Les Courants appelés Rheiti ne ressemblent à des fleuves que parce qu'ils ont un courant, car c'est l'eau de la mer qui y coule. Il est probable qu'ils viennent de l'Euripe de Chalcis, ils passent sous terre, et vont se jeter dans l'autre mer qui est plus basse. Les Rheiti sont consacrés à Déméter et à sa fille, et les prêtres peuvent seuls y pécher. Ils formaient anciennement, m'a-t-on dit, la limite entre le pays des Eleusiniens et le reste de l'Attique. La maison de Crocon était la première qu'on trouvât après les avoir traversés, et l'endroit où elle était se nomme encore maintenant le palais de Crocon. Il avait épousé Saisara, fille de Céléos, à ce que disent les Athéniens, au moins ceux du bourg des Scambonides ; car cette opinion n'est pas générale. Je n'ai pas pu découvrir le tombeau de Crocon ; quant à celui d'Eumolpe, les Eleusiniens et les Athéniens sont d'accord sur l'endroit où il est. On dit que cet Eumolpe, venu de la Thrace, était fils de Poséidon et de Chioné, fille du vent Borée et d'Orithye. Homère ne dit rien de son origine ; il le nomme seulement dans ses vers, le vaillant Eumolpe. Les Eleusiniens ayant livré un combat aux Athéniens, Erechthée, roi de ces derniers, fut tué, ainsi qu'Immarados, fils d'Eumolpe. Les deux peuples firent ensuite la paix, et il fut convenu que les Eleusiniens, soumis pour tout le reste aux Athéniens, célébreraient en leur particulier les mystères ; qu'Eumolpe et les filles de Céléos seraient chargés de tout ce qui concerne le culte des Grandes Déesses. Suivant Pamphos, d'accord en cela avec Homère, les filles de Céléos se nommaient Diogénie, Pammérope et Saisara. Lorsque Eumolpe mourut, il ne restait que Céryx le plus jeune de ses fils, qui, suivant les Céryces, était fils d'Aglaure, fille de Cécrops, et avait pour père, Hermès et non Eumolpe. Le monument héroïque d'Hippothoon qui a donné son nom à une tribu est dans le même lieu, et celui de Zarax est tout auprès. On dit que ce dernier avait appris la musique d'Apollon ; je crois qu'il était étranger, probablement de Lacédémone, et que Zarax, ville de la Laconie sur les bords de la mer avait pris son nom de lui. Si les Athéniens ont eu un héros nommé Zarax, il m'est entièrement inconnu. Le Céphise a son cours beaucoup plus rapide à Eleusis que dans le reste de l'Attique. On donne le nom d'Erinéon (le figuier sauvage) à un endroit voisin par où Hadès descendit, dit-on, aux enfers après avoir enlevé Proserpine. C'est aussi auprès du Céphise que Thésée tua le brigand Polypémon, surnommé Procruste. Les Eleusiniens ont chez eux le temple de Triptolème, ceux d'Artémis Propylée, et de Poséidon surnommé le Père. Ils vous montrent le puits Callichoros autour duquel les femmes d'Eleusis formèrent le premier choeur de danse et de chant en l'honneur de Déméter ; le champ Rharios, le premier, dit-on, qui ait reçu des semences et produit des fruits ; aussi l'orge qu'on y recueille est-il employé à faire de la farine pour répandre sur la tête des victimes, et des gâteaux pour les sacrifices. On vous montre aussi l'aire qui porte le nom de Triptolème, et l'autel de ce héros. Quant à ce qui est dans l'intérieur des murs du temple, un songe m'a défendu de le décrire, les non initiés à qui il n'est pas permis de voir cet intérieur, ne devant pas même connaître ce qu'il renferme. Le héros Eleusis, dont la ville a pris le nom était, suivant quelques poètes, fils d'Hermès, et de Daïra, fille de l'Océan ; d'autres disent qu'il était fils d'Ogygès ; car les anciens Eleusiniens n'ayant point d'ouvrages sur les généalogies, on a pu imaginer beaucoup de fables, surtout sur l'origine de leurs héros. Le pays de Platées dans la Béotie est maintenant, du côté d'Eleusis, limitrophe de l'Attique : les limites étaient jadis vers Eleuthères, mais depuis que les Eleuthériens se sont réunis aux Athéniens, elles ont été reculées jusqu'au mont Cithaeron dans la Béotie. Les Eleuthériens se sont réunis aux Athéniens sans y être contraints par les armes, mais parce que le gouvernement d'Athènes leur plaisait, et qu'ils haïssaient les Thébains. Il y a dans la plaine d'Eleuthères un temple de Dionysos ; l'ancienne statue en bois qu'il renfermait a été transportée à Athènes, et celle qu'on y voit maintenant n'est qu'une copie. Un peu plus loin est une petite grotte auprès de laquelle jaillit une source d'eau froide. On dit qu'Antiope exposa dans cette grotte, les enfants qu'elle venait de mettre au monde, et que le berger qui les trouva les ayant démaillotés, les lava dans cette fontaine. Il reste encore quelques ruines des murs et des maisons d'Eleuthères ; on voit par là que la ville était un peu au-dessus de la plaine, au bas du mont Cithaeron. |
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