On vous montre près de l'Aréopage le vaisseau qui sert à la pompe des Panathénées. Il peut s'en trouver de plus grands, mais je n'en connais point de plus considérable que le vaisseau sacré de Délos, qui a neuf rangs de rames depuis le tillac. Hors de la ville, dans les bourgs et sur les chemins, vous voyez des temples de Dieux, et des tombeaux érigés à des héros et à d'autres personnes. L'Académie qui est tout auprès de la ville était jadis le domaine d'un simple particulier, c'est maintenant un gymnase. En y descendant, vous trouvez une enceinte consacrée, à Artémis, et des statues en bois représentant Aristé et Callisté (très bonne, et très belle), surnoms qui sont à ce que je crois, ceux d'Artémis, et les vers de Sappho confirment ma conjecture. Je connais une autre tradition sur ces deux noms, mais je n'en dirai rien. Il y a dans le même endroit un petit temple où l'on porte, tous les ans à certains jours, la statue de Dionysos Eleuthères. Voilà tous les temples qui se trouvent de ce côte. Quant aux tombeaux, vous voyez d'abord celui de Thrasybule, fils de Lycos, homme bien supérieur à tout ce qu'il y a jamais eu de personnages célèbres à Athènes. Pour ne pas parler de toutes ses actions, je me bornerai à dire pour prouver ce que j'avance, que parti d'abord de Thèbes avec soixante hommes seulement, il renversa la tyrannie de ceux qu'on appelait les Trente. Il réconcilia les Athéniens, et leur recommanda la concorde. Suivent les tombeaux de Périclès, de Chabrias et de Phormion, les tombeaux de tous les Athéniens tués dans divers combats sur terre et sur mer, excepté ceux qui périrent à Marathon, et qui par une distinction due à leur bravoure furent enterrés au lieu même où ils avaient combattu. Tous les autres l'ont été sur le chemin qui conduit d'Athènes à l'Académie ; un cippe sur chaque tombe porte le nom du mort et du bourg où il était né. Les premiers qu'on y ait enterrés sont ceux qui, après s'être emparés de toute la Thrace, jusqu'à Drabèskos, se laissèrent surprendre par les Edones, qui les taillèrent en pièces. Le tonnerre, en tombant sur eux, contribua aussi, dit-on, à leur défaite. Parmi leurs généraux, Léagros était le premier, après lui Sophianes de Décelie, qui avait tué Eurybathes Argien, jadis vainqueur au Pentathle, aux jeux Néméens ; Eurybathes avait amené des secours aux Aeginètes. Cette armée est la troisième que les Athéniens aient envoyée hors de leur pays. Je ne parle pas de la guerre de Troie, qui fut entreprise en commun par tous les Grecs. Les Athéniens firent en particulier une première expédition en Sardaigne, avec Iolaos ; la seconde fut dans l'Ionie, et la troisième dans la Thrace, c'est celle dont il est ici question. Devant leur tombeau se voit un cippe sur lequel sont sculptés deux cavaliers qui combattent. On dit que ces deux cavaliers sont Mélanopos et Macartatos qui furent tués dans un combat contre les Lacédémoniens et les Béotiens, sur les confins d'Eleusis du côté de Tanagra. Vous découvrez ensuite la tombe des cavaliers Thessaliens qui, fidèles à l'ancienne amitié qui unissait les deux peuples, vinrent au secours des Athéniens, lorsque les Lacédémoniens firent leur première irruption dans l'Attique, sous le commandement d'Archidamos. Les tombeaux suivants sont ceux des archers Crétois, de quelques Athéniens, de Clisthène, inventeur de la division en tribus encore aujourd'hui subsistantes, et des cavaliers Athéniens tués en même temps que les cavaliers Thessaliens, dont je viens de parler. On a encore enterré là, les Cléoniens qui vinrent dans l'Attique avec les Argiens, ( je dirai à quelle occasion, lorsque j'en serai à la description d'Argos), et les Athéniens qui firent la guerre aux Aeginètes, quelque temps avant l'invasion des Mèdes. Le Peuple d'Athènes avait par une loi très sage, admis les esclaves, qui l'avaient mérité, aux honneurs de la sépulture publique, et avait permis d'inscrire leurs noms sur des cippes. Ces inscriptions portent que ces esclaves avaient combattu vaillamment auprès de leurs maîtres. On lit ensuite les noms de beaucoup d'autres personnages tués, les armes à la main, en divers pays, entre autres, des principaux de ceux qui marchèrent contre Olynthe, et de Mélisandre qui remonta le Méandre avec ses vaisseaux, jusque dans la Carie supérieure. On