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Cupidité des Lacédémoniens. Euphaès. Prise d'Amphée.
     Sur le meurtre de Téléclos, les Messéniens font la réponse que j'ai rapportée plus haut. Ils prouvent aussi que les fils d'Aristodème, de concert avec les autres Héraclides, ramenèrent à Messène Aepytos, fils de Cresphontes, ce qu'ils n'auraient pas fait s'ils avaient eu des différents avec son père. Quant à Polycharès, ils ne voulurent pas, disent-ils, le livrer aux Lacédémoniens, parce que ceux-ci refusèrent de leur livrer Euaephnos ; mais ils avaient offert de soumettre au jugement de l'Amphictyonie qui s'assemblait chez les Argiens, peuple uni aux Spartiates et aux Messéniens par les liens du sang ; ou à celui de l'Aréopage d'Athènes, qui était depuis longtemps en possession de juger les causes de meurtres.
     D'où ils concluent que la guerre entreprise contre eux par les Lacédémoniens, avait d'autres motifs, une cause plus réelle dans cette insatiable cupidité qui les entraînait à convoiter la Messénie, et à commettre bien d'autres injustices ; par exemple, contre les Arcadiens et les Argiens, dont les Spartiates ne se sont jamais lassés d'envahir le territoire ; ces Spartiates, qui les premiers alliés à des barbares, séduits par les présents de Croesos, sont devenus les amis de ce roi, quand déjà il avait asservi les Grecs de l'Asie et même les Doriens établis dans la Carie. Ils ajoutent que les chefs des Phocéens, lorsqu'ils s'emparèrent du temple de Delphes, trouvèrent non seulement les rois de Sparte et chaque magistrat en particulier, mais les éphores et le corps entier du sénat, tous disposés à partager les dépouilles du Dieu. Enfin, ce qu'ils leur reprochent par dessus tout, comme une preuve qu'ils ne refusent rien de ce qui peut servir leurs intérêts, c'est leur alliance avec Apollodore, tyran de Cassandrée. Ce n'est point ici le lieu d'expliquer pourquoi les Messéniens font cette alliance un sujet de reproche si amer ; il me suffit de dire que la tyrannie d'Apollodore accabla les Cassendréens de malheurs presque égaux à ceux des Messéniens, malgré la différence qui résulte du courage de ces derniers, et de la longue durée de la guerre qu'ils soutinrent. Voilà ce que les deux peuples disent chacun de leur côté, sur les causes de la guerre de Messène.
     Les Lacédémoniens envoyèrent alors une ambassade pour demander qu'on leur livrât Polycharès. Les rois des Messéniens déclarèrent qu'après en avoir délibéré avec le peuple, ils enverraient leur réponse à Sparte. L'ambassade repartie, ils convoquèrent l'assemblée, et les avis se trouvèrent diamétralement opposés ; Androclès voulait qu'on livrât Polycharès comme s'étant rendu coupable d'un forfait inouï ; Antiochos, entre autres réponses, disait que le comble du malheur de Polycharès, au milieu de tous les supplices auxquels on ne manquerait pas de le condamner, serait de les souffrir sous les yeux même d'Euaephnos. En définitif les deux partis d'Androclès et d'Antiochos s'échauffèrent au point d'en venir aux armes l'un contre l'autre, mais le combat ne fut pas long, car les partisans d'Antiochos, qui étaient bien plus nombreux, tuèrent Androclès et les principaux des siens. Antiochos, qui restait seul roi, envoya proposer aux Spartiates de s'en rapporter aux tribunaux dont j'ai parlé. On ne dit pas que les Lacédémoniens aient fait de réponse à ceux qui leur portèrent ces lettres. Antiochos étant mort quelques mois après, Euphaès son fils monta sur le trône ; et ce fut alors que les Lacédémoniens, sans aucune déclaration de guerre préalable, sans prévenir les Messéniens qu'ils renonçaient à leur amitié, et après s'être préparés à la guerre le plus secrètement possible, s'engagèrent par serment à ne pas revenir dans leur pays sans avoir conquis la Messénie, quelque longue que pût être la guerre et quelques malheurs qu'ils éprouvassent dans les combats.
     Ce serment fait, ils se mirent en marche pendant la nuit sous le commandement d'Alcamène, fils de Téléclos, et se dirigèrent vers Amphée, petite ville de la Messénie, limitrophe de la Laconie, sur une colline élevée, où les eaux de source sont très abondantes. Sous d'autres rapports encore, les Lacédémoniens trouvaient Amphée très propre à leur servir de place d'armes durant toute la guerre. Comme les portes de la ville étaient ouvertes, et qu'il n'y avait point de garnison, ils la prirent sans difficulté tous les Messéniens y furent tués, les uns dans leurs lits, les autres dans les temples, au pied des autels qu'ils avaient choisis pour refuge, dès qu'ils s'étaient aperçus de la prise de leur ville. Il n'en échappa qu'un petit nombre. Les Lacédémoniens firent cette première invasion dans le pays de Messène, la seconde année de la neuvième olympiade dans laquelle Xénodocos Messénien avait remporté le prix de la course du Stade. Athènes n'était point encore gouvernée par des Archontes annuels choisis au sort. Le peuple Athénien en effet ôta d'abord aux descendants de Mélanthos nommés les Médontides la plus grande partie de leur autorité, et changea la royauté en une magistrature responsable ; il limita par la suite à dix ans la durée de l'exercice de cette magistrature, et Aesimidès, fils d'Eschyle, était dans la cinquième année de son archontat, lorsque les Lacédémoniens prirent Amphée.

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