Je ne saurais dire au juste pourquoi on a érigé dans la citadelle, une statue en bronze à Cylon, quoiqu'il eût cherché à se rendre tyran de sa patrie. C'est, je l'imagine, parce qu'il était très bel homme, qu'il avait d'ailleurs quelque célébrité, ayant remporté aux jeux Olympiques le prix de la course du double stade nommée Diaulos ; et qu'il avait épousé la fille de Théagène, tyran de Mégare. Outre ce que je viens de décrire, la citadelle renferme deux offrandes, dîme du butin fait à la guerre. La première est une Athéna en bronze : elle a été érigée aux dépens des Mèdes débarqués à Marathon. Elle est l'ouvrage de Phidias, et c'est Mys, qui a, dit-on, gravé sur le bouclier de la déesse le combat des Lapithes et des Centaures, et les autres sujets qui y sont représentés. On ajoute qu'il a gravé ce bouclier et ses autres ouvrages d'après les dessins de Parrhasios fils d'Evénor. La pointe de la pique d'Athéna et l'aigrette de son casque se voient de la mer, dès le promontoire Sounion. La seconde offrande est un char en bronze, dîme du butin fait sur les Béotiens et les Chalcidiens de l'Eubée. Vous y remarquez encore deux autres offrandes, une statue de Périclès, fils de Xanthippos, et une Athéna, le plus admirable de tous les ouvrages de Phidias. Elle est nommée la Lemnienne, parce qu'elle a été offerte par les Lemniens. Les murs de la citadelle, excepté la partie, que Cimon, fils de Miltiade, a fait construire, sont l'ouvrage des Pélasges qui demeuraient jadis au-dessous de la citadelle. Ils se nommaient, dit-on, Agrolas et Hyperbios ; j'ai voulu savoir qui ils étaient, mais je n'ai pu apprendre autre chose si ce n'est que, Siciliens d'origine, ils étaient allés s'établir dans l'Acarnanie. En descendant non dans la ville basse, mais un peu au-dessous des Propylées, vous trouvez une fontaine, et tout auprès, un temple d'Apollon dans une grotte; ce fut là, dit-on, qu'Apollon eut commerce avec Créuse, fille d'Erechthée. Il y a dans le même endroit un temple consacré à Pan. On raconte, au sujet de ce dieu, que Philippides envoyé à Lacédémone pour annoncer le débarquement des Perses dans l'Attique, dit à son retour que les Lacédémoniens avaient différé leur départ, leurs lois ne leur permettant pas de sortir pour combattre, avant que la lune fût dans son plein : mais il ajouta qu'il avait rencontré Pan sur le mont Parthénios, et que ce dieu lui avait dit qu'il voulait du bien aux Athéniens et qu'il se trouverait à Marathon pour les secourir : c'est sur cet avis que le culte de Pan s'établit à Athènes. L'Aréopage est aussi au-dessous de la citadelle ; on le nomme ainsi parce qu'Arès est le premier qui y ait été jugé. J'ai déjà dit que ce dieu avait tué Halirrhothios, et à quel sujet. On dit aussi que dans la suite Oreste y fut jugé pour le meurtre de sa mère, et l'on voit encore l'autel d'Athéna Aréïa qu'il dédia après son absolution. Les deux pierres brutes sur lesquelles se tiennent l'accusateur et l'accusé, sont nommées, l'une, la pierre de l'impudence, et l'autre, la pierre de l'insulte. Près de là est le temple des déesses connues à Athènes sous le nom de Semnae ( Vénérable ) et qu'Hésiode dans sa Théogonie nomme Erinyes. Eschyle est le premier qui les ait représentées avec des serpents enlacés dans leurs cheveux ; mais leurs statues, ainsi que celles des autres divinités infernales placées dans ce temple, n'ont rien d'effrayant. Ces divinités sont : Pluton (surnom d'Hadès), Hermès et la Terre. Tous ceux qui ont été absous par l'Aréopage, étrangers ou citoyens, offrent un sacrifice dans ce temple. Le tombeau d'Oedipe est dans son enceinte; mes recherches m'ont appris que ses os avaient été apportés de Thèbes ; car ce que Sophocle dit de la mort d'Oedipe, ne paraît pas croyable ; on lit en effet dans Homère que Mécistée alla disputer un prix à Thèbes ; aux jeux qui furent célébrés à la mort d'Oedipe. Il y a d'autres tribunaux à Athènes ; mais ils ne sont pas aussi célèbres que l'Aréopage. Le Parabyse et le Trigone ont pris leur nom, le premier de ce que n'étant destiné qu'aux petites causes, il est dans un quartier peu fréquenté, et le second de la forme de l'édifice où il tient ses séances. Le tribunal rouge et le tribunal vert ont pris ces noms de leur couleur, et ils les conservent encore. Le plus considérable de tous, celui devant lequel se portent le plus d'affaires, c'est le tribunal nommé Héliée. Il y a d'autres tribunaux pour connaître des meurtres ; d'abord celui qui porte le nom d'Epi - Palladion où sont jugés les meurtres involontaires. Que Démophon y ait été jugé le premier, on en convient assez généralement ; mais pour quelle cause? c'est sur quoi l'on n'est pas d'accord. Vous entendrez raconter que Diomède, revenant du siège de Troie avec ses vaisseaux, fut surpris par la nuit à la vue du port de Phalère, que les Argiens se croyant dans un pays ennemi et non dans l'Attique, débarquèrent et se mirent à piller ; que Démophon ne les connaissant pas non plus, accourut pour les repousser, en tua plusieurs et leur enleva le Palladion : qu'en retournant à la ville, il renversa sous les pieds de son cheval un Athénien qu'il n'avait point aperçu, et qui en mourut : qu'en conséquence le procès fut fait à Démophon, à la poursuite des parents du mort, suivant les uns ; à celle des Argiens, selon les autres. Les causes de ceux qui ont commis un meurtre, mais qui prétendent l'avoir commis légitimement, sont portées au tribunal Delphinion. Thésée y fut absous par ce motif du meurtre de Pallas et de ses fils qui s'étaient révoltés contre leur souverain. Avant ce jugement rendu en sa faveur, tout homme qui en avait tué un autre était obligé de subir un exil ; s'il restait dans le pays, il s'exposait à être tué de même. Dans le Prytanée est un tribunal où l'on juge le fer et les autres instruments qui ont servi à commettre un meurtre ; voici, je crois, quelle en fut l'origine. Erechthée régnait à Athènes, lorsque le Bouphonos tua, pour la première fois, un boeuf sur l'autel de Zeus Poliéos, et laissant sa hache là, s'enfuit du pays ; sur le champ on fit le procès à la hache qui fut déclarée innocente : cette cérémonie se renouvelle encore tous les ans. D'autres choses inanimées ont, dit-on, servi d'elles-mêmes d'instruments à la juste punition de quelques crimes, et l'exemple le plus célèbre en ce genre est celui du sabre de Cambyse. Le Phréattys est dans le Pirée, sur les bords de la mer ; c'est là que les exilés viennent se défendre s'ils sont accusés de quelque autre crime après leur départ : du bord de leur vaisseau ils font entendre leur justification à des juges qui sont à terre. On dit que Teucer fut le premier qui se défendit de cette manière devant Télamon, au sujet de la mort d'Ajax, dont il se disait innocent. Je suis entré dans tous ces détails pour faire connaître les soins que les Athéniens apportent à l'administration de la justice. |
![]() |