En continuant par là votre route vers la citadelle, après le temple d'Esculape, vous trouvez celui de Thémis, et devant ce dernier le tombeau de terre qu'on a élevé à Hippolyte. On dit que les imprécations de son père furent la cause de sa mort, et les barbares eux-mêmes, qui ne sont pas entièrement étrangers à la langue grecque, ont entendu parler de l'amour de Phèdre et de la criminelle audace de sa nourrice pour servir sa passion. Les Troezéniens montrent aussi chez eux le tombeau d'Hippolyte et ils racontent ainsi son histoire. Thésée devant épouser Phèdre, et ne voulant pas, s'il en avait des enfants, qu'Hippolyte leur fût soumis, ni qu'il fût roi à leur préjudice, l'envoya chez Pitthée, qui devait l'élever et lui laisser le royaume de Troezène. Quelque temps après, Pallas et ses fils se révoltèrent contre Thésée qui, les ayant tués, alla se faire purifier à Troezène ; ce fut là que Phèdre vit pour la première fois Hippolyte, et qu'en étant devenue amoureuse, elle résolut de se tuer. On voit à Troezène un myrte dont les feuilles sont toutes percées, on prétend qu'il n'a pas toujours été ainsi, et que ces trous sont l'ouvrage de Phèdre qui, dans le chagrin où la plongeait son amour, le perçait avec l'aiguille qui lui servait à tenir ses cheveux. Thésée après avoir réuni en une seule cité les habitants des différents bourgs, établit à Athènes le culte d'Aphrodite Pandèmos (la populaire ) et celui de Pitho ( la persuasion ). Les anciennes statues n'existaient plus de mon temps, et celles qu'on voit aujourd'hui, ont été faites par des artistes d'un talent assez distingué. Vous trouvez ensuite le temple de la Terre Courotrophos ( qui nourrit les jeunes garçons ) et celui de Déméter Chloé ( verdoyante). Ceux qui veulent connaître la raison de ces surnoms peuvent la demander aux prêtres. La citadelle n'a qu'une seule entrée, tous les autres côtés étant très escarpés ou fortifiés de murs. Les Propylées ont leur faîte en marbre blanc, et c'est l'ouvrage le plus admirable qu'on ait fait jusqu'à présent, tant pour le volume des pierres que pour la beauté de l'exécution. Je ne saurais dire au juste si les deux figures équestres qu'on y voit représentent les fils de Xénophon, ou si elles n'ont été faites que pour servir d'ornement. Le temple de la Victoire Aptéros ( sans ailes) est à droite des Propylées. La mer se découvre de cet endroit, et c'est de là, dit-on, qu'Egée se précipita et se tua lorsqu'il vit revenir avec des voiles noires le vaisseau qui avait transporté les jeunes Athéniens dans l'île de Crète ; Thésée, en effet, comptant sur sa valeur était parti avec l'espoir de tuer le Minotaure, et avait promis à son père de mettre des voiles blanches au vaisseau s'il revendit vainqueur. Ariane lui ayant été enlevée, il oublia sa promesse, et Egée croyant qu'il avait péri, se tua en se précipitant du haut de la citadelle ; et on voit encore à Athènes, le monument héroïque d'Egée. A gauche des Propylées est un petit édifice orné de peintures ; parmi celles que le temps n'a pas entièrement effacées, on remarque Diomède emportant de Troie la statue d'Athéna, et Odysseos à Lemnos se saisissant des flèches de Philoctète. On y voit aussi Oreste et Pylade, tuant, l'un Egisthe, et le second, les fils de Nauplios qui étaient venus au secours d'Egisthe. Une autre partie de ce tableau représente Polyxène qu'on va sacrifier sur le tombeau d'Achille. Homère a bien fait de passer sous silence une action aussi cruelle. Il me semble aussi qu'il a eu raison de dire qu'Achille prit Scyros, au lieu de le représenter dans cette île confondu avec de jeunes filles, comme l'ont fait d'autres poètes, ce que Polygnote a représenté dans l'édifice dont nous parlons. Il y a peint également Nausicaa avec ses compagnes, lavant ses vêtements dans le fleuve, et Odysseos debout auprès d'elles, le tout d'après Homère. On y remarque encore d'autres peintures, à savoir : Alcibiade avec les emblèmes de la victoire de la course des chars qu'il avait remportée à Némée ; Persée se rendant à Sériphe, et portant à Polydectes la tête de Méduse ; (je réserve pour un autre livre ce que j'ai à dire de Méduse) : au-dessus de ces peintures, en laissant de côté l'enfant qui porte des urnes et le lutteur peint par Timainetos, on voit le portrait de Musée. J'ai lu dans des vers que Musée avait reçu de Borée le don de voler dans les airs ; mais ces vers sont, à ce que je crois, d'Onomacrite, car je ne connais rien qui soit incontestablement de Musée, excepté l'hymne pour les Lycomède, en l'honneur de Déméter. Vers l'entrée même de la citadelle vous trouvez la statue d'Hermès Propylaeos ; et les Charites, qui sont, à ce qu'on dit, l'ouvrage de Socrate fils de Sophronisque. Socrate fut reconnu par la Pythie pour le plus sage de tous les mortels, honneur que n'avait pu obtenir Anacharsis quoiqu'il le désirât et se fût rendu à Delphes pour cela. |
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