; et leur histoire regarde à l'orient. Teucer, un de leurs héros, a le même nom qu'un roi de la Troade, et on trouve des Achéens en Chypre et dans la Crète. Mais ils s'élevèrent à un plus haut degré de puissance, et c'est par eux, à vrai dire, que l'histoire de la Grèce commença.
 
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     Leur premier séjour fut peut-être la Phthiotide, riche vallée entre l'Othrys et l'Oeta que le Sperchéios féconde et où leur capitale, attachée comme un nid d'aigle aux rochers, portait un nom pélasgique, Larisse « la pendante ». Là avait vécu Pelée, le héros chéri des dieux, auxquels il offrait des hécatombes de béliers, et que Thétis, la déesse aux pieds d'argent, aima. Leur fils fut Achille, que le sage centaure Chiron éleva sur les montagnes. Grand coeur, force invincible, courage indomptable, ami tendre et fidèle, il traversa rapidement la vie et fut moissonné dans sa fleur. La poésie a entouré son nom d'une gloire immortelle et a fait de lui l'idéal des héros de la race hellénique. «Telle était la ferveur du culte rendu à sa mémoire, telle était l'abondance des monuments qui lui étaient consacrés, que l'on pourrait presque recomposer toute son histoire à l'aide de ceux de ces monuments qui nous restent, quelque faible qu'en soit le nombre, relativement à tout ce que l'antiquité en possédait. Il n'est aucune circonstance de sa vie qui ne puisse être constatée, à défaut d'un témoignage écrit, par quelque ouvrage de l'art ; et, de même que l'on a fait un livre de la seule indication des passages d'écrivains grecs et latins, poètes et prosateurs, qui ont rapport à Achille, on pourrait en faire un autre, au moins aussi considérable, du seul catalogue des monuments qui le concernent.» (9)
      Les circonstances de la vie du héros dont les artistes et les poètes se sont tant occupés, sont surtout : la purification d'Achille par sa mère Thétis, qui essaye de le rendre invulnérable, soit en le plongeant dans les eaux du Styx, qui baignent tout son corps, excepté le talon par où elle le tient, et où la flèche de Pâris le blessera du coup fatal, soit en le plaçant au milieu des flammes, après l'avoir baigné d'ambroisie, pour détruire en lui tout ce qu'il y avait de mortel ; son éducation par le centaure Chiron, qui le nourrit, au milieu des forêts du Pélion, de la moelle des lions et des sangliers ; son séjour dans l'île de Scyros, où sa mère l'avait caché parmi les filles de Lycomède (10) ; la ruse d'Odysseos qui le découvre en mêlant aux présents qu'il offre aux jeunes filles des armes, qu'Achille saisit aussitôt ; son arrivée à Aulis, où il ne peut empêcher le sacrifice d'Iphigénie ; ses exploits et sa colère sous les murs de Troie ; la vengeance qu'il exerce sur le cadavre d'Hector ; sa victoire sur la reine des Amazones, Penthésilée, dont le casque en roulant de sa tête découvre la merveilleuse beauté ; les pleurs d'Achille sur ce triomphe funeste ; les railleries du lâche Thersite, que le héros assomme d'un coup de poing ; enfin, ses fiançailles avec Polyxène, une des filles de Priam ; la trahison de Pâris, qui le frappe par derrière ; et l'immolation expiatoire de Polyxène que l'ombre d'Achille demande aux Grecs.
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Bellérophon domptant Pégase.

     Revers d'une monnaie de bronze, à l'effigie de l'empereur Hadrien, frappée à Corinthe. En légende, on lit : COL. L. IVL. COR. (Colonia Laus Julia Corinthus).

