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De l'Odéon. De Triptolème, Epimenides et Thalès. D'Athéna et Aphrodite Uranie.
     En entrant dans l'Odéon d'Athènes, vous trouvez plusieurs statues, et entre autres un Dionysos qui mérite d'être vu. Près de là, est la fontaine Ennéacrunos ( à neuf tuyaux ) qui a été ainsi décorée par Pisistrate. Il y a des puits dans tout le reste de la ville, mais il n'y a pas d'autre fontaine. Au-dessus de cet édifice sont deux temples dédiés, l'un à Déméter et à sa fille, et l'autre à Triptolème dont on y voit la statue. Je vais raconter ce qu'on dit de ce héros, en laissant de côté ce qui concerne Dèïopè. Les Argiens sont de tous les Grecs, les mieux fondés à disputer aux Athéniens l'honneur de l'ancienneté, et la gloire des faveurs divines ; il en est de même des Phrygiens à l'égard des Egyptiens. On dit donc que Déméter, lorsqu'elle vint à Argos, fut reçue chez Pélasgos, et qu'elle y apprit de Chrysanthis ce que celle-ci savait de l'enlèvement de sa fille. Dans la suite des temps, Trochilus Hiérophante, ayant encouru la haine d'Agenor, s'enfuit d'Argos et alla, dit-on, dans l'Attique, où il épousa une femme d'Eleusis dont il eut deux fils, Eubuléos et Triptolème. Telle est la tradition des Argiens. Pour les Athéniens et leurs partisans, ils savent que Triptolème fils de Céléos, fut le premier qui sema du blé. On chante des vers de Musée ( si toutefois ils sont de ce poète), qui nous apprennent que Triptolème était fils de l'Océan et de la Terre. Suivant les vers d'Orphée (je ne crois pas non plus qu'ils soient de lui), Dysaulès eut deux fils, Eubuléos et Triptolème, auxquels Déméter enseigna la culture du blé pour les récompenser de ce qu'ils lui avaient appris de sa fille. Enfin, Choerilos, Athénien, dit dans la tragédie d'Alopé, que Cercyon et Triptolème étaient tous deux fils d'une fille d'Amphictyon, mais que Raros était le père de Triptolème, et Poséidon celui de Cercyon. Je me disposais à continuer ce discours et à décrire tout ce qu'on voit à Athènes dans le temple nommé l'Eleusinion, mais j'ai été arrêté par un songe ; je m'en tiendrai donc à dire ce qu'il est permis à tout le monde de savoir.
     Devant le temple où est la statue de Triptolème, se voit un boeuf de bronze que l'on conduit au sacrifice. Vous y remarquez aussi Epimenides de Cnosse assis ; on raconte qu'étant allé aux champs, il entra dans une caverne où il s'endormit et ne s'éveilla qu'au bout de quarante ans. Il fit des vers dans la suite et purifia plusieurs villes, entre autres celle d'Athènes. Thalès, qui délivra Lacédémone de la peste, ne tenait en rien à cet Epimenides, et n'était pas de la même ville, car Polymnastos de Colophon, qui a fait pour les Lacédémoniens des vers en son honneur, dit qu'il était de Gortyne. Un peu plus loin est le temple d'Eucléia (la bonne renommée), qui a été fait aussi du produit des dépouilles des Mèdes, débarqués à Marathon. Cette victoire me parait celle dont les Athéniens tiraient le plus de vanité, aussi le poète Eschyle, se voyant près de sa fin, ne voulut rappeler dans son épitaphe, ni les poésies qui lui ont acquis tant de réputation, ni les combats d'Artémision et de Salamine, où il s'était distingué ; il se contenta d'y inscrire son nom, celui de sa patrie, et d'ajouter qu'il avait pour témoins de sa valeur, le bois sacré de Marathon et les Mèdes qui y débarquèrent.
     Le temple d'Héphaïstos est au-dessus du Céramique et du portique royal ; connaissant ce qu'on raconte de la naissance d'Erichthonios, je n'ai point été surpris de voir dans ce temple la statue d'Athéna auprès de celle d'Héphaïstos, et en voyant la couleur bleue foncée des yeux de la déesse, j'ai reconnu que c'était une tradition Libyenne. Les Libyens disent en effet qu'Athéna était fille de Poséidon et de la nymphe du lac Tritonis, et c'est pour cela qu'elle a, comme Poséidon, les yeux couleur d'eau de mer. On voit tout auprès, le temple d'Aphrodite Uranie ; le culte de cette déesse a pris naissance chez les Assyriens ; il fut adopté ensuite par les Cypriens de Paphos et les Phéniciens d'Ascalon dans la Palestine ; les habitants de Cythère le reçurent de ces derniers, et Egée attribuant au courroux de cette déesse le malheur qu'il avait d'être encore sans enfants, ainsi que l'infortune de ses soeurs, introduisit son culte dans Athènes. La statue en marbre de Paros qu'on voit maintenant dans son temple est l'ouvrage de Phidias. Il y a chez les Athmoniens, l'un des peuples de l'Attique, un temple d'Uranie, bâti, à ce qu'ils disent, par Porphyrion, qui avait régné dans l'Attique avant Actaeos. On raconte dans les bourgs beaucoup de choses, bien différemment qu'on ne le fait dans la ville.

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