Il y a sur la place publique d'Athènes, plusieurs monuments peu remarqués en général, entre autres l'autel de la Pitié, divinité la plus utile de toutes dans les diverses vicissitudes de la vie, et que les Athéniens seuls honorent d'un culte particulier ; ils se sont distingués en effet non seulement par leur humanité, mais encore par leur piété envers les dieux, car ils ont érigé des autels à la Pudeur, à la Renommée et à la Valeur, et leur exemple prouve évidemment que ceux qui se signalent par leur piété en sont récompensés par une prospérité constante. Quant à la mort de Thésée, on la raconte de plusieurs manières différentes ; on dit qu'il resta enchaîné jusqu'à ce qu'Héraklès l'eût délivré ; mais voici le récit le plus vraisemblable à ce sujet Thésée étant allé attaquer les Thesprotes pour enlever la femme de leur roi, que Pirithoos voulait épouser, y perdit la plus grande partie de ses troupes, et fut lui-même fait prisonnier ainsi que Pirithoos qui était allé avec lui, et le roi des Thesprotes les garda enchaînés dans Cichyre. Il y a peut-être dans la Thesprotide d'autres monuments remarquables, comme le temple de Zeus à Dodone, et le chêne sacré de ce dieu ; on y voit aussi vers Cichyre le lac Achérusien, le fleuve Achéron et le Cocyte qui roule une eau très désagréable. Et je pense que c'est après avoir observé tout cela, qu'Homère hasarde dans ses poèmes tout ce qu'il dit des enfers, et donne aux fleuves qu'il y place les noms de ceux de la Thesprotide. Tandis que Thésée était ainsi détenu, les fils de Tyndarios vinrent assiéger Aphidna, la prirent et rétablirent Ménesthée sur le trône. Ménesthée ne tint aucun compte des fils de Thésée qui s'étaient retirés chez Eléphénor dans l'Eubée, mais pensant que Thésée, s'il revenait jamais du pays des Thesprotes, serait un concurrent très redoutable, il s'empara si bien de l'esprit du peuple par ses manières prévenantes, que dans la suite, lorsque ce prince revint, on refusa de le recevoir. Thésée s'embarqua pour aller vers Deucalion dans l'île de Crète, et fut porté par les vents dans l'île de Scyros dont les habitants le reçurent avec distinction, à cause de l'éclat de sa naissance, et de la considération qu'il s'était acquise par ses exploits ; c'est pour cela que Lycomède trama sa perte. On ne lui érigea un monument héroïque à Athènes, que quelque temps après la défaite des Mèdes à Marathon, et lorsque Cimon, fils de Miltiade ayant chassé les habitants de Scyros de leur île, pour venger la mort de Thésée, eut apporté ses ossements à Athènes. |
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