On voit dans le théâtre d'Athènes des portraits de poètes tragiques et comiques, très obscurs pour la plupart. Ménandre est en effet le seul de ces derniers qui ait eu de la célébrité, et parmi les tragiques qui sont là, Sophocle et Euripide, sont les plus connus. On raconte que les Lacédémoniens ayant fait une irruption dans l'Attique au moment de la mort de Sophocle, Dionysos apparut en songe à celui qui les commandait, et lui ordonna de rendre à la nouvelle Sirène les honneurs dus aux morts. Il pensa que ce songe désignait Sophocle et ses poésies ; en effet, on compare encore maintenant le charme des poèmes et des discours au chant des Sirènes. Je crois que le portrait d'Eschyle a été fait longtemps après sa mort, et après le tableau de la bataille de Marathon. Eschyle dit que dans sa jeunesse s'étant endormi dans une vigne où il gardait les raisins, Dionysos lui apparut en songe, et lui ordonna de composer une tragédie ; lorsqu'il fit jour, il essaya d'obéir au dieu, et y réussit avec beaucoup de facilité : voilà ce qu'il racontait. Sur le mur austral de la citadelle, du côté du théâtre, on voit une Égide au milieu de laquelle est une tête dorée de la Gorgone Méduse. Vers le sommet du théâtre, et dans les roches, au-dessous de la citadelle, est une grotte sur laquelle est un trépied qui renferme Apollon et Artémis tuant les enfants de Niobé. J'ai été moi-même au mont Sipyle, et j'ai vu cette Niobé ; c'est un rocher escarpé qui, vu de près, ne ressemble nullement à une femme, mais en vous éloignant un peu, vous croyez voir une femme ayant la tête penchée et en pleurs. En allant du théâtre à la citadelle, vous trouvez le tombeau de Talos ; Dédale ayant tué ce Talos qui était son élève et fils de sa soeur, fut obligé de s'enfuir dans l'île de Crète d'où il s'évada dans la suite, et il alla dans la Sicile chez Cocalos. Le temple d'Esculape mérite d'être vu à cause des statues du dieu, de ses enfants et des peintures dont il est orné. Il renferme la fontaine près de laquelle Halirrhothios, fils de Poséidon, viola, dit-on, Alcippe, fille d'Arès, et fut tué par ce dieu ; meurtre qui devint le sujet d'un procès, le premier de ce genre. On voit aussi dans ce temple une cuirasse Sarmate, qui prouve que ces peuples ne sont pas moins industrieux que les Grecs. Les Sarmates n'ont ni mines de fer, ni moyens de se procurer ce métal, étant de tous les barbares de ces contrées, ceux qui ont le moins de commerce avec les étrangers ; ils y suppléent de la manière suivante. Ils mettent à leurs lances des pointes d'os, leurs arcs sont de bois de cormier, ainsi que leurs flèches qui sont aussi armées d'os. Ils jettent des cordes sur leurs ennemis, et après les avoir enveloppés, ils détournent leurs chevaux, et renversent, en tirant ces cordes, tous ceux qui s'y trouvent pris. Quant à leurs cuirasses, voici comment ils les font : ils nourrissent tous beaucoup de chevaux, ce qui leur est facile, le pays étant possédé en commun et ne produisant que des herbes sauvages, car ce peuple est nomade. Ils se servent de ces chevaux non seulement pour la guerre, mais encore pour leur nourriture, et pour les sacrifices qu'ils font aux divinités du pays. Ils amassent la corne de leurs pieds, la nettoient et la fendent en plaques qu'ils assemblent comme des écailles de serpents ; ceux qui n'ont point vu de serpents, n'ont qu'à se représenter une pomme de pin encore verte, ses écailles peuvent très bien se comparer aux plaques que les Sarmates font avec cette corne ; ils les percent, les cousent les unes aux autres avec des nerfs de chevaux ou de boeufs et en font des cuirasses non moins élégantes ni moins solides que celles des Grecs, car elles résistent également bien aux coups portés de près et aux javelots. Les cuirasses de lin sont bien moins utiles à la guerre qu'à la chasse, car le fer les pénètre en forçant un peu, tandis que les dents des lions et des léopards s'y émoussent. On peut voir des cuirasses de lin dans différents temples, et entre autres dans celui d'Apollon Gryneion, où il y a un bois sacré de la plus grande beauté, tout planté d'arbres cultivés, ou qui sans produire de fruits flattent agréablement la vue ou l'odorat. |
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