En sortant de la place publique, par la rue nommée Aphétais, vous trouvez l'édifice nommé Booneta. Il faut que je dise d'abord d'où vient le nom de la rue. On dit qu'Icarios proposa aux prétendants de Pénélope, un combat à la course dont la main de cette princesse devait être le prix ; et on sait qu'Ulysse fut victorieux. La course se fit, ajoute-ton, dans cette rue, qui prit de là le nom d'Aphétais. Icarios proposa, je pense, cette course à l'exemple de Danaos, qui, voyant que personne ne se présentait pour épouser ses filles à cause du meurtre dont elles étaient souillées, fit annoncer qu'il les donnerait en mariage sans exiger de présents, à ceux que chacune d'elles trouverait à son goût. Les prétendants n'étant pas venus en grand nombre, il les leur proposa comme le prix d'une course où le premier vainqueur obtiendrait le droit de choisir avant les autres, après lui le second, et ainsi successivement jusqu'au dernier : celles qu'aucun d'eux n'aurait choisies, devaient attendre un nouveau concours semblable entre d'autres prétendants. L'édifice nommé Booneta est dans cette rue, comme je l'ai dit. C'était anciennement la maison du roi Polydore ; on lui donna ce nom parce que les Lacédémoniens l'achetèrent de sa veuve et lui en payèrent le prix avec des boeufs, car on ne connaissait pas encore les monnaies d'or et d'argent ; mais, suivant l'ancien usage, on payait les achats qu'on faisait avec des boeufs, des esclaves ou de l'or et de l'argent non façonnés. Ceux qui naviguent aux Indes disent que les Indiens donnent des marchandises en échange de celles qu'on leur porte de la Grèce, mais qu'ils ne connaissent point les monnaies, quoiqu'il y ait une quantité prodigieuse d'or et d'argent dans leur pays. Au-delà du palais des Bidiéens est un temple d'Athéna, dont la statue a été érigée par Ulysse, qui la nomma Keleutheia. Il fit cette offrande après avoir vaincu à la course les prétendants de Pénélope. Il érigea trois temples de Keleutheia, à quelque distance l'un de l'autre. En suivant la rue Aphétais, vous trouvez le monument héroïque d'Iopos, qui vivait, à ce qu'on dit, du temps de Lélex ou de Mylès, et celui d'Amphiaraos, fils d'Oiclès. On croit que les fils de Tyndarée érigèrent ce monument à Amphiaraos, parce qu'il était leur cousin. Le monument héroïque de Lélex est dans le même endroit. L'enceinte de Poséidon Tainarion est à peu de distance de ces monuments : on la nomme le Tainarion. Près de là est une statue d'Athéna, offrande, dit-on, des colonies Lacédémoniennes de l'Italie et de Tarente. L'Hellénion est ainsi nommé, parce que sur la nouvelle du passage de Xerxès en Europe, ceux des Grecs qui voulaient se défendre, s'y réunirent pour se concerter. D'autres disent que les héros grecs, qui, pour faire plaisir à Ménélas, prirent part à l'expédition contre Troie, tinrent conseil en ce lieu pour savoir comment ils passeraient à Troie, et comment ils pourraient tirer vengeance d'Alexandre pour l'enlèvement d'Hélène. On vous fait voir près de l'Hellénion le monument de Talthybios, les Achéens d'Aegion en montrent aussi un sur leur place publique, qu'ils prétendent être celui de ce héros. Les hérauts que Darios avait envoyés pour demander aux Grecs la terre et l'eau, ayant été tués, Talthybios en conçut un courroux qui s'appesantit sur tout le peuple de Lacédémone, mais qui n'éclata, dans Athènes, que sur une famille particulière, sur celle de Miltiade, fils de Cimon, et principal auteur du meurtre commis par les Athéniens sur ceux de ces hérauts, qui étaient venus dans l'Attique. Vous trouvez ensuite l'autel d'Apollon Acritas, le Gasepton, consacré à la terre, et un peu au dessus du Gasepton, la statue d'Apollon Maléate. Tout au bout de la rue Aphétais, et fort près des murs, on voit le temple de Dictynne, et le tombeau des rois de la famille des Eurypontides. Vers l'Hellénion est le temple d'Arsinoé, fille de Leucippe, soeur des épouses de Castor et Polydeuce ( Pollux ). Celui d'Artémis n'est pas éloigné du Phrourion (les corps de garde ). Un peu plus loin est le tombeau des devins, venus de l'Élide et connus sous le nom d'Iamides ainsi que le temple de Maron et d'Alphée, qui, de tous les Lacédémoniens qu'on envoya aux Thermopyles, furent après Léonidas, ceux qui montrèrent le plus de valeur. Les Doriens érigèrent le temple de Zeus Tropaios ( qui donne la victoire ) après avoir vaincu les Amycléens et les autres Achéens, qui habitaient alors la Laconie. La Mère des dieux a aussi un temple dans le même endroit, et on l'honore d'une manière toute spéciale. Après ce temple viennent les monuments héroïques d'Hippolyte, fils de Thésée, et d'Aulôn Arcadien, fils de Tlèsimenès. On dit que Tlèsimenès était frère, ou, suivant d'autres, fils de Parthénopaeos, fils de Milanion. La place publique a une autre issue vers laquelle est situé le Scias, édifice où les Lacédémoniens tiennent encore maintenant leurs assemblées ; il a été construit, dit-on, par Théodore de Samos, qui le premier trouva l'art de fondre le fer et d'en faire des statues. C'est là que les Lacédémoniens suspendirent la cithare de Timothée de Milet, qu'ils condamnèrent pour avoir ajouté quatre cordes aux sept dont se composait anciennement cet instrument. Près du Scias, est un bâtiment rond qui renferme les statues de Zeus et d'Aphrodite, surnommés Olympiens, et qui fut construit par Epimenides : ainsi le disent les Lacédémoniens, qui ne sont point d'accord avec les Argiens au sujet de ce personnage, et qui prétendent n'avoir jamais eu la guerre avec les Cnossiens. |
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