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Ville des Epidauriens. Aegine. Eaque. Fils d'Eaque. Phocide. Aeacion. Tombeau de Phocos.
     Voici maintenant ce que la ville d'Epidaure elle-même offre de plus remarquable. C'est d'abord une enceinte consacrée à Esculape, avec sa statue et celle d'Epioné son épouse, à ce qu'on dit. Elles sont en marbre de Paros et en plein air. Il y a dans la ville un temple de Dionysos, un bois consacre à Artémis, où cette Déesse est représentée en chasseuse, puis un temple d'Aphrodite, et auprès du port, sur un promontoire qui s'avance dans la mer, un temple que les gens du pays donnent pour dédié à Héra. Athéna surnommée Cisséenne, a dans la citadelle une statue en bois qui mérite d'être vue. L'île qu'habitent les Aeginètes est en face de l'Epidaurie. On dit qu'elle ne fut pas peuplée dès son origine et qu'elle était encore déserte lorsque Zeus y transporta Aegine, fille d'Asopos, qui lui donna son nom au lieu de celui d'Oenone qu'elle portait auparavant. Eaque devenu grand, ayant demandé à Zeus des habitants pour cette île, ce Dieu fit, dit-on, sortir, des hommes de la terre. Eaque est le seul qui soit connu pour avoir régné dans cette île, on sait en effet qu'aucun de ses fils n'y resta. Pélée et Télamon ayant été exilés à cause du meurtre de Phocos, et les fils de Phocos, ayant établi leur demeure aux environs du Parnasse, dans la Phocide actuelle, qui portait déjà ce nom lors qu'ils y vinrent ; nom qu'elle avait reçu de Phocos, fils d'Ornytion, que la génération précédente avait vu s'y établir. Sous le règne de ce Phocos, la Phocide ne comprenait que les environs du Parnasse et de Tithorée ; mais sous celui des enfants du fils d'Eaque, elle s'étendit jusqu'aux Minyens d'Orchomène et jusqu'à Scarphée dans la Locride.
     C'est de Pélée que descendaient les rois d'Epire. Quant aux fils de Télamon, Ajax n'ayant point été roi, ses descendants sont peu connus, à l'exception de Miltiade, qui commandait les Athéniens à Marathon et de Cimon son fils ; mais ceux de Teucer régnèrent dans l'île de Chypre jusqu'à Evagoras. Suivant le poète Asios, Phocos eut deux fils, Panopéos et Crisos, et Panopéos fut père d'Epéos, qui construisit le cheval Dyrien, comme on le voit dans Homère. Pylade était fils de Strophios, fils de Crisos, et sa mère était Anaxabie, soeur d'Agamemnon. Voilà toutes les branches de la famille des Aeacides ; elles quittèrent dès les commencements l'île d'Egine pour aller s'établir ailleurs. Dans la suite des temps, des Argiens, du nombre de ceux qui s'étaient établis à Epidaure avec Deiphontes, passèrent dans l'île d'Egine, et s'étant mêlés avec les anciens Aeginètes, leur firent adopter les moeurs et le langage des Doriens. La puissance des Aeginètes s'accrut à un tel point, que leurs forces navales étaient supérieures à celles des Athéniens, et qu'après eux, ils furent ceux qui fournirent le plus de vaisseaux dans la guerre contre les Mèdes ; mais cette puissance ne fut pas de longue durée. Chassés de leur île par les Athéniens, ils s'établirent à Thyrée dans l'Argolide, que leur donnèrent les Lacédémoniens. Ils revinrent dans leur île après que les vaisseaux des Athéniens eurent été pris vers l'Hellespont ; mais ils ne recouvrèrent jamais la même puissance et la même prospérité. Aegine est de toutes les îles grecques celle dont l'accès est le plus difficile, à cause des écueils et des roches cachées sous l'eau qui l'entourent de tous côtés. On dit que les environs de cette île furent disposés ainsi par Eaque, pour en rendre l'accès plus difficile aux ennemis, et se mettre à l'abri des pirates.
     Tout auprès de l'un des ports, savoir du plus fréquenté, se présente un temple d'Aphrodite. L'Aeacion est dans l'endroit le plus apparent de la ville ; c'est une enceinte carrée dont les murs sont en marbre blanc. On a représenté vers l'entrée de cette enceinte les députés que les Grecs envoyèrent jadis à Eaque. Les Aeginètes s'accordent avec les autres grecs sur le sujet de cette ambassade. La Grèce était depuis longtemps désolée par la sécheresse, et il n'était tombé de la pluie ni dans les contrées en deçà de l'Isthme ni dans le Péloponnèse. Les Grecs envoyèrent consulter l'oracle de Delphes sur les causes de cette calamité et sur les moyens de la faire cesser : la Pythie leur dit d'apaiser Zeus, et que, pour que leurs prières fussent exaucées, il fallait qu'elles fussent faites par Eaque. Chaque ville envoya donc des ambassadeurs à ce prince, qui, après avoir offert des sacrifices et adressé des prières à Zeus Panhellénien, obtint de la pluie pour la Grèce ; et les Aeginètes placèrent à l'entrée de cette enceinte les figures de ceux qui étaient venus le trouver. Il y a dans cette enceinte des oliviers très anciens et un autel peu élevé. Cet autel est le tombeau d'Eaque, si l'on en croit une tradition secrète. Le tombeau de Phocos est près de l'Aeacion, c'est un monceau de terre entouré d'un mur d'appui. On voit dessus, une pierre toute raboteuse. On dit que cette pierre servit de disque à Télamon et Pélée, qui avaient engagé Phocos à s'exercer au Pentathle avec eux. Pélée, quand son tour vint, la lança contre Phocos, et l'en frappa à dessein : ils se portèrent à cette action pour faire plaisir à leur mère, qui était fille de Sciron, tandis que celle de Phocos était une soeur de Thétis, au moins à ce que disent les Grecs. Ce fut, je pense, à cause de ce meurtre, et non pas seulement par amitié pour Oreste, que Pylade donna la mort à Néoptolème. Phocos étant mort du coup qu'il avait reçu, les fils d'Endéide montèrent sur un vaisseau et s'enfuirent.
     Télamon envoya dans la suite un Hérault à son père pour demander à se justifier du meurtre de Phocos, mais Eaque ne permit point à Télamon de débarquer, et il lui ordonna de se justifier monté sur son vaisseau, ou, s'il l'aimait mieux, sur une jetée qu'il pouvait faire dans la mer. Télamon, étant entré de nuit dans ce qu'on nomme le port secret, y fit une jetée qui subsiste encore maintenant ; mais ne s'étant pas justifié complètement du meurtre de Phocos, il s'embarqua une seconde fois pour Salamine. A peu de distance du port secret, est un théâtre qui mérite d'être vu ; il ressemble beaucoup à celui d'Epidaure, pour la grandeur et pour le reste de la construction. Il y a derrière ce théâtre un stade dont l'un des côtés est appuyé au théâtre et lui sert lui-même d'appui.

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