Les Grecs disent, entre autres choses, qu'il y a eu sept sages ; ils y placent un tyran de Lesbos, et Périandre, fils de Cypsélos, quoique Pisistrate et Hippias, son fils, fussent bien plus humains que Périandre, et bien plus habiles que lui dans l'art militaire et dans celui de gouverner les hommes ; au moins jusqu'à l'assassinat d'Hipparque, car Hippias se livrant alors à toute sa colère, sévit contre différentes personnes, et contre une femme nommée Léaena ; en effet, après la mort d'Hipparque, ( ce que je dis n'a point encore été écrit, quoique les Athéniens en général le tiennent pour constant ) il la fit expirer dans les tourments, présumant d'après ses liaisons d'amour avec Aristogiton, qu'elle n'avait pas ignoré ses projets : les Athéniens, lorsqu'ils eurent secoué le joug des fils de Pisistrate, consacrèrent une lionne en bronze pour honorer la mémoire de cette femme. La statue d'Aphrodite qu'on voit auprès est, dit on, une offrande de Callias, et a été faite par Calamis. Non loin de là, est la statue en bronze de Diitréphès, percé de flèches ; il est connu par divers exploits que racontent les Athéniens, et il fut chargé de reconduire dans leur pays les soldats Thraces qui, n'étant arrivés qu'après le départ de Démosthène pour Syracuse, n'avaient pas pu s'embarquer. Diitréphès les conduisit par l'Euripe de Chalcis, jusqu'à l'endroit où Mycalesse, ville de la Béotie, est dans l'intérieur des terres ; il débarqua alors, et ayant remonté dans le pays, il prit cette ville, et les Thraces en massacrèrent tous les habitants, non seulement ceux qui étaient en âge de porter les armes, mais encore les femmes et les enfants. En voici la preuve. Celles des villes de la Béotie que les Thébains détruisirent ont toutes été rétablies et subsistent encore maintenant parce que leurs habitants s'enfuirent lorsqu'elles furent prises. Mycalesse aurait donc aussi été rétablie par ceux, qui auraient survécu à sa destruction, si les barbares n'avaient pas tout massacré. J'ai été étonné de voir Diitréphès ainsi percé, de flèches, l'usage de l'arc étant inconnu aux Grecs, les Crétois seuls exceptés, car les Locriens d'Opunte qui, suivant Homère, allèrent au siège de Troie avec l'arc et la fronde, étaient déjà pesamment armés à l'époque de la guerre des Mèdes. Les Maliens eux-mêmes n'ont pas conservé l'usage des flèches ; je ne crois pas qu'il leur fût connu avant Philoctète, et ils y renoncèrent bientôt. Près de Diitréphès ( je passe sous silence les statues moins remarquables ) ; on voit Hygiée (la santé), qu'on dit fille d'Esculape, Athéna surnommée elle-même Hygiée, et une pierre assez peu élevée pour qu'un homme de petite taille puisse s'asseoir dessus. On dit que Silènes s'y reposa, lorsque Dionysos vint dans l'Attique ; le nom de Silènes se donne aux Satyres avancés en âge. Voulant savoir plus positivement à quoi m'en tenir sur l'existence des Satyres, j'ai questionné beaucoup de monde, et voici ce que j'ai appris d'Euphémos Carien. S'étant embarqué pour aller en Italie, il fut écarté de sa route par les vents, et emporté dans la mer extérieure (l'Océan), où les vaisseaux ne vont jamais. Ils y virent beaucoup d'îles, les unes désertes, les autres peuplées d'hommes sauvages. Les matelots ne voulaient pas approcher de ces dernières, ayant abordé précédemment dans quelques-unes, et sachant de quoi leurs habitants étaient capables ; ils s'y virent cependant encore forcés. Les matelots donnaient à ces îles le nom de Satyrides, leurs habitants sont roux et ont des queues presque aussi longues que celles des chevaux. Ils accoururent vers le vaisseau dès qu'ils l'aperçurent, ils ne parlaient point, mais ils se jetèrent sur les femmes pour les violer. A la fin, les matelots épouvantés leur abandonnèrent une femme barbare qu'ils jetèrent dans l'île, et les Satyres peu satisfaits des jouissances naturelles, assouvirent leur brutalité sur toutes les parties de son corps. Les autres choses que j'ai remarquées dans la citadelle d'Athènes, sont un enfant en bronze fait par Lycios, d'Artémis Brauronia, la statue de la déesse est de Praxitèle ; ce surnom d'Artémis vient de Brauron bourg de l'Attique où se trouve l'ancienne Artémis en bois, qui était, dit-on, dans la Tauride. Parmi les offrandes se trouve aussi le cheval Dourios en bronze. A moins de croire les Phrygiens absolument dépourvus de bon sens, on sera convaincu que ce cheval était une machine de guerre inventée par Epeios pour renverser les murs de Troie. Les Grecs les plus vaillants se cachèrent, dit-on, dans ce cheval, et c'est ainsi qu'il est représenté en bronze, car vous en voyez sortir Teucer, Ménesthée et les deux fils de Thésée. Viennent ensuite des statues d'hommes célèbres ; la première est celle d'Epicharès, vainqueur à la course avec les armes ; elle est de Critias : Oenobios fit une bonne action en obtenant un décret pour le rappel de Thucydide, fils d'Oloros : sa statue est aussi là. Thucydide fut assassiné en revenant de son exil et on voit son tombeau vers les portes Mélitidès. Je ne répéterai point ce que d'autres ont dit d'Hermolykos le Pancratiaste et de Phormion, fils d'Asopichos, à qui on a aussi érigé des statues ; j'ajouterai seulement au sujet de Phormion, qu'étant d'une famille distinguée et jouissant lui-même de la meilleure réputation, il se trouvait accablé de dettes ; ce qui lui fit prendre le parti de se retirer dans le bourg de Paeônia : il y faisait sa résidence, lorsque les Athéniens le choisirent pour général de leurs forces navales ; il refusa de s'embarquer en disant qu'il avait beaucoup de dettes et que tant qu'elles ne seraient pas payées, il ne pourrait guère inspirer du courage à ses soldats : alors les Athéniens qui voulaient absolument l'avoir pour général, payèrent ses créanciers. |
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