Avant de passer à l'histoire de cette guerre et des maux qu'endurèrent les deux peuples, entraînés par le destin à s'en accabler l'un l'autre, je veux parler d'un célèbre Messénien, pour faire connaître le temps où il a vécu, et les actions qu'on doit lui attribuer. Cette guerre entre les Lacédémoniens, les Messéniens et leurs alliés respectifs, n'a pris son nom de ceux qui allèrent attaquer les autres, comme celle des Perses et du Péloponnèse ; mais elle fut nommée la guerre de Messène à cause des malheurs que les Messéniens éprouvèrent, ainsi que la guerre où périt Troie, fut appelée la guerre de Troie, et non des Grecs. L'histoire de celle de Messène nous a été transmise par Rhianos de Bène qui l'a écrite en vers, et par Myron de Priène dont l'ouvrage est en prose. Ni l'un ni l'autre n'a décrit tous les événements de cette guerre depuis son commencement jusqu'à la fin ; mais chacun s'étant attaché à la partie qui lui plaisait le plus. Myron a commencé la sienne à la prise d'Amphée, et ne l'a pas continuée au delà de la mort d'Aristodème. Rhianos n'a rien dit de cette première guerre ; il n'a pas même écrit tout ce qui arriva aux Messéniens après leur révolte contre les Lacédémoniens, et il ne s'est occupé que des événements qui suivirent la bataille qui fut livrée près de l'endroit nommé la Grande Fosse. Myron a introduit dans son histoire Aristomènes, le Messénien, à propos duquel je suis entré dans tous les détails, et qui donna le plus grand éclat de sa patrie. Rhianos en parle également, et Aristomènes n'est pas moins célèbre dans ses vers, qu'Achille dans l'Iliade d'Homère. Ces deux écrivains étant si peu d'accord, il fallait nécessairement rejeter le récit de l'un des deux : or Rhianos me paraît avoir établi d'une manière beaucoup plus vraisemblable l'époque d'Aristomènes. Myron, au contraire, se mettait peu en peine d'écrire des choses fausses et même dénuées de vraisemblance, comme on le voit par ses autres ouvrages et surtout par cette histoire de la Messénie. Il dit en effet qu'Aristomènes tua Théopompe, roi des Lacédémoniens, peu de temps avant la mort d'Aristodème, et nous savons que Théopompe ne perdit la vie ni dans un combat ni autrement avant la fin de cette guerre. J'en trouve la preuve dans les vers élégiaques de Tyrtée, qui dit « à Théopompe notre roi, chéri des dieux, avec qui nous avons pris le vaste pays de Messène. » Je crois donc qu'Aristomènes ne se fit connaître que pendant la seconde guerre, et je raconterai ses exploits lorsque j'en serai venu là. |
![]() |