Polydore, fils d'Alcamène, monta sur le trône après la mort de son père. Les Lacédémoniens envoyèrent à cette époque une colonie à Crotone, en Italie, et une autre dans le pays des Locriens, qui habitent le promontoire Zéphyrion. La guerre de Messène fut dans sa plus grande force sous le règne de ce prince. Les Lacédémoniens et les Messéniens ne sont point d'accord sur les causes de cette guerre. On verra dans la suite ce qu'ils en disent, et comment elle fut terminée. Il suffit pour le moment de savoir que dans cette première guerre, les Lacédémoniens furent presque toujours commandés par Théopompe, fils de Nicandre, roi issu de l'autre branche. Elle était terminée, et les Lacédémoniens possédaient déjà la Messénie, lorsque Polydore mourut. Polydore jouissait de beaucoup de considération à Sparte, et plaisait extrêmement au peuple, parce qu'il ne s'était jamais porté à aucune action violence, ni à aucun discours injurieux envers personne, et que la justice et l'humanité avaient toujours présidé à ses jugements. Ce Prince, dont la renommée remplissait déjà, toute la Grèce, fut tué par un certain Polémarque, d'une assez bonne famille de Lacédémone, mais d'un caractère audacieux, comme cette action le fit voir. Les Lacédémoniens décernèrent à la mémoire de Polydore, les honneurs les plus éclatants. On voit cependant aussi à Sparte le tombeau de Polémarque, soit qu'il passât auparavant pour un homme de mérite, soit que ses parents le lui aient érigé en secret. Le règne d'Eurycrates, fils de Polydore, se passa sans que les Messéniens fissent aucune tentative pour secouer le joug des Spartiates, et sans qu'il y eût rien de nouveau de la part des Argiens. Mais sous le règne d'Anaxandre, fils d'Eurycrates, ces Messéniens, que l'ordre des destinées condamnait à se voir chassés de tout le Péloponnèse, se révoltèrent contre les Lacédémoniens : après leur avoir longtemps tenu tête, vaincus à la fin, ils capitulèrent et sortirent du Péloponnèse ; quelques uns d'entre eux n'y restèrent, que pour devenir esclaves des Lacédémoniens, à la réserve pourtant de ceux qui habitaient les villes maritimes. Quant aux événements qui eurent lieu durant cette guerre, entre les Messéniens et les Lacédémoniens, ce n'est pas dans ce livre que je dois en parler. Anaxandre fut père d'Eurycrates second, et celui-ci de Léon ; les Lacédémoniens, sous le règne de ces deux princes, éprouvèrent presque toujours des échecs dans la guerre qu'ils faisaient aux Tégéates. Mais sous le règne d'Anaxandrides, fils de Léon, ils prirent le dessus, et voici comment. Dans un moment de trêve entre les deux peuples, Lichas, Spartiate, était venu à Tégée. Les Lacédémoniens, pour obéir à un oracle, cherchaient alors les os d'Oreste : Lichas, durant son séjour à Tégée, devina qu'ils se trouvaient dans l'atelier d'un forgeron : il crut reconnaître tous les signes indiqués par l'oracle dans les instruments qui meublaient cet atelier : les vents dans les soufflets de la forge, qui comme eux, agitent l'air avec impétuosité ; le type dans le marteau ; l'anti-type dans l'enclume ; la chose nuisible dont parlait le dieu, dans le fer si redoutable en effet aux humains, puisque l'on s'en servait à la guerre : si l'oracle eut concerné les temps héroïques, il aurait fallu par cette expression, entendre de l'airain. Un oracle à peu près semblable à celui là, rendu dans la suite aux Athéniens, leur fit retrouver à Scyros, les os de Thésée, sans lesquels il leur était impossible de prendre cette île. Cimon, fils de Miltiade, les trouva pareillement par adresse, et prit Scyros peu de temps après. Que les armes des héros fussent toutes d'airain, j'en ai pour preuve ce que dit Homère dans ses vers, de la hache de Pisandre, et de la flèche de Mériones. Je peux encore citer à l'appui de ce que j'avance, la lance, d'Achille, déposée à Phasélis, dans le temple d'Athéna, et l'épée de Memnon qu'on voit à Nicomédie, dans celui d'Esculape ; car la pointe et la garniture du bas de la lance, ainsi que toute l'épée, sont en airain. Je peux donner cela comme certain. Anaxandrides, fils de Léon, est le seul Lacédémonien qui ait eu en même temps deux femmes et une double postérité. Sa première femme, quoique accomplie d'ailleurs, ne lui donnant point d'enfants, les Ephores lui ordonnèrent de la répudier : il ne put pas s'y résoudre, mais il consentit à en prendre une autre dont il eut un fils, nommé Cléomène. La première qui jusqu'alors avait paru stérile, mit au monde Doriéos, puis Léonidas, enfin Cléombrote. Anaxandrides étant mort, les Lacédémoniens rejetèrent malgré eux les prétentions de Doriéos, quoiqu'ils lui reconnussent plus de bon sens, et plus de talents militaire qu'à Cléomène, et ils donnèrent d'après leurs lois la couronne à Cléomène, qui était l'aîné. Et Doriéos ne pouvant se résoudre à rester à Lacédémone, où il aurait été soumis à Cléomène, partit à la tête d'une colonie. |
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