a enterré dans le même endroit, les Athéniens qui furent tués dans la guerre contre Cassandre, et les Argiens qui étaient alors venus à leur secours. Voici, disent les Athéniens, à quelle occasion ils contractèrent cette alliance avec les Argiens. On y voit aussi ceux qui furent tués à Corinthe ; les Dieux montrèrent bien en cette occasion, et dans la suite à Leuctres, que les hommes les plus vaillants et reconnus pour tels par les Grecs, ne sont rien sans la fortune ; en effet, les Lacédémoniens, qui à Corinthe avaient vaincu les Athéniens, les Corinthiens, les Béotiens et les Argiens réunis, furent complètement défaits à Leuctres, par les Béotiens tout seuls. Après le tombeau de ceux qui furent tués à Corinthe, vous voyez un cippe avec une inscription en vers élégiaques, qui vous apprend que de ceux qui sont enterrés là, les uns furent tués dans l'Eubée et dans l'île de Chios, et les autres, aux extrémités du continent de l'Asie, ainsi que dans la Sicile : excepté Nicias, tous les généraux sont nommés dans l'inscription, tous les soldats mêmes, Athéniens et Platéens, sans distinction. Voici pourquoi on a omis le nom de Nicias : Philistos dit, et je suis d'accord avec lui, que Démosthène ne voulut point être compris dans la capitulation qu'il fit pour ses troupes, et que lorsqu'il se vit pris, il voulut se tuer : Nicias, au contraire, se rendit volontairement ; il fut donc convaincu de s'être offert à l'esclavage, lâcheté indigne d'un guerrier, et qu'on a punie en ne gravant point son nom sur le cippe. Un autre cippe présente les noms de ceux qui furent tués dans la Thrace, à Mégare et dans l'Arcadie, lorsque Alcibiade eut déterminé les Arcadiens de Mantinée et les Eléens à se séparer des Lacédémoniens ; de ceux qui défirent les Syracusains avant l'arrivée de Démosthène en Sicile ; on a enterré dans le même lieu ceux qui périrent dans un combat naval vers l'Hellespont, dans la bataille de Chéronée contre les Macédoniens ; dans l'expédition contre Amphipolis, sous les ordres de Cléon, et à Délion, dans le pays de Tanagra : ainsi que ceux que Léosthènes conduisit dans la Thessalie contre les Macédoniens, et ceux que Cimon emmena dans l'île de Chypre ; enfin, ceux qui, avec Olympiodore, chassèrent la garnison Macédonienne ; ces derniers ne sont que treize en tout. Les Athéniens disent que jadis ils envoyèrent un petit corps de troupes au secours de Rome contre quelque peuple de son voisinage ; et que d'ailleurs dans un combat contre les Carthaginois, cinq vaisseaux Athéniens secondèrent ceux des Romains : les guerriers qui périrent en ces deux occasions, sont aussi enterrés là. J'ai déjà parlé des exploits de Tolmidès et de ses compagnons d'armes : j'ai indiqué le genre de leur mort ; ceux que cela peut intéresser sauront qu'ils sont enterrés sur le même chemin : on y voit aussi le tombeau des Athéniens qui remportèrent, sous les ordres de Cimon, deux grandes victoires dans le même jour ; l'une navale, dans les eaux de l'Eurymédon ; l'autre sur terre, près des bords de ce fleuve ; les tombes de Conon et de Timothée, qui, après Miltiade et Cimon, donnèrent le second exemple d'un père et d'un fils, illustres par leurs belles actions. Là sont enfin les tombeaux de Zénon, fils de Mnaséas ; de Chrysippe de Soles ; de Nicias, fils de Nicomède, de son temps le plus habile peintre d'animaux ; d'Harmodios et Aristogiton, qui tuèrent Hipparque, fils de Pisistrate ; de l'orateur Ephialtès, qui contribua beaucoup à la subversion des lois de l'Aréopage ; de l'orateur Lycurgue, fils de Lycophron, qui amassa dans le trésor public six mille cinq cents talents de plus que Périclès, fils de Xanthippos : on devait à ce même Lycurgue, les ornements qui servaient aux pompes solennelles en l'honneur d'Athéna, des Victoires en or, et les parures de cent jeunes filles. Il fit fabriquer pour la guerre des armes et des traits, porta à quatre cents le nombre des trirèmes de guerre, acheva le théâtre que d'autres avaient commencé ; il bâtit de plus, dans le Pyrée, de nouvelles loges pour recevoir les vaisseaux, et le Gymnase qui est auprès du Lycée. Les ouvrages d'or et d'argent qu'il avait fait exécuter, furent enlevés par le tyran Lacharès ; mais les édifices subsistent encore maintenant. |
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