Ces peuples ayant rassemblé une armée considérable, prirent leur route le long du golfe Ionien et chassèrent de leur pays les Illyriens, les peuples qui demeurent entre l'Illyrie et la Macédoine, les Macédoniens eux-mêmes, et envahirent la Thessalie. Ils étaient déjà près des Thermopyles, que les Grecs pour la plupart n'avaient pas encore songé à sortir de l'inaction pour s'opposer à l'irruption des barbares. Très maltraités d'abord par Philippe et par Alexandre, les Grecs avaient perdu le reste de leurs forces sous Antipater et sous Cassandre, de sorte que chaque peuple croyait, à cause de sa faiblesse, pouvoir sans honte, se dispenser de concourir à la défense commune. Les Athéniens, quoique les plus épuisés par une longue guerre contre les Macédoniens, et par de nombreuses défaites, résolurent cependant d'aller défendre les Thermopyles avec ceux des Grecs qui voudraient se réunir à eux, et ils prirent Callippos pour général. S'étant postés à l'endroit où le passage pour entrer dans la Grèce est le plus étroit, ils arrêtèrent effectivement les Gaulois ; mais ceux-ci ayant trouvé le sentier par lequel Ephialtès de Trachine avait jadis conduit les Mèdes, forcèrent les Phocéens qui le gardaient et se trouvèrent de l'autre côté de l'Oeta sans que les Grecs en fussent instruits. Les Athéniens rendirent en cette occasion les plus grands services aux autres Grecs, en combattant de part et d'autre les barbares qui les enveloppaient. Ceux qui étaient sur les vaisseaux eurent surtout beaucoup à souffrir, le golfe Lamiaque étant très bourbeux aux environs des Thermopyles ; ce qui vient, je crois, des eaux Thermales qui s'écoulent par là dans la mer. Ils avaient donc beaucoup plus de peine que les autres ; car, après avoir reçu les Grecs sur leurs vaisseaux, il fallait que, malgré le poids de ces hommes et de leurs armes, il se tirassent à force de rames de ces eaux bourbeuses. Ils sauvèrent ainsi les autres Grecs. Les Gaulois se trouvant en deçà des Thermopyles, ne s'inquiétèrent point des autres villes, empressés qu'ils étaient d'aller piller Delphes et les richesses du dieu. Les habitants de Delphes et les Phocéens des villes voisines du Parnasse se rassemblèrent pour les combattre, et les Étoliens, qui avaient alors une jeunesse très nombreuse et très florissante, leur envoyèrent aussi des secours. A peine en fut-on venu aux mains que la foudre éclata de toutes parts sur les Gaulois ; des rochers se détachant du Parnasse fondirent sur eux, et l'on vit apparaître des guerriers armés de toutes pièces qui leur inspirèrent beaucoup d'effroi. Deux de ces guerriers, Hyperochos et Amadocos, venaient, dit-on, du pays des Hyperboréens ; le troisième était Pyrrhus, fils d'Achille, à qui les Delphiens, depuis le secours qu'il leur porta en cette occasion, sacrifient comme à un héros, tandis qu'auparavant, le regardant comme un ennemi, ils méprisaient même son tombeau. Les Gaulois s'étant embarqués pour la plupart, passèrent en Asie et en ravagèrent les côtes. Ils furent ensuite repoussés dans l'intérieur, par les habitants de Pergame, pays qu'on appelait jadis la Teuthranie, et ils s'établirent dans la contrée située au delà du fleuve Sangarios, après avoir pris aux Phrygiens Ancyre, ville fondée jadis par Midas, fils de Gordias ; l'ancre trouvée par Midas, se voyait encore de mon temps dans le temple de Zeus. On y voit aussi la fontaine qui porte le nom de Midas, aux eaux de laquelle il avait, dit-on, mêlé du vin pour prendre Silène. Les Gaulois prirent donc Ancyre ainsi que Pessinonte, ville située au pied de la montagne sur laquelle on dit qu'Agdistis et Atys sont enterrés. On voit encore à Pergame des dépouilles des Gaulois ainsi qu'un tableau Ou le combat qu'on leur livra est représenté. Le pays de Pergame était, dit-on, anciennement consacré aux Cabires. Les habitants se prétendent issus des Arcadiens, qui passèrent en Asie avec Télèphe. Ils se sont distingués par trois exploits très mémorables ; en faisant la conquête de l'Asie mineure ; en chassant les Gaulois, et en attaquant sous les ordres de Télèphe, les Grecs, qui, commandés par Agamemnon, ravageaient la Mysie, où ils avaient débarqué par erreur, la prenant pour le pays des Troyens. Les Pergaméniens peuvent s'être signalés dans d'autres guerres, mais elles ne sont pas venues à ma connaissance. Je reviens maintenant à mon sujet. |
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