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Cléomène. Démarate. Léotychides. Léonidas. Pausanias.
     Cléomène devenu roi, rassembla aussitôt une armée de Lacédémoniens et des peuples alliés, et fit une invasion dans l'Argolide. Les Argiens s'armèrent aussi, vinrent à sa rencontre, et furent défaits. Cinq mille d'entre eux, ou environ, se réfugièrent après cette défaite dans le bois consacré à Argos, fils de Niobé, près du champ de bataille ; Cléomène qui se laissait souvent entraîner hors des bornes de la raison, ordonna aux Ilotes de mettre le feu à ce bois qui brûla en entier, incendie dont furent victimes les suppliants qu'il venait de vaincre. Il fit aussi deux expéditions dans l'Attique ; la première qui délivra les Athéniens du joug des Pisistratides, lui acquit, à lui et aux Lacédémoniens, l'estime de tous les Grecs. Ayant entrepris la seconde en faveur d'un Athénien, nommé Isagoras qu'il voulait établir tyran d'Athènes, il fut trompé dans son attente ; et les Athéniens combattirent avec beaucoup de valeur pour la défense de leur liberté ; alors Cléomène ravagea différents endroits de l'Attique, et dévasta, dit-on, l'Orgas, canton consacré aux déesses d'Eleusis. Il alla aussi à Egine, où il fit arrêter ceux des principaux habitants qui avaient embrassé le parti des Mèdes, et engagé leurs concitoyens à donner la terre et l'eau à Darios, fils d'Hystaspe.
     Tandis qu'il était occupé à Egine, Démarate, roi de l'autre branche, cherchait à le perdre dans l'esprit du peuple de Lacédémone ; et Cléomène, à son retour d'Egine, entreprit de détrôner Démarate. A cet effet, il séduisit à prix d'argent la Pythie de Delphes, et lui dicta ce qu'il fallait qu'elle répondît aux Lacédémoniens. Ensuite il excita Léotychides, prince du sang royal et de la même branche que Démarate, à disputer la couronne à celui-ci. Léotychides se prévalut des paroles qu'Ariston a voit laissé échapper à la naissance de Démarate, en disant inconsidérément que cet enfant n'était pas de lui. Les Lacédémoniens en référèrent à l'oracle de Delphes, comme ils avaient coutume de le faire, et la Pythie leur fit la réponse qui lui avait été suggérée par Cléomène. C'est ainsi que Démarate fut privé injustement de la couronne, par l'effet de la vengeance de Cléomène, qui se tua bientôt après dans un accès de démence, en prenant une épée, s'en frappant lui-même, et se découpant tout le corps par morceaux. Cette mort fut regardée par les Argiens comme une juste punition de sa conduite envers ceux qui s'étaient mis sous la protection d'Argos ; par les Athéniens comme un châtiment des ravages qu'il avait commis dans l'Orgas, et par les Delphiens comme un effet du courroux d'Apollon, dont il avait corrompu la Prêtresse, la payant pour lui faire dire des faussetés contre Démarate. Mais la colère des héros peut avoir concouru avec celle des dieux à la punition de Cléomène ; car Protésilas qu'on adore à Eléonte, et qui n'est pas un héros plus célèbre qu'Argos, sut cependant bien punir le Persan Artayctès ; et les Mégariens n'ont jamais pu apaiser la colère des déesses d'Eleusis, dont ils avaient osé cultiver l'enceinte sacrée.
     Quant à l'oracle, Cléomène est absolument le seul qui ait eu l'audace de le corrompre. Cléomène n'ayant point laissé de fils, la couronne parvint à Léonidas, fils d'Anaxandrides, né de la même mère que Doriéos ; ce fut sous le règne de ce prince, que Xerxès amena ses armées dans la Grèce, et que Léonidas vint à sa rencontre aux Thermopyles avec trois cents Lacédémoniens. Au milieu de tant de guerres que les Grecs ont soutenues, ou que les Barbares se sont faites les uns aux autres, il est facile de compter celles qui ont dû leur éclat à la valeur d'un seul homme, comme la guerre de Troie, au courage d'Achille, la bataille de Marathon, à la bravoure de Miltiade : mais le succès qu'obtint Léonidas, me paraît au-dessus de tout ce qui a brillé auparavant, et depuis. Car Xerxès, qui, par l'élévation de son esprit et l'éclat de ses actions, était bien supérieur à tous ceux qui ont régné après lui sur les Mèdes et les Perses, n'aurait pas même vu la Grèce, il n'eût jamais brûlé Athènes, et il eût été arrêté dans sa marche par le petit nombre d'hommes que Léonidas avait conduits aux Thermopyles, sans le Trachinien qui lui donna le moyen d'envelopper les Grecs, en conduisant par un chemin détourné à travers le mont Oeta, l'armée que commandait Hydarnes.
     Léonidas périt dans cette journée, et ce ne fut qu'après sa mort que les barbares purent pénétrer dans la Grèce. Pausanias, fils de Cléombrote n'a point été roi ; ce fut comme tuteur de Plistarque, qui était encore enfant lorsque Léonidas son père mourut, qu'il conduisit les Lacédémoniens à Platées, et ensuite leurs vaisseaux dans l'Hellespont. On doit les plus grands éloges à sa conduite envers une femme de Cos, fille d'Hégétorides, qui n'était pas l'un des moindres habitants de cette île, et petite fille d'Antagoras. Elle était, contre son gré, la concubine de Pharandates Persan, fils de Téaspis. Mardonios et les autres Persans ayant été tués à la bataille de Platées, Pausanias renvoya cette femme à Cos avec toutes les parures que Pharandates lui avait données, et tous ses autres effets. Il ne voulut pas non plus, quoique Lampon d'Egine lui en donnât le conseil, qu'on insultât le cadavre de Mardonios.

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deuxième chapitre.

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