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Iphigénie. Adraste. l'Aesymnion. Monument d'Iphinoé. Temples et statues. Tombeau de Coroebos. Poinè.
     Les Mégaréens disent aussi qu'Iphigénie mourut à Mégare, et ils montrent son monument héroïque. Les Arcadiens ont aussi une tradition particulière sur Iphigénie ; et Hésiode dit dans le catalogue des femmes, qu'elle n'est point morte, mais que par la protection d'Artémis elle est devenue Hécate. Cela se rapporte assez à ce qu'écrit Hérodote que les Taures, peuple voisin de la Scythie, sacrifient ceux qui font naufrage sur leurs côtes à une vierge qui est, suivant eux, Iphigénie, fille d'Agamemnon. Les Mégaréens rendent aussi des honneurs à Adraste, qui mourut, disent ils, dans leur pays en ramenant son armée après la prise de Thèbes. La vieillesse et le chagrin de la mort d'Aigialéos son fils furent, suivant eux, la cause de sa mort. Ils ont un temple d'Artémis bâti par Agamemnon lorsqu'il vint à Mégare pour décider Calchas, qui y demeurait, à le suivre au siège de Troie. Ils disent que Ménippe, fils de Mégaréos et Echépolos, fils d'Alcathoos, sont enterrés dans le Prytanée de Mégare.
     Près de ce Prytanée est une pierre nommée Anaclethra ; elle a pris ce nom, s'il faut les en croire, parce que Déméter, dans ses voyages pour la recherche de sa fille, l'appela de dessus cette pierre. Les femmes de Mégare célèbrent encore maintenant une fête qui rappelle cette tradition. Il y a dans la ville de Mégare des tombeaux ; savoir, celui des Mégaréens qui périrent dans l'expédition des Mèdes contre la Grèce, et l'Aesymnion, qui est un monument érigé à des héros. Hypérion, fils d'Agamemnon, qui fut le dernier Roi de Mégare, ayant été tué par Sandiôn à cause de son insolence et de sa cupidité, les Mégaréens ne voulant plus du gouvernement d'un seul, résolurent d'avoir des magistrats électifs, pour commander chacun à leur tour.
     Aisymnos l'un des principaux de la ville, alla consulter l'oracle de Delphes sur les moyens de faire prospérer sa patrie, le Dieu lui répondit entre autres choses, que les Mégaréens seraient heureux tant qu'ils délibéreraient avec le plus grand nombre. Cet oracle paraissant indiquer les morts, qui sont bien plus nombreux que les vivants, les Mégaréens construisirent leur Sénat dans cet endroit, pour que les tombeaux des héros y fussent renfermés. En allant du Sénat au monument héroïque d'Alcathoos, où les Mégaréens conservent maintenant leurs archives, on trouve deux tombeaux : l'un est, dit-on, celui de Pyrgo qu'Alcathoos avait eue pour femme, avant d'épouser Evaechmé, fille de Mégaréos ; et l'autre celui d'Iphinoé, fille d'Alcathoos, qui mourut sans être mariée. Les filles de Mégare vont, avant de se marier, faire des libations et offrir les prémices de leur chevelure sur le tombeau d'Iphinoé, de même que celles de Délos coupaient jadis leurs cheveux en l'honneur d'Opis et d'Hécaergé. Le tombeau d'Astycratea et de Manto est vers l'entrée du temple de Dionysos. Elles étaient filles de Polyidos, fils de Coeranos, fils d'Abas, fils de Mélampos. Polyidos, étant venu à Mégare pour purifier Alcathoos du meurtre de Callipolis son fils, y bâtit un temple à Dionysos, et lui érigea une statue en bois, dont on ne voit maintenant que le visage, le reste étant caché. Le Satyre en marbre de Paros qui est auprès de cette statue a été fait par Praxitèle. On donne à ce Dionysos le nom de Patroos, et on honore sous celui de Dasyllios, le Dionysos dont la statue à été érigée par Euchénor, fils de Coeranos, fils de Polyidos.
     Après le temple de Dionysos, vient celui d'Aphrodite Praxis, sa statue en ivoire est ce qu'il y a de plus ancien dans ce temple ; les autres sont, Pitho (la Persuasion) ; la déesse qu'ils nomment Paregoron (consolatrice) ; elles sont toutes deux de Praxitèle : vous y voyez aussi trois statues de Scopas, Eros (l'Amour), Himéros (la Passion), et Pothos (l'Affection) : si toutefois ce n'est pas la même divinité sous trois noms différents. Le temple de la Fortune, est voisin de celui d'Aphrodite, sa statue est aussi de Praxitèle. Lysippe a fait les Muses et le Zeus en bronze qui se voient dans le temple voisin. On remarque aussi à Mégare le tombeau de Coroebos, et je vais placer ici ce qu'en disent les poètes, d'accord en cela avec les Argiens. Psamathé, fille de Crotopos, donna le jour à un fils, fruit de son commerce avec Apollon. Mais, craignant le courroux de son père, elle exposa ce fils nouveau-né, que trouvèrent et mirent en pièces les chiens qui gardaient les troupeaux de Crotopos. Apollon, pour se venger, envoya dans la ville d'Argos un monstre nommé Poenè, qui enlevait, dit-on, les petits enfants des bras de leurs mères, ce qui dura jusqu'à ce que Coroebos l'eut tué par bienveillance pour les Argiens. La colère du Dieu s'étant manifestée de nouveau par une maladie pestilentielle, Coroebos se rendit de lui même à Delphes pour lui donner satisfaction du meurtre de Poinè. La Pythie ne lui permit pas de retourner à Argos, mais elle lui ordonna d'emporter un des trépieds sacrés, de s'arrêter à l'endroit où il lui échapperait des mains, d'ériger là un temple à Apollon, et de s'y établir lui-même. Quand il l'eut porté jusqu'au mont Gérania, le trépied, sans qu'il y prît garde, tomba de ses mains : et ce fut en ce lieu que Coroebos fonda un bourg nommé Tripodiskos. Son tombeau est sur la place publique de Mégare ; on y lit une inscription en vers élégiaques, qui contient le récit des aventures de Psamathé et de Coroebos. Il est lui-même représenté sur le tombeau, terrassant le monstre, et ces figures sont, à ma connaissance, le plus ancien ouvrage de sculpture en marbre, qu'on ait fait dans la Grèce.

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