Les Troezéniens ont plusieurs îles dont l'une est si près du continent qu'on peut y passer à pied. On la nommait d'abord Sphaeria, parce qu'elle renferme le tombeau de Sphaeros, qui passe pour avoir été le conducteur du char de Pélops : elle prit le nom d'Hiéra, et voici à quelle occasion. Aethra, d'après quelque songe venant d'Athéna, y passa pour offrir des libations sur le tombeau de Sphaeros, et c'est-là, dit-on, que Poséidon, eut commerce avec elle. Elle y érigea par cette raison, un temple à Athéna Apaturia (trompeuse), donna le nom d'Hiéra à l'île au lieu de celui de Sphaeria, et ordonna qu'à l'avenir les filles de Troezène iraient, avant de se marier, consacrer leur ceinture à Athéna Apaturia. Les Troezéniens disent que Calaurie était anciennement consacrée à Apollon, du temps que Delphes l'était à Poséidon, et que ces dieux firent un échange. Ils le disent encore, et citent l'oracle suivant : « qu'importe d'habiter Délos ou Calaurie, la sainte Pytho ou l'orageux Taenare? » Poséidon a dans cette île de Calaurie un temple très vénéré. La prêtresse est une jeune fille qui conserve sa place jusqu'à ce qu'elle soit en âge de se marier. Le tombeau de Démosthène est dans l'enceinte du temple ; ce grand homme, et Homère avant lui, ont été deux exemples des plus mémorables de la jalousie de la divinité. Après avoir perdu la vue, pour comble de maux, Homère tomba dans l'indigence, et fut réduit à errer sur la terre en mendiant. Quant à Démosthène, qu'on avait exilé dans sa vieillesse, il fallut encore qu'une mort violente terminât sa carrière. Il s'est justifié très longtemps lui-même, il l'a été aussi par d'autres en ce qui concerne les richesses qu'Harpalos avait apportées de l'Asie, mais je vais rapporter ce qu'on à dit depuis. Harpalos, lorsqu'il s'enfuit d'Athènes, s'embarqua et passa dans l'île de Crète, où il fut tué peu de temps après par les esclaves qui le servaient : d'autres disent qu'il périt victime de la trahison d'un Macédonien, nommé Pausanias. L'esclave qui avait le soin de ses trésors s'étant enfui à Rhodes, y fut pris par Philoxène, Macédonien qui avait déjà demandé que les Athéniens lui livrassent Harpalos. Philoxène questionna cet esclave pour savoir les noms de tous ceux qui avaient reçu de l'argent d'Harpalos. Il écrivit ensuite aux Athéniens des lettres où il faisait l'énumération de ceux qu'Harpalos avait soudoyés, et des sommes distribuées à chacun d'eux : mais il ne nomme point Démosthène, qui était pourtant le plus grand ennemi d'Alexandre, et par qui Philoxène lui-même avait été personnellement offensé. On rend des honneurs à Démosthène dans différents lieux de la Grèce, entre autres à Calaurie. |
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