Archidamos ayant laissé plusieurs fils, Agis comme l'aîné fut fait roi de préférence à Agésilas. Archidamos avait aussi une fille nommée Cynisca qui eut l'ambition de concourir aux jeux Olympiques ; elle est la première femme qui ait entretenu des chevaux pour la course des chars, et qui ait remporté des victoires à Olympie. Plusieurs autres femmes, surtout des Macédoniennes, obtinrent depuis des prix à Olympie, mais elle est la plus célèbre de toutes. Aucun peuple, je crois, n'attachait moins d'importance que les Spartiates, et à la poésie, et aux louanges des poètes. En effet, hormis les vers de je ne sais quel poète, en l'honneur de Cynisca, et ceux que Simonide avait composé auparavant sur le trépied que Pausanias offrit à Delphes, je ne connais aucun poète qui ait rien fait pour célébrer la mémoire des rois de Lacédémone. Sous le règne d'Agis fils d'Archidamos, les Lacédémoniens eurent différents sujets de plainte contre les Eléens, ils s'indignaient surtout de ce qu'ils les avaient exclus des jeux Olympiques et du temple d'Olympie. Ils leur envoyèrent donc un héraut pour leur ordonner de rendre la liberté aux Lépréates et aux autres peuples circonvoisins qui leur étaient soumis ; les Eléens répondirent que dès que les Spartiates auraient rendu la liberté aux villes de leur territoire, ils ne manqueraient pas d'affranchir les leurs. Sur cette réponse les Lacédémoniens entrèrent dans l'Élide avec Agis leur roi ; mais un tremblement de terre étant survenu, ils se retirèrent, quoiqu'ils se fussent avancés jusqu'à Olympie et jusqu'au fleuve Alphée. L'année suivante Agis entra de nouveau dans l'Élide et en emmena beaucoup de butin. Sur ces entrefaites, Xénias Eléen qui était l'hôte particulier d'Agis, et l'hôte public des Lacédémoniens, se révolta contre le peuple, de concert avec les riches ; mais Thrasydée qui se trouvait alors à la tête du peuple Eléen, ayant défait Xénias et ses partisans, ayant qu'Agis eût pu venir à leur secours, les chassa de la ville. Agis ayant emmené son armée, laissa Lysistratos Spartiate à la tête de quelques troupes et des exilés Eléens, pour ravager le pays de concert avec les Lépréates. La troisième année de la guerre, Agis et les Lacédémoniens se préparaient de nouveau à entrer dans l'Élide ; mais les Eléens et Thrasydée se voyant réduits à la dernière extrémité, consentirent à se désister de leur empire sur les peuples circonvoisins, à démolir les murs de leur ville ; et ils admirent les Lacédémoniens à sacrifier à Zeus dans Olympie, et à disputer les prix dans les jeux qui s'y célébraient. Agis fit aussi de fréquentes irruptions dans l'Attique, et bâtit à Décelie un fort pour inquiéter les Athéniens. La marine des Athéniens ayant été absolument détruite à Aegos Potamos, Lysandre fils d'Aristocritos et Agis, au mépris des serments faits en commun par les Athéniens et les Lacédémoniens ouvrirent dans l'assemblée des alliés l'avis de raser entièrement Athènes, proposition qui venait de leur chef, et à laquelle ils n'avaient point été autorisés par le peuple de Sparte. C'est-là ce qu'Agis a fait de plus remarquable à la guerre. Il agit à l'égard de Léotychides son fils, avec la même précipitation qu'Ariston à l'égard de Démarate. Il lui échappa en effet, par je ne sais quelle fatalité, de dire en présence des Ephores, qu'il ne croyait pas que Léotychides fût son fils ; il s'en repentit plus tard, car lorsqu'on le rapportait malade de l'Arcadie, arrivé à Heraea, il prit le peuple à témoin de sa déclaration qu'il reconnaissait Léotychides pour son fils, et il recommanda tout en larmes et avec les plus vives instances, à ceux qui étaient présents d'en rendre compte aux Lacédémoniens. Cela n'empêcha pas qu'après sa mort Agésilas ne fît exclure Léotychides de la couronne, en rappelant aux Lacédémoniens les paroles échappées anciennement à Agis. Les Arcadiens d'Heraea vinrent de leur côté et rapportèrent ce qu'ils lui avaient entendu dire en mourant, en faveur de Léotychides ; les deux concurrents se prévalaient chacun d'un oracle de Delphes qui se prêtait à différentes interprétations ; il était conçu en ces termes : « Sparte, à quelque point de gloire que tu sois parvenue, prends garde au tort que pourrait te faire une royauté boiteuse ; car alors tu te verrais en proie à des maux imprévus et aux guerres les plus cruelles ». Léotychides faisait l'application de cet oracle à Agésilas qui était effectivement boiteux d'un pied, et Agésilas le tournait contre Léotychides, qui n'était pas, disait-il, fils d'Agis. Contre leur coutume les Lacédémoniens ne renvoyèrent pas à Delphes la décision de cette difficulté : je crois qu'ils en furent détournés par Lysandre, fils d'Aristocrite, qui agissait de concert avec Agésilas pour que celui-ci obtint la couronne. |
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