En laissant de côté la statue de Creugas, vainqueur au pugilat, vous trouvez un trophée élevé à la suite d'une victoire remportée sur les Corinthiens, et une statue en marbre blanc, représentant Zeus Milichios assis. Elle est de Polyclète, et fut érigée à l'occasion suivante. Les Lacédémoniens dès l'instant qu'ils eurent commencé à faire la guerre aux Argiens, ne leur laissèrent plus de repos que lorsque Philippe, fils d'Amyntas, les eut contraints de s'en tenir à leurs anciennes limites. Avant lui, les Lacédémoniens, lorsqu'ils ne se mêlaient pas encore des affaires étrangères au Péloponnèse, cherchaient à s'agrandir aux dépens des Argiens ; et ceux-ci de leur côté ne manquaient pas d'attaquer les Lacédémoniens, dès qu'ils les voyaient engagés dans quelque expédition hors de leur pays. La haine étant portée de part et d'autre à son comble, les Argiens crurent devoir entretenir mille hommes d'élite dont ils donnèrent le commandement à Bryas leur compatriote ; celui-ci, entre autres traits d'insolence, se permit d'enlever une jeune fille qu'on conduisait à son fiancé, et de la violer. La nuit étant survenue, cette fille ne vit pas plutôt Bryas endormi, qu'elle lui arracha les yeux. Lorsque le jour parut, se voyant surprise, elle s'enfuit et se mit sous la protection du peuple qui ne voulut pas la livrer à la vengeance des Mille. Les deux partis ayant pris les armes, il y eut un combat dont le peuple sortit victorieux, et dans sa fureur il ne laissa la vie à aucun de ceux du parti contraire. On eut recours à différents moyens expiatoires, pour purifier la ville du sang qui avait coulé dans cette guerre civile, et on érigea cette statue à Zeus Milichios. On voit près de là un bas relief de marbre qui représente Cleobis et Biton traînant un char et conduisant leur mère au temple d'Héra. Le temple de Zeus Néméen est vis-à-vis les statues dont nous venons de parler ; le dieu est debout ; sa statue en bronze est l'ouvrage de Lysippe. Après ce temple, à droite, se présente le tombeau de Phoronée, à qui on offre encore maintenant des sacrifices comme à un héros. Au-dessus du temple de Zeus Néméen, s'élève l'antique temple de la Fortune, où Palamède fit l'offrande des dés qu'il avait inventés. On dit que le tombeau voisin est celui de la Ménade Choria, qui était du nombre de ces femmes qui combattirent sous les ordres de Dionysos dans son expédition contre Argos. Persée, ayant remporté la victoire, les tua pour la plupart, et on les enterra toutes ensemble, excepté celle-ci, qui, étant d'un rang plus relevé, eut un tombeau à part. Un peu plus loin est le temple des Saisons. En revenant de là, vous trouvez les statues de Polynice, fils d'Oedipe, et de tous les chefs qui furent tués avec lui en combattant devant les murs de Thèbes. Eschyle n'en compte que sept, mais il y en avait bien davantage, soit d'Argos, soit de la Messénie ; il en était même venu quelques-uns de l'Arcadie. Les Argiens se sont conformés à la tragédie d'Eschyle. On voit auprès de ces sept statues celles des chefs qui prirent Thèbes, savoir : Aegialéos, fils d'Adraste ; Promachos, fils de Parthénopaeos, fils de Talaos ; Polydore, fils d'Hippomédon ; Thersandre ; Alcmaeon et Amphilochos, fils d'Amphiaraos ; Diomède et Sthénélos. On comptait encore parmi ces chefs Euryalos, fils de Mécistée ; Adraste, fils de Polynice et Timéas. A peu de distance de ces statues, vous voyez le tombeau de Danaos, le cénotaphe des Argiens qui périrent soit au siège de Troie, soit en revenant dans leur pays, et le temple de Zeus Sauveur. De là, vous passez à l'édifice où les femmes d'Argos vont pleurer la mort d'Adonis ; le temple du Céphise est à droite de la porte de ce bâtiment. Les Argiens disent que Poséidon n'a pas fait disparaître entièrement les eaux de ce fleuve, et ils l'entendent couler sous terre, principalement à l'endroit où est ce temple. Vers le temple du Céphise, vous apercevez la tête de Méduse ; elle est en marbre, et sortie, dit-on, des mains des Cyclopes. L'endroit qui est derrière se nomme encore maintenant Critérion ( le tribunal ) ; ce fut là, dit-on, qu'Hypermnestre fut jugée sur les poursuites de Danaos. Le théâtre est à peu de distance de là ; parmi d'autres objets qui fixeront votre attention, vous y remarquerez Périlaos Argien, ôtant la vie à Othryades Spartiate. Ce Périlaos, fils d' Alcenor, avait remporté précédemment le prix de la lutte aux jeux Néméens. Il y a au-dessus du théâtre un temple d'Aphrodite, et devant ce temple un cippe sur lequel on a représenté Télésille, femme célèbre par ses poésies lyriques : ses livres sont épars à ses pieds, et elle tient à la main un casque qu'elle regarde comme pour le mettre sur sa tête. Télésille jouissait déjà à d'autres égards de beaucoup de considération parmi les femmes d'Argos ; elle était surtout célèbre par ses poésies, lorsque se passa l'événement que rappelle cette sculpture. Les Argiens avaient été malheureux au-delà de toute expression dans leur guerre contre les Lacédémoniens commandés par Cléomène, fils d'Anaxandrides : les uns, en effet, avaient péri dans le combat, et ceux qui s'étaient réfugiés dans le bois Argos y avaient aussi perdu la vie : car on avait massacré ceux qui étaient sortis les premiers par capitulation, et les autres s'étant aperçu qu'on les trompait, ne voulurent plus sortir et furent tous brûlés avec la forêt. Argos se trouvant ainsi sans défenseurs, Cléomène y conduisit les Lacédémoniens, mais Télésille ayant rassemblé les esclaves et tous ceux que leur jeunesse ou leur âge avancé rendaient incapables de porter les armes, les fit monter sur les murs. Ayant ensuite ramassé tout ce qui restait d'armes dans les maisons, et celles que renfermaient les temples, elle les fit prendre aux femmes qui étaient dans la force de l'âge, et rangea celles-ci en bataille à l'endroit par ou elle savait que les ennemis devaient arriver. Les Lacédémoniens s'étant présentés, elles ne s'effrayèrent point de leur cri de guerre, et soutinrent le choc avec la plus grande valeur. Alors les Lacédémoniens, considérant qu'une victoire remportée sur des femmes serait peu honorable pour eux, et qu'une défaite les couvrirait de honte, prirent le parti de se retirer. Ce combat avait été prédit par un oracle qu'Hérodote rapporte, soit que le sens lui en fût connu, soit qu'il l'ait ignoré. "Lorsque les femmes victorieuses auront repoussé les hommes, et auront rempli Argos de leur gloire, alors beaucoup d'Argiennes, de douleur, se déchireront les joues." Voilà ce que dit cet oracle, relativement à cet exploit des femmes. |
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