 
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     Les Achéens du Sud se glorifiaient, non d'un chef aussi fameux parmi les hommes, mais de deux héros qui avaient accompli, par l'assistance des dieux, de plus merveilleux exploits, Bellérophon et Persée. Le premier était petit-fils du roi de Corinthe, Sisyphe, le plus rusé des mortels. Un meurtre que commit Bellérophon l'obligea de quitter Corinthe ; il se rendit à Tirynthe, auprès du roi Proetos, descendant de Danaos, qui le purifia du sang versé. La reine se prit d'amour pour lui et, offensée d'un refus, l'accusa auprès de son époux. Proetos ne voulut point souiller ses mains du sang de son hôte. Il l'envoya auprès de son beau-père Iobate, roi de la Lycie, avec une tablette pliée où il avait tracé, des signes de mort : c'était une recommandation à ce prince de se défaire de Bellérophon (12) . Le roi reçut magnifiquement l'étranger. Pendant neuf jours, il lui donna des festins, et chaque matin il immola aux dieux un taureau pour les remercier de sa bienvenue. Le dixième jour seulement il lui demanda son message, et, après en avoir pris connaissance, lui ordonna d'aller tuer la Chimère, qui avait la tête d'un lion, la queue d'un dragon, le corps d'une chèvre, et dont la gueule béante lançait des tourbillons de flammes. Le héros tua le monstre avec l'aide d'Athéna, qui lui donna le cheval ailé Pégase, fils de Poséidon et de Méduse. Iobate lui commanda ensuite de combattre les Solymes et les Amazones (13): il les vainquit encore, et le roi, désespérant de réussir par la force ouverte, mit en embuscade les plus braves de son peuple ; mais pas un de ces guerriers ne revit jamais sa demeure. Alors Iobate reconnut le favori des dieux et lui donna sa fille en mariage. Sur la fin de sa vie, le héros voulut, monté sur Pégase, escalader l'Olympe, et se laissa choir. Son corps fut brisé, mais son coursier divin alla former une constellation parmi les étoiles.
 
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Bellérophon.

     Bellérophon, monté sur Pégase galopant; dessous, le koppa Ϙ, lettre initiale du nom de Corinthe. R)
La Chimère.

     La Chimère; dessous, ΔΙ, marque d'atelier. (Monnaie de Corinthe. Argent.)
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     Acrisios, roi des Argiens, et, comme Proetos, descendant de Danaos, avait une fille, Danaé, que Zeus aima. De cette union naquit Persée. Un oracle avait prédit à Acrisios qu'il serait privé par son petit-fils de la couronne et de la vie. Dès qu'il apprit sa naissance, dit Simonide dans son ode admirable à Danaé, il l'enferma avec sa mère en un coffre qu'on jeta au milieu des flots. Dans le coffre artistement façonné grondent et le vent qui souffle et la mer agitée. Danaé, saisie de frayeur et les joues baignées de larmes, entoure Persée de ses bras, et s'écrie : « O mon enfant, quelle douleur j'endure! Mais toi, tu n'entends rien ; tu dors d'un coeur paisible dans cette triste demeure aux parois jointes par des clous d'airain, dans cette nuit sans lumière, dans ces noires ténèbres. Tu ne t'inquiètes pas du flot qui passe au-dessus de toi sans mouiller ta longue chevelure, ni du vent qui résonne, et tu reposes enveloppé de ta couverture de pourpre, visage de beauté. Ah! si ce qui m'effraye t'effrayait aussi, tu prêterais à mes paroles ta charmante oreille. Allons, dors, mon enfant ; dors aussi la mer ; dors notre immense infortune ; mais, ô Zeus, puissent mes yeux voir tes desseins me redevenir favorables! Ce voeu que ce je t'adresse, il est présomptueux peut-être ; parée donne-le-moi, par grâce pour ton fils! »
     Les vagues les portèrent sur l'île de Sériphos, dont le roi les délivra de leur prison. Persée grandit vite en force et en courage. Sa première entreprise fut dirigée contre les Gorgones qui avaient des serpents entrelacés dans leur chevelure et changeaient en pierres tous ceux que rencontrait leur regard ; mais Hadès donna au jeune héros un casque qui le rendit invisible, Athéna lui céda son bouclier, Hermès ses ailes et une épée de diamant. Il surprit les Gorgones endormies et coupa la tête de Méduse. Du sang de la Gorgone naquit Pégase dont Persée s'empara. Atlas, roi de Maurétanie, lui refusant l'hospitalité, il lui présenta la tête de Méduse qui le changea en montagne. Sur la côte de Palestine, il délivra Andromède exposée à un monstre marin et l'épousa ; mais Phinée, oncle de la princesse, vint troubler, avec ses partisans, le festin nuptial : la tête de la Gorgone les pétrifia. Le roi de Sériphos, qui voulait contraindre Danaé à le prendre pour époux, eut le même sort. Après ce dernier exploit, le héros rendit aux dieux les armes qu'il avait reçues d'eux et attacha sur l'égide d'Athéna la tête de Méduse. De retour en Grèce, il tua son aïeul d'un coup de disque lancé au hasard et fonda, à la place où tomba son glaive, Mycènes, dont il fit bâtir les murs par les Cyclopes de la Lycie, comme Proetos leur avait fait construire ceux de Tirynthe. Après un long règne, il mourut de la main d'un fils d'Acrisios qui vengea sur lui son père.
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Persée et la Gorgone.

