Le temple d'Héra est à quinze stades de Mycènes, sur la gauche. Le ruisseau Eleuthérios, coule le long de la route : son eau sert pour les purifications aux prêtresses qui desservent le temple et président aux sacrifices secrets. Le temple est dans l'endroit le plus bas de l'Eubée. Les Argiens donnent ce dernier nom à la montagne sur laquelle est le temple d'Héra. Ils disent que le fleuve Astérion eut trois filles, Eubée, Prosymna et Acraia, qui furent les nourrices d'Héra, Acraia donna son nom à la montagne qui est en face du temple ; Eubée à tout ce qui entoure le temple, et Prosymna à la plaine qui est au bas. Le fleuve Astérion coule au bas du temple et se jette dans un gouffre où il disparaît. Il croît sur ses bords une plante qu'on nomme aussi Astérion. On offre cette plante à Héra et on fait des couronnes de ses feuilles. Eupolème d'Argos a été, à ce qu'on dit, l'architecte de ce temple. Les sculptures qui règnent au-dessus des colonnes représentent d'un côté la naissance de Zeus et le combat des dieux et des géants, et de l'autre, la guerre de Troie et la prise de cette ville. Devant l'entrée du temple, sont des statues de femmes jadis prêtresses d'Héra, et les statues de quelques héros, parmi lesquels est Oreste ; c'est lui, dit-on, que représente en effet la statue dont l'inscription porte le nom de l'empereur Auguste. Vous voyez dans le vestibule du temple les statues des Grâces, ouvrages très anciens ; à droite le lit d'Héra, et le bouclier que Ménélas enleva à Euphorbe devant Troie. Héra est assise sur un trône ; sa statue, d'une très grande proportion, en or et en ivoire, a été faite par Polyclète. Elle porte une couronne sur laquelle sont représentées les Grâces et les Saisons ; elle tient une grenade d'une main et un sceptre de l'autre. Ce qu'on dit au sujet de la grenade étant un mystère, je ne me permettrai pas d'en parler. Quant au coucou qui est sur son sceptre, on raconte que Zeus, étant amoureux d'Héra encore vierge, se transforma en coucou, et que Héra prit cet oiseau pour s'en faire un jouet. Je n'ajoute nulle foi à cette fable ni à celles du même genre qu'on raconte sur les dieux ; je ne les en rapporte pas moins. Il y avait, dit-on, près d'Héra, une Hébé, ouvrage de Naucydes, également en or et en ivoire. Là, se voit aussi une ancienne statue d'Héra, sur une colonne : mais la plus ancienne de toutes les statues de cette déesse est celle en bois de poirier sauvage, qui avait été érigée dans Tirynthe par Pirasos, fils d'Argos, et que les Argiens, après avoir détruit cette ville, transportèrent dans le temple d'Héra. Je l'ai vue moi-même ; la déesse est représentée assise, et d'une assez petite taille. Les offrandes qui méritent d'être remarquées, sont un autel d'argent sur lequel on a sculpté les noces d'Héraclès et d'Hébé ; un Paon en or et en pierres précieuses, qui est un don de l'empereur Adrien ( le Paon est, comme on le sait, un oiseau consacré à Héra ) ; enfin, une couronne d'or et un manteau de pourpre qui ont été donnés par l'empereur Néron. Au-dessus de ce temple sont les fondements du premier, et ce qu'en épargna l'incendie causé par l'imprudence de Chryséis, prêtresse d'Héra, qui se laissa surprendre par le sommeil, tandis qu'une lampe brûlait devant des guirlandes. Elle s'enfuit à Tégée et se mit sous la protection d'Athéna Aléa. Quelque grand que fût ce malheur, les Argiens n'abattirent pas la statue de Chryséis, et on la voit encore devant le temple qui a brûlé. |
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