Démétrios, fils d'Antigone, ayant détruit la ville qu'Aegialéos avait fondée dans la plaine, la rebâtit vers l'ancienne citadelle, où elle est maintenant. Mais les Sicyoniens étant déjà très faibles (on en chercherait vainement d'autres causes que la volonté de Zeus, qui, suivant Homère, a abattu la puissance de beaucoup de villes), un tremblement de terre qui survint, dépeupla presque entièrement Sicyone et renversa beaucoup de monuments qu'on y admirait. Plusieurs villes de la Carie et de la Lycie furent détruites par ce même tremblement de terre, qui se fit sentir avec beaucoup de violence dans l'île de Rhodes, de sorte que la prédiction de Sibylle concernant cette île, eut son accomplissement. En allant de la Corinthie dans la Sicyonie, vous trouvez une éminence de terre, qui est le tombeau d'un certain Lycos de Messène, qui ne m'est point connu d'ailleurs ; car je ne trouve aucun Messénien de ce nom qui se soit exercé au Pentathlon, ou qui ait remporté de prix aux jeux Olympiques. Les Sicyoniens enterrent leurs morts à peu près comme les autres Grecs ; mais, lorsque le corps a été par eux couvert de terre, ils l'entourent d'un petit mur, avec des colonnes qui soutiennent un faite pareil aux frontons des temples. Ils n'y mettent point d'inscription ; mais, en rendant au mort les derniers devoirs, ils l'appellent par son nom sans y joindre celui de son père, et lui disent adieu. Après avoir traversé l'Asopos, un peu plus loin que le tombeau de Lycos, vous avez à droite l'Olympieon, et un peu plus avant, à gauche, le tombeau d'Eupolis, poète comique Athénien. En continuant votre route, et en vous détournant, comme pour aller à la ville, vous trouvez celui de Xénodice, qui mourut en couches. Il n'est point fait comme ceux du pays ; il a été bâti pour recevoir des peintures, et celles qu'on y voit peuvent le disputer à ce qu'il y a de plus beau en ce genre. En avançant, vous voyez le tombeau des Sicyoniens qui furent tués à Pellène, à Dymé dans l'Achaïe, à Mégalopolis et vers Sellasie. J'en parlerai plus en détail dans la suite. En arrivant à la ville, vous remarquerez vers la porte même, une source dans une grotte, l'eau sort de la voûte et non du sol de la grotte, ce qui lui a fait donner le nom de Stazousa ( l'eau qui distille). On voit dans la citadelle actuelle, le temple de la Fortune, surnommée Akraea ; ensuite celui des Dioscures ; leurs statues et celle de la Fortune sont en bois. Le théâtre est au-dessous de la citadelle ; sur la scène est un guerrier le bouclier à la main ; c'est, dit-on, Aratos, fils de Clinias. Après le théâtre vient le temple de Dionysos ; la statue du dieu est en or et en ivoire, et près de lui sont des Bacchantes en marbre blanc. On sait que les Bacchantes sont des femmes consacrées à Dionysos, qui les rend furieuses. Les Sicyoniens ont d'autres statues qu'ils tiennent cachées, et qu'ils portent une fois par an, durant la nuit, d'un endroit nommé Cosmétérion ( la salle de dépôt des sculptures à Sicyone ) au temple de Dionysos. Ils les accompagnent avec des torches allumées, et en chantant des hymnes qui sont en usage dans le pays. La marche est ouverte par celui qu'ils nomment Bacchios, statue jadis érigée par Androdamas, fils de Phlias. On porte ensuite celle de Dionysos Lysios que le Thébain Phanès apporta de Thèbes par les ordres de la Pythie. Phanès vint à Sicyone à l'époque de la tentative que fit Aristomaque, fils de Cléodaeos, pour rentrer dans le Péloponnèse, tentative qui échoua, parce qu'Aristomaque, s'était trompé sur le sens de l'oracle qui lui avait été rendu. En allant du temple de Dionysos à la place publique, vous laissez à droite celui d'Artémis Limnes. On voit bien que le toit de ce temple est tombé ; quant à la statue, on n'a su me dire si elle avait été transportée ailleurs, ou si elle a été détruite sur les lieux de quelque autre manière. Le temple de Pitho (la Persuasion), également sans statue, est à l'entrée de la place publique : voici à quelle occasion le culte de cette déesse s'introduisit à Sicyone. Apollon et Artémis, ayant tué Python, vinrent à Aegialée pour se faire purifier de ce meurtre ; mais quelque chose les ayant effrayés vers l'endroit qu'on nomme encore maintenant Phobos (la Peur), ils s'en allèrent dans l'île de Crète chez Carmanor. Une maladie épidémique se déclara sur le champ dans l'Aegialée, et les devins dirent qu'il fallait apaiser Apollon et Artémis ; les Aigialéens envoyèrent alors sept jeunes garçons et sept jeunes filles vers le fleuve Sythas implorer ces deux divinités : elles se laissèrent fléchir, et vinrent, disent les gens du pays, dans l'endroit où était alors la citadelle ; et le temple de Pitho est à la place même où elles parurent la première fois. Il se fait encore maintenant quelque chose de pareil ; car à la fête d'Apollon, les enfants se rendent vers le Sythas, amènent les dieux dans le temple de Pitho et les reconduisent ensuite, disent-ils , dans celui d'Apollon. Ce temple, qui se trouve maintenant sur la place publique, a été, suivant eux, bâti par Proetos à l'endroit même où ses filles avaient été guéries de leur démence. Ils disent aussi que Méléagre y consacra la lance avec laquelle il avait tué le sanglier de Calydon, et que les flûtes de Marsyas y étaient aussi déposées. Après le malheur arrivé à ce Silène, le fleuve Marsyas apporta, dit-on, ces flûtes dans le Méandre ; elles reparurent dans l'Asopos qui les jeta sur ses bords dans la Sicyonie, et un berger les ayant ramassées, les consacra à Apollon. Toutes ces offrandes ont été brûlées avec l'ancien temple ; celui qui existe actuellement et la statue qu'on y voit ont été érigés par Pythoclès. |
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