     Revers d'une monnaie de bronze autonome, d'Amisos du Pont. - Persée est debout de face, coiffé d'un bonnet phrygien, tenant de la main droite la harpè, et de la main gauche la tête de la Gorgone, qu'il vient de couper; à ses pieds, on voit étendu le cadavre du monstre décapité. En légende : AMIΣOY et un monogramme.

     Les Achéens revendiquent un personnage plus fameux, qui devint pour les Grecs le héros national, mieux encore, une divinité siégeant parmi les immortels, Héraklès, fils d'Alcmène et d'Amphitryon. Tous deux descendaient de la race divine de Persée, et Amphitryon était le légitime héritier du royaume de Tirynthe. Forcé de fuir, après le meurtre involontaire de son oncle Electryon, il se rendit à Thèbes, où Zeus prit ses traits pour tromper la tendresse d'Alcmène. Héraklès naquit. Héra, qui ne pardonna pas à Alcmène de lui avoir ravi l'amour de son époux, envoya deux serpents pour tuer l'enfant dans son berceau : il les saisit et les étouffa de ses puissantes mains. Adoucie par les prières de Pallas, la déesse consentit à lui donner le sein pour le rendre immortel, mais il la mordit avec tant de violence que le lait jaillit jusqu'à la voûte céleste, où il forma la Voie lactée. L'enfance d'Héraklès se passa au milieu des rudes exercices des pâtres du Cithéron.
     Il commença ses glorieux travaux en délivrant les campagnes de Thespies d'un lion énorme qui les ravageait ; il affranchit Thèbes du joug des Orchoméniens, et, fermant les issues du lac Copaïs, changea la plaine d'Orchomène en un vaste marais. Zeus s'aida de son bras contre les Titans qui voulaient escalader le ciel, mais n'en laissa pas moins son fils soumis aux capricieuses volontés d'Eurysthée, roi de Mycènes, soit en accomplissement d'un serment imprudemment fait par le dieu, soit en expiation d'un meurtre commis par le héros. Héraklès eut à combattre le lion de Némée, l'hydre de Lerne, dont les têtes repoussaient si on ne les coupait que l'une après l'autre, le sanglier d'Erymanthe, les oiseaux gigantesques du lac Stymphale et le taureau de la Crète. Il saisit à la course, après l'avoir poursuivie une année entière, la biche aux pieds d'airain et aux cornes d'or du mont Cérynée, nettoya les étables d'Augias en y détournant l'Alphée, fit manger par ses propres chevaux le roi thrace, Diomède, qui les nourrissait de chair humaine, ravit les pommes d'or du jardin de Hespérides, malgré le dragon qui les gardait, tua le triple Géryon et enchaîna Cerbère, pour délivrer Thésée retenu chez Hadès.
Héraklès étouffant les serpents.

     Héraklès enfant, agenouillé à droite, étouffe les serpents. En légende : ΣAMIΩN. Revers d'un tétradrachme de Samos. Au droit de cette monnaie est un mufle de lion, de face.
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Héraklès et les oiseaux de Stymphale.

     Héraklès agenouillé, tirant avec son arc sur les oiseaux du lac de Stymphale; derrière lui, sa massue et sa peau de lion. (Pierre gravée du Cabinet de France. Cornaline de 13 mill. sur 17. Chabouillet, Catalogue, etc., n° 1764.)
Héraklès tuant Diomède.

