Les Messéniens, ayant appris de ceux qui avaient échappé au massacre, ce qui s'était passé à Amphée, se réunirent de toutes parts à Stenyklaros. Le peuple assemblé, fut exhorté par les différents magistrats et enfin par le roi même, à ne pas se laisser consterner par le sac d'Amphée, comme si le sort de la guerre était décidé par cet événement ; à ne point s'effrayer de l'appareil militaire des Lacédémoniens, qui, s'exerçant à la guerre depuis plus longtemps que les Messéniens, devaient être mieux équipés. Nos avantages, ajoutait Euphaès, sont la nécessité d'être intrépides, et l'espoir que les dieux favoriseront ceux qui défendent leur patrie, sans pouvoir être accusés d'une agression injuste. Après ce discours, Euphaès congédia l'assemblée, et dès lors il tint toujours les Messéniens sous les armes, pour exercer ceux qui n'en avaient jamais porté, et pour accoutumer à une discipline plus exacte ceux qui savaient s'en servir. Les Lacédémoniens faisaient des incursions dans la Messénie, mais sans y rien détruire, regardant déjà le pays comme leur propriété. Ils ne coupaient point les arbres, n'abattaient point les maisons ; mais ils se contentaient d'emmener le butin qu'ils trouvaient sur leur chemin, et d'emporter le blé et les autres fruits. Ils attaquèrent bien quelques villes, mais comme elles étaient toutes fortifiées et gardées avec soin, ils n'y gagnèrent que des blessures et se retirèrent sans succès ; aussi finirent-ils par renoncer aux entreprises de ce genre. Les Messéniens, de leur côté, ravageaient les cantons de la Laconie, voisins de la mer, et tout ce qu'il y avait de cultivé aux environs du mont Taygète. La quatrième année après la prise d'Amphée, Euphaès, qui voulait profiter de l'ardeur des Messéniens dont la colère contre les Lacédémoniens était à son comble, et qui les voyait d'ailleurs suffisamment exercés, leur annonça qu'il allait se mettre en campagne, et ordonna aux esclaves de suivre l'armée avec des pieux et tout ce qui est nécessaire pour fortifier un camp. Les Lacédémoniens ayant appris de la garnison d'Amphée, que les Messéniens étaient en marche, s'y mirent aussi pour aller à leur rencontre. Il y avait dans la Messénie un lieu propre à servir de champ de bataille, à cela près qu'il était borné par un ravin très profond. Ce fut là qu'Euphaès rangea son année dont il donna le commandement à Cléonnis : Pytharatos et Antandros conduisaient la cavalerie et les troupes légères, qui ne montaient pas, en tout, à cinq cents hommes. Lorsque les deux armées furent en présence, les Hoplites, emportés par la haine, s'avancèrent audacieusement et en furieux les uns contre les autres, mais le ravin les empêcha d'en venir aux mains. La cavalerie et les troupes légères engagèrent le combat un peu au-dessus de ce ravin, et comme elles n'étaient ni plus nombreuses, ni mieux exercées d'un côté que de l'autre, il n'y eut point d'avantage. Tandis qu'ils en étaient aux mains, Euphaès ordonna aux esclaves de fortifier le camp avec des pieux, d'abord par derrière, ensuite des deux côtés. La nuit étant venue et le combat ayant pris fin, il fit fortifier le devant du camp, le long du ravin. Le lendemain matin, les Lacédémoniens réfléchissant sur la prévoyance d'Euphaès, ne pouvant forcer les Messéniens au combat tant qu'ils ne sortiraient pas de leur camp, n'ayant d'ailleurs point fait de préparatifs pour rester là, prirent le parti de retourner chez eux. L'année suivante, excités par les vieillards qui leur reprochaient leur lâcheté, et l'oubli de leurs serments, les Lacédémoniens entreprirent ouvertement leur seconde campagne contre les Messéniens. Ils avaient pour généraux leurs deux rois, Théopompe, fils de Nicandre, et Polydore, fils d'Alcamène, qui ne vivait plus. Les Messéniens campèrent en leur présence, et marchèrent à la rencontre des Lacédémoniens, qui les provoquaient au combat. L'aile gauche de ces derniers était commandée par Polydore, la droite par Théopompe, et le centre par Euryléon, Lacédémonien de naissance, mais Thébain d'origine, de la famille de Cadmos. Il descendait en effet à la cinquième génération, d'Egée, fils d'Oeolykos, fils de Théras, fils d'Autésion. Du côté des Messéniens, Antandros et Euphaès commandaient l'aile opposée à la droite des Lacédémoