Sous le règne de Phintas, fils de Sybotas, les Messéniens envoyèrent pour la première fois à Délos un choeur d'hommes faits et des victimes pour les sacrifices à Apollon. Eumélos composa l'hymne qui fut chanté par ce choeur, et ces vers sont les seuls qu'on puisse avec certitude attribuer à ce poète. Le règne de Phintas vit naître les premiers différents entre les Messéniens et les Lacédémoniens. L'origine n'en est pas bien éclaircie, et voici ce qu'on raconte. Sur les frontières de la Messénie se trouve un temple d'Artémis, surnommée Limnatis, commun aux Lacédémoniens et aux Messéniens, mais auquel les autres Doriens n'ont aucun droit. Les Lacédémoniens disent que leurs filles, s'étant rendues à cette fête, furent violées par des Messéniens ; que l'un des rois de Sparte ( Téléclos, fils d'Archélaos, fils de Doryssos, fils de Labotas, fils d'Echestratos, fils d'Agis ), s'efforçant de réprimer ce désordre, les Messéniens le tuèrent, et que les Lacédémoniens se tuèrent pour ne pas survivre à leur déshonneur. De leur côté, les Messéniens prétendent que les personnages les plus distingués de leur pays arrivés à ce temple, Téléclos, sans autre motif que le désir de s'emparer de la fertile Messénie, leur dressa des embûches ; qu'il choisit quelques Spartiates, qui n'avaient pas encore de barbe, leur fit prendre des robes et d'autres ajustements de filles, les arma de poignards, et les introduisit dans l'endroit où reposaient les Messéniens qui, en se défendant, tuèrent ces jeunes gens et Téléclos lui-même. Les Lacédémoniens, ajoutent-ils, sachant bien que les premiers torts étaient de leur côté ( car leur roi n'aurait pas fait une tentative pareille, s'il n'y avait pas été autorisé par le peuple ), ne demandèrent point raison du meurtre de Téléclos. Voilà ce qu'on dit de part et d'autre ; il est permis à chacun d'en croire ce qu'il veut, suivant l'intérêt qu'il prend aux Messéniens ou aux Lacédémoniens. Sous la génération suivante, lorsque le fils de Téléclos, Alcamène, régnait à Sparte avec Théopompe, fils de Nicandre, fils de Charillos, fils de Polydectes, fils d'Eunomos, fils de Prytanis, fils d'Eurypon ; lorsque Messène avait pour rois, Antiochos et Androclès, fils de Phintas, la haine qui divisait les deux peuples parvint au dernier excès. Les Spartiates commencèrent les hostilités, sous un prétexte non seulement suffisant, mais spécieux pour des gens passionnés, qui voulaient absolument la guerre ; car avec des dispositions plus pacifiques tout pouvait se terminer par la décision de quelques tribunal. Voici le fait. Polycharès était un Messénien d'un rang assez distingué, couronné vainqueur aux jeux olympiques, en la quatrième Olympiade, lorsqu'il n'y avait encore de prix que pour la course du stade. Il possédait des troupeaux de boeufs, et ses pâturages ne suffisant pas pour les nourrir, il les confia à Euaephnos, Spartiate, qui s'engageait à les faire paître sur ses terres, moyennant une part dans le produit. Euaephnos était de ces gens qui ne s'inquiètent guère de manquer leurs engagements, quand ils ont intérêt à les violer ; homme d'ailleurs insinuant et adroit. Il vendit à des marchands venus par mer dans la Laconie, les boeufs de Polycharès, auquel il alla bientôt annoncer lui-même que des pirates débarqués dans le pays avaient enlevé par force et les troupeaux et les bergers. Tandis qu'il s'efforçait de le tromper, un des bergers échappé des mains des marchands, revient ; et trouvant Euaephnos encore chez son maître, le convainquit de mensonge en présence de Polycharès. Trop bien démasqué pour oser recourir à des dénégations, Euaephnos supplia Polycharès et son fils de lui pardonner sa faute, leur disant que de tous les vices inhérents à la nature humaine, la cupidité était celui qui exerçait l'empire le plus violent. Il apprit ensuite à Polycharès combien les boeufs avaient été vendus, et le pria d'envoyer son fils avec lui pour en recevoir le prix. Arrivé dans la Laconie, Euaephnos se porta à une action bien plus atroce que la première, car il tua le fils de Polycharès. Ce dernier instruit de son malheur se rendit à Lacédémone, où il ne cessait d'importuner les rois et les éphores de ses plaintes sur l'assassinat de son fils ; rappelant tous les autres torts que lui avait faits Euaephnos, qu'il avait choisi pour son hôte, et en qui il s'était confié, de préférence à tous les autres Lacédémoniens. Après s'être, à plusieurs reprises, adressé aux magistrats, sans obtenir satisfaction, il perdit la raison ; et s'abandonnant à la fureur d'un homme qui ne tient plus à la vie, il eut l'audace de tuer tous les Lacédémoniens qui s'offrirent à sa rencontre. Le refus que firent les Messéniens de livrer Polycharès, le meurtre de Téléclos et le souvenir de la fraude de Cresphontes, lors du partage, furent, selon les Lacédémoniens, les causes de la guerre. |
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