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Temple d'Artémis Soteira. Tombeau de Pitthée. Ardalos. Temple d'Artémis Lycaea. Autels. Tente d'Oreste. Hippocrène. Chrysorhoas.
     On voit sur la place publique de Troezène le temple et la statue d'Artémis Soteira. On dit que Thésée érigea ce temple et donna ce nom à la déesse à son retour de l'île de Crète où il avait vaincu Astérion, fils de Minos. De tous ses exploits celui-là lui paraissait le plus mémorable : non, ce me semble, que cet Astérion fût plus vaillant que les guerriers jusqu'alors tués par Thésée, mais parce que la difficulté de sortir du labyrinthe et de se retirer sans qu'on s'en aperçût, autorisèrent à dire que Thésée et ses compagnons devaient leur salut à la protection spéciale des dieux. On voit dans ce temple les autels des divinités qui passent pour régner sous la terre. Ce fut par là, dit-on, que Dionysos fit sortir Sémélé des Enfers, et qu'Héraclès en amena le chien. Mais on ne me persuadera jamais que Sémélé ait pu mourir, étant épouse de Zeus ; quant au chien des Enfers, je dirai ailleurs ce que j'en pense. Derrière ce temple est le tombeau de Pitthée, on voit dessus trois sièges de marbre blanc, sur lesquels Pitthée et deux autres avec lui s'assoyaient pour rendre la justice.
     Le temple des Muses n'est pas loin de là. Les Troezéniens disent qu'il a été bâti par Ardalos, fils d'Héphaïstos, qui fut, ajoutent-ils, l'inventeur de la flûte, et les Muses ont pris de lui le nom d'Ardalides. Ils prétendent que Pitthée donnait des leçons d'éloquence dans ce temple, et j'ai lu moi-même un certain livre écrit par Pitthée, et publié par un habitant d'Epidaure. A peu de distance du Musée (ou temple des Muses ) est un autel qu'on croit aussi érigé par Ardalos. Les Troezéniens y sacrifient aux Muses et au Sommeil, qui, suivant eux, est la divinité que les Muses aiment le mieux. Hippolyte a fait bâtir le temple d'Artémis Lycaea qu'on voit près du théâtre. Les Exégètes n'ont pas su me dire l'origine de ce surnom d'Artémis, mais je crois qu'il vient de ce qu'Hippolyte avait purgé la Troezènie des loups qui l'infestaient ; ou de ce que les Amazones, dont il descendait par sa mère, donnaient ce surnom à Artémis. Peut-être aussi a-t-il quelque autre origine que je ne connais pas. Devant ce temple est une pierre nommée la pierre sacrée, sur laquelle neuf Troezéniens, dit-on, purifièrent jadis Oreste du meurtre de sa mère. Non loin du temple d'Artémis Lycaea sont des autels peu distants les uns des autres et dédiés, l'un à Dionysos surnommé Saotès ( le sauveur ) d'après un oracle ; et le second aux déesses nommées les Thémis : c'est Pitthée, dit-on, qui l'a fait ériger. Le troisième, dédié au Soleil Eleuthérios, est un hommage bien mérité que les Troezéniens rendirent à ce dieu, lorsqu'ils se virent à l'abri du joug de Xerxès et des Perses. Le temple d'Apollon Théarios a été construit, à ce qu'ils disent, par Pitthée ; il est le plus ancien que je connaisse. Celui d'Athéna chez les Phocéens de l'Ionie, qui fut brûlé jadis par Harpage le Mède, est à la vérité très ancien, de même que celui d'Apollon Pythien à Samos? mais ils ont été tous deux bâtis bien longtemps après celui de Troezène ; la statue qu'on y voit maintenant est une offrande d'Auliscos, et l'ouvrage d'Hermon de Troezène, qui a fait aussi les statues en bois des Dioscures.
     On voit sous le portique de la place publique, des femmes et des enfants en marbre ; ce sont les femmes et les enfants, que les Athéniens confièrent à la garde des Troezéniens, lorsqu'ils jugèrent à propos d'abandonner leur ville, et de ne pas attendre les Mèdes qui venaient les attaquer avec leurs forces de terre. Ces femmes n'y sont pas toutes, car il y en aurait bien davantage, mais on y a seulement placé les plus distinguées par leur rang. Devant le temple d'Apollon est un édifice qu'on nomme la tente d'Oreste. Aucun Troezénien n'ayant voulu le recevoir chez lui avant qu'il eût été purifié du meurtre de sa mère, il fut logé dans cette maison où l'on prit soin de le nourrir, et de lui faire subir des purifications jusqu'à ce que son crime fût expié : encore maintenant, les descendants de ceux qui le purifièrent y font un repas, certains jours de l'année. Les choses qui avaient servi à le purifier furent enterrées à peu de distance de la tente d'Oreste, et il en sortit, dit-on, un laurier, qui se voyait encore de mon temps. Entre les différentes choses qui servirent à purifier Oreste, les Troezéniens citent l'eau de l'Hippocrène, car ils ont aussi une fontaine de ce nom, et ils en racontent l'origine de la même manière que les Béotiens, car ils disent que l'eau jaillit de la terre à l'endroit que le cheval Pégase avait frappé du pied. Bellérophon, suivant eux, était venu à Troezène, pour demander en mariage Aethra, fille de Pitthée, mais il fut exilé de Corinthe avant que le mariage fut célébré. Hermès Polygios a dans le même endroit une statue, contre laquelle Héraclès posa sa massue : alors, suivant leur dire, cette massue, qui était d'olivier sauvage, prit racine et poussa des feuilles : le croira qui voudra, mais ils montrent encore l'olivier sauvage qui en est provenu. Héraclès avait, disent-ils, coupé cette massue à un olivier sauvage trouvé par lui vers la mer Saronide. On voit aussi à Troezène un temple de Zeus Sôter, qu'Aétios, fils d'Anthas fit bâtir durant son règne, à ce que disent les Troezéniens. Ils donnent le nom de Chrysorhoas à un ruisseau, et ils racontent que la sécheresse ayant duré chez eux pendant neuf ans, sans qu'il tombât de pluie, tous les autres courants d'eau furent à sec, à l'exception du Chrysorhoas qui ne cessa point de couler.

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