     Héraklès, armé de sa massue, a terrassé Diomède, roi des Bistoniens de Thrace. Héraklès a la tête nue et porte la peau de lion; Diomède est casqué et armé d'un bouclier. (Pierre gravée du Cabinet de France. Cornaline de 19 mill. sur 15. Chabouillet, Catalogue, etc., n° 1771.)
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Héraklès combattant l'hydre de Lerne.

     Héraklès debout à gauche, armé de sa massue, avec la peau de lion sur le bras et combattant l'hydre de Lerne; à ses pieds, un crabe. R). ΦAIΣTIΩN. Vache marchant à droite. (Tétradrachme de Phaestos, de Crète.)

 
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     (1) - Homère, que l'on fait vivre vers l'an 900, et qu'Éphore fait naître à Smyrne de parents originaires de Cyme, ne fait aucune allusion à cette tradition et ne nomme même ni Deucalion ni Ogygès. Aristote (Météorol., 1, 14), qui connaît Deucalion, place le déluge en Épire, où se trouvait, près de Dodone, une Hellas. Mais la légende de Deucalion, que Pindare rapporte (Olymp., IX, 66), était bien vieille en Grèce; elle faisait partie de la tradition générale que tant de peuples de race aryane et sémitique ont conservée sur un grand cataclysme, et qu'ont pu raviver en Grèce quelques faits particuliers, comme un débordement du lac Copaïs pour Ogygès, et pour Deucalion un mouvement des eaux qui, selon Hérodote, couvraient primitivement toute la Thessalie. Plus tard, la tradition chaldéenne, que la Bible a gardée, se mêla à la légende grecque, comme on peut le voir dans Plutarque et Lucien. Sur l'ensemble des traditions relatives au grand cataclysme, dont le souvenir se retrouve dans le nouveau monde comme dans l'ancien, et jusque dans l'Océanie, voyez l'ouvrage de M. Renan, Histoire générale et système des langues sémitiques, t. I, p. 458 et suivantes.ʀ↥
     (8) - Sarcophage de la villa Albani, d'après Zoega, li Bassiritievi di Roma, tav. LII. - Le héros est assis à droite à côté de son épouse : il est vêtu d'un manteau qui laisse à découvert sa poitrine et ses jambes ; Thétis est enveloppée dans son long vêtement qu'elle a ramené sur son visage et qu'elle tient de la main droite. Vers ce couple, plein de gravité, s'avancent en lente procession des dieux chargés de présents. C'est d'abord Héphaïstos, qui remet à Pélée une épée et un bouclier, puis Athéna, qui lui apporte un casque et une lance. Suivent, quatre femmes, dont les noms ne sauraient être déterminés avec certitude. Peut-être faut-il y reconnaître les quatre déesses des saisons (Ὥραι), chargées de fleurs, de fruits et de gibier. La scène se passait sur le mont Pélion, et les arbres qu'on voit à gauche servent à le rappeler. Suivent un jeune garçon portant une torche, un jeune homme couronné de feuillage, qui tient une amphore de la main droite et peut-être une torche de la gauche. Les deux dernières figures (Amour poussant une femme, peut-être Aphrodite) ne sont pas tournées du même côté et ne semblent pas faire partie de la procession. La légende voulait que tous les dieux se fussent rendus aux noces de Thétis. et cette visite solennelle est représentée sur le célèbre vase François, au Musée de Florence.ʀ↥
     (12) - Iliade, VI. On a conclu de ce passage que du temps d'Homère on ne connaissait pas encore l'écriture. Un autre du chant VII confirme cette opinion. « Aux reproches de Nestor, neuf guerriers se lèvent;... tous veulent combattre Hector, mais Nestor leur dit : Agitez les sorts... Chacun des héros trace un sort et le jette dans le casque d'Agamemnon. » Ces textes peuvent être discutés; ceux de Strabon (VI, 1) et de Servius (ad Aen. I, 507), portant qu'il n'y eut pas de lois écrites avant celles de Zaleucos (environ 664 av. notre ère), ne sont pas encore une preuve décisive. Lorsqu'on trouve sous les laves de Santorin des mesures et, dans les localités préhistoriques de la Grèce, tant de preuves de communications avec les pays orientaux, où l'écriture fut très anciennement employée, on est conduit à penser que les Grecs ont dû la connaître de bonne heure, quoiqu'elle soit restée longtemps chez eux d'un usage très restreint.ʀ↥

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