Le bois de platanes, qui commence à cette montagne s'étend presque partout jusqu'à la mer. Il est borné d'un côté par le fleuve Pontinos, et de l'autre par celui qui a pris le nom d'Amymone, l'une des filles de Danaos. On voit dans ce bois la statue de Déméter Prosymna, une autre petite statue représentant Dionysos et Déméter assis, le tout en marbre. Il y a dans un autre temple deux statues ; l'une en bois, représentant Dionysos Saotès assis ; l'autre en marbre, c'est Aphrodite sortant de la mer. Cette seconde statue est, à ce qu'on dit, une offrande des filles de Danaos, et c'est Danaos lui-même qui a fait bâtir sur le mont Pontinos le temple d'Athéna. Les Argiens disent que les Mystères de Lerne ont été institués par Philammon ; mais d'abord, il est évident que ce qui se dit de ces cérémonies secrètes, n'est pas ancien : quant à ce qui est écrit, dit-on, sur un coeur de cuivre jaune, Arriphon a découvert que cela n'était pas non plus de Philammon. Cet Arriphon, originaire de Triconis en Étolie, et de mon temps, l'un des personnages les plus marquants de la Lycie, avait une très grande sagacité à observer ce, qui n'avait frappé personne avant lui. Il a donc découvert que les vers et la prose mêlés ensemble qu'on lit sur ce coeur, sont en dialecte Dorien ; or, avant le retour des Héraclides dans le Péloponnèse, les Argiens parlaient le même langage que les Athéniens, et du temps de Philammon, le nom des Doriens n'était pas même, à ce que je crois, connu de tous les Grecs. Voilà ce qu'Arriphon a fait voir. La source de l'Amymone est ombragée par un platane sous lequel se tenait, dit-on, l'hydre de Lerne. Je crois sans peine que ce monstre était beaucoup plus grand que les hydres ordinaires, et que son venin était d'une nature si pernicieuse qu'Héraclès empoisonna ses flèches en trempant leur pointe dans son fiel. Mais je pense qu'il n'avait qu'une tête, et c'est Pisandre de Camiros qui lui en a donné plusieurs pour le faire paraître plus terrible, et pour donner plus d'éclat à ses vers. J'ai vu aussi la fontaine qui porte le nom d'Amphiaraos, et le lac Alcyonien, par où Dionysos, disent les Argiens, descendit aux Enfers pour en ramener Sémélé, sa mère ; route qui lui avait été indiquée par Polymnos. Ce lac est d'une telle profondeur, que je ne connais personne qui ait pu par aucun moyen, parvenir à en trouver le fond. Néron lui-même ayant fait faire des cordes longues de plusieurs stades, les mit bout à bout, y attacha du plomb, et tout ce qu'il put imaginer de plus propre à faire réussir son expérience ; en vain pourtant s'efforça-t-il d'atteindre le fond, il n'y put réussir. Voici encore ce qu'on m'a dit. L'eau de ce lac est toujours tranquille en apparence, et ne paraît jamais agitée ; cependant ceux qui osent s'y baigner sont entraînés et engloutis dans l'abîme. Ce lac n'est pas considérable, car il n'a que le tiers d'un stade de circonférence. Ses bords sont couverts d'herbes et de joncs. Il ne m'est pas permis de divulguer ce qu'on y fait une fois par an, pendant la nuit, en l'honneur de Dionysos. |
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