Le milieu de cette place publique est occupé par une Athéna en bronze ; sur le piédestal de laquelle sont représentées les Muses. Au-dessus de la place, est le temple d'Octavie, soeur d'Auguste, qui régna sur les Romains après Jules César, fondateur de la nouvelle Corinthe. Au sortir de cette place, par le chemin, qui conduit à Léchée, s'offrent à vous des Propylées surmontés de deux chars dorés, sur l'un desquels est Phaéton, fils d'Hélios (le Soleil) ; et Hélios lui-même est sur l'autre. Un peu plus loin que ces Propylées, à droite, vous trouvez, en entrant dans la place, un Héraklès en bronze. Vous arrivez ensuite à l'entrée de la fontaine Pyrène. Elle était femme jadis, et fut, dit-on, changée en fontaine à force de pleurer la mort de Cenchrias, son fils, qu'Artémis avait tué involontairement. Cette fontaine est ornée de marbre blanc, et on y a pratiqué des loges en forme de grottes, d'où l'eau coule dans un bassin découvert. Cette eau est très bonne à boire, et l'airain qu'on y trempe, après l'avoir fait rougir au feu, y acquiert cette qualité qui le fait rechercher sous le nom d'airain de Corinthe. Les Corinthiens, en effet, n'ont point de mines de cuivre. Il y a vers cette fontaine, une statue d'Apollon, et une enceinte dans laquelle se trouve un tableau représentant le combat d'Odysseos, contre les amants de Pénélope. En reprenant ensuite la route directe de Léchée, vous remarquez d'abord un Hermès en bronze : auprès du dieu assis, est un bélier ; car Hermès est le dieu qui veille le plus spécialement sur les troupeaux et les fait multiplier, comme le dit Homère dans l'Iliade. " Fils de Phorbas, dont les troupeaux étaient un don de Hermès, qui le préférant à tous les autres Troyens, l'avait comblé de bienfaits. " Je sais bien ce que l'on a raconté d'Hermès et du bélier dans les mystères de la Mère des dieux, mais je n'en dirai rien. Après cette statue, viennent celles de Poséidon, de Leucothée, et Palaemon sur un dauphin. Dans divers endroits de la ville sont des bains, construits les uns aux dépens du public, les autres aux frais de l'empereur Adrien. Les plus renommés sont auprès du temple de Poséidon. Ils ont été bâtis par Euryclès, Spartiate, qui les a ornés de marbres de diverses espèces, entre autres de celui qu'on tire des carrières de Krocées, dans la Laconie. On voit à gauche de l'entrée de ces bains, un Poséidon, et après lui, une Artémis chasseresse. La ville est bien fournie de fontaines ; car, outre qu'il y a beaucoup d'eau dans le pays, l'empereur Adrien y a fait amener celles du Stymphale ; la plus remarquable de ces fontaines est un Bellérophon placé auprès de l'Artémis dont je viens de parler, il est monté sur Pégase, et l'eau sort du sabot du cheval. Vous en verrez une autre en prenant la route qui conduit de la place publique à Sicyone : à droite de cette route, est un temple d'Apollon avec sa statue en bronze, et un peu plus loin, la fontaine qui a pris le nom de Glauké, cette princesse s'y étant précipitée, dit-on, dans l'espérance d'y trouver un remède contre les poisons de Médée. Au-dessus de cette fontaine, est l'Odéon, auprès duquel se voit le tombeau des enfants de Médée. Ils se nommaient Merméros et Phérès, et furent, suivant la tradition, tués à coups de pierres par les Corinthiens, à cause des présents qu'ils avaient apportés à Glauké. Comme cette mort violente était une punition qu'ils n'avaient point méritée, ils s'en vengèrent en faisant périr les enfants nouveaux-nés des Corinthiens, ce qui continua jusqu'à ce qu'on eût institué en leur honneur, des sacrifices annuels, et érigé une statue à la Terreur, ainsi que l'oracle l'avait ordonné. La statue existe encore, elle représenté une femme d'un aspect effrayant ; mais les anciens Corinthiens ayant tous péri lorsque leur ville fut prise par les Romains, les nouveaux habitants n'offrent plus ces sacrifices, et leurs enfants ont renoncé à l'usage de couper leurs cheveux et de porter des vêtements noirs. Médée, étant allée à Athènes après cet événement, épousa Egée ; elle voulut dans la suite faire périr Thésée ; ayant été prise sur le fait, elle s'enfuit et se retira chez les Aryens, qui prirent d'elle le nom de Mèdes. On dit qu'elle emporta chez les Aryens, un fils qu'elle avait eu d'Egée, et qui se nommait Mèdes. Hellanicos, qui le nomme Polyxénos, lui donne Jason pour père. Les Grecs ont un poème intitulé les Naupacties, suivant lequel Jason, après la mort de Pélias, quitta Iolcos pour aller s'établir à Corcyre : et Merméros, l'aîné de ses enfants, qui était allé chasser sur le continent voisin, y fut tué par une lionne ; il n'est point question de Phérès dans ce poème. Cinaethon de Lacédémone, qui a aussi écrit des généalogies en vers, dit que Jason avait eu de Médée, Mèdes, et une fille nommée Eriopis. Il ne nous apprend rien de plus sur eux. Enfin, Eumélos raconte que le Soleil avait donné l'Asopie à Aloéos , et l'Ephyrée à Aeètès : celui-ci, partant pour Colchos, confia ses états à Bounos, fils d'Hermès et d'Alcidamie, à la mort duquel Epopéos, fils d'Aloéos, réunit l'Ephyrée à ses états. Corinthos, fils de Marathon, étant mort dans la suite sans laisser d'enfants, les Corinthiens firent venir Médée d'Iolcos pour lui donner la couronne, et Jason devint par ce moyen roi de Corinthe. Elle eut plusieurs enfants ; mais à peine étaient-ils nés, que dans l'espérance de les rendre immortels, elle allait les cacher dans le temple d'Héra. Elle se convainquit à la fin que ses espérances étaient mal fondées. Jason ayant en même temps découvert ce qu'elle avait fait de ses enfants, ne voulut pas lui pardonner, quelques prières qu'elle lui fit, et s'embarqua pour Iolcos ; alors elle donna ses états à Sisyphe et disparut aussi. Voilà tout ce que j'ai appris sur ces premiers temps. |
![]() |