Ptolémée Philométor était le huitième descendant de Ptolémée fils de Lagos. On lui donna ce surnom par ironie, car je ne connais pas de prince pour qui sa mère ait eu une aversion pareille à celle que Cléopâtre avait pour lui. Ne pouvant souffrir qu'il régnât, quoique l'aîné, elle le fit d'abord envoyer par son père dans l'île de Chypre. Parmi les diverses raisons qu'on donne de cette malveillance, la principale était l'espoir de trouver dans Alexandre le plus jeune de ses enfants, plus de soumission. Elle voulut donc le faire nommer par les Egyptiens ; et comme ils s'y opposèrent, elle l'envoya dans l'île de Chypre avec le titre de général, mais au fond pour devenir, par les armes d'Alexandre, plus redoutable à Ptolémée. A la fin, ayant blessé ceux de ses eunuques qu'elle croyait les plus dévoués à son propre service, elle les présenta au peuple en disant que Ptolémée avait voulu la faire périr, et que c'était lui qui les avait mis en cet état. Les Alexandrins fondirent sur Ptolémée pour le tuer, mais il leur échappa en s'embarquant, et l'on plaça sur le trône Alexandre qui revint de l'île de Chypre. Cléopâtre fut punie de son injustice envers Ptolémée ; car Alexandre, qui lui devait la couronne, la fit mourir. Bientôt, voyant son crime découvert, il prit la fuite pour se soustraire à la fureur du peuple ; Ptolémée revint et remonta sur le trône. Les Thébains ( de l'Egypte ) s'étant révoltés, il leur fit la guerre, les soumit la troisième année de leur rébellion, et ne laissa subsister chez eux aucun vestige de cette opulence jadis supérieure à celle des plus riches cités de la Grèce, à celle même du temple de Delphes, et d'Orchomène en Béotie. Ptolémée subit peu de temps après la loi commune à tous les mortels, et les Athéniens qu'il avait comblés de bienfaits nombreux, et qui mériteraient un plus long récit, lui érigèrent une statue en bronze, ainsi qu'à Bérénice le seul enfant légitime qu'il eut. A la suite des statues des rois d'Egypte on voit celles de Philippe et d'Alexandre son fils qui ont fait de trop grandes choses pour n'en parler qu'incidemment dans un ouvrage dont ils ne sont pas le sujet. Les honneurs que les Athéniens ont rendus aux rois d'Egypte sont fondés sur une reconnaissance réelle pour les bienfaits qu'ils en ont reçus ; ceux qu'ils ont décernés, à Philippe et à Alexandre sont principalement l'ouvrage de la flatterie du peuple ; quant à Lysimaque, ce n'est point par bienveillance qu'ils lui ont érigé une statue, mais c'est parce qu'ils pensaient qu'il pouvait leur être utile dans les circonstances où ils se trouvèrent. Lysimaque était Macédonien et l'un des gardes du corps d'Alexandre le Grand, qui, dans un accès de colère, l'ayant fait enfermer dans une loge avec un lion, fut tout étonné de voir qu'il avait dompté cet animal. Il conçut dès lors pour lui beaucoup d'admiration et le distingua comme l'un des plus braves Macédoniens. Après sa mort Lysimaque devint roi des Thraces voisins de la Macédoine, c'est-à-dire, de ceux qui étaient déjà soumis à Philippe et à Alexandre, et qui ne forment qu'une portion peu considérable de la nation Thrace. En effet, excepté les Celtes, aucun peuple ne peut se prétendre aussi nombreux que les Thraces : jamais, avant que les Romains les eussent vaincus ; ils n'avaient été complètement soumis. Aujourd'hui toute la Thrace obéit à Rome, ainsi que tout le pays des Celtes, du moins ce qui valait la peine d'être conquis ; car les Romains ont volontairement négligé les portions que la rigueur du froid ou la nature du sol rendent stériles, encore y possèdent-ils tout ce qui peut avoir quelque importance. Les Odryses furent le premier des peuples voisins contre qui Lysimaque tourna ses armes. Il attaqua ensuite les Gètes et Dromichaètes leur roi : mais ayant affaire à un peuple qui n'était pas novice dans le métier de la guerre et qui pouvait mettre sur pied des armées bien plus nombreuses que les siennes, il se vit dans un péril extrême auquel pourtant il vint à bout d'échapper en laissant prisonnier Agathokles son fils, qui le suivait à la guerre pour la première fois. Ayant encore essuyé dans la suite plusieurs défaites, et la captivité de son fils lui tenant au coeur, il fit la paix avec Dromichaètes en lui cédant la partie de ses états située au-delà du Danube, et en lui donnant, bien malgré lui, sa fille en mariage. Selon quelques auteurs, ce fut Lysimaque lui-même que les Gètes firent prisonnier, et ce fut Agathokles qui traita pour le délivrer avec Dromichaètes. Lysimaque, de retour dans ses états, maria Agathokles avec Lysandra, fille de Ptolémée, fils de Lagos et de Bérénice. Ensuite il passa par mer en Asie, où il concourut à la subversion de l'empire d'Antigone. Il transféra Ephèse sur les bords de la mer, où elle est encore maintenant, et y transporta les Colophoniens et les Lébédiens dont il détruisit les villes ; événement que Phoenix, poète ïambique de Colophon, a déploré dans ses vers Hermésianax le poète élégiaque ne vivait plus sans doute ; car il n'aurait pas manqué d'exprimer ses regrets sur la prise de Colophon. Lysimaque fit aussi la guerre à Pyrrhus, fils d'Aeacide ; et profitant de l'absence de ce prince, qui était le plus souvent hors de l'Epire, il ravagea ce pays d'un bout à l'autre, et pénétra même jusqu'aux tombeaux des rois. Hiéronyme de Cardie ajoute, ce qui me paraît peu croyable, qu'il brisa ces tombeaux et dispersa les ossements qu'ils contenaient ; mais comme cet historien a généralement la réputation de n'avoir écouté que sa haine pour les autres rois et son affection pour Antigone qu'il a comblé de louanges non méritées, il est évident qu'il écrit ici par malveillance ; car il n'est pas probable qu'un Macédonien se soit porté à violer ces tombeaux. Lysimaque, d'ailleurs, savait bien que ceux dont ils renfermaient les restes étaient les ancêtres d'Alexandre comme de Pyrrhus, la mère d'Alexandre étant Epirote et du sang des Aeacides. Enfin, l'alliance qui se forma dans la suite entre Lysimaque et Pyrrhus, prouve qu'il ne s'était rien passé dans cette guerre qui dût les rendre ennemis irréconciliables. Il est possible qu'Hiéronyme eût d'autres motifs de haine contre Lysimaque, mais l'un de ses plus vifs ressentiments venait de ce que ce prince avait détruit Cardie pour fonder Lysimachie sur l'Isthme de la Chersonèse de Thrace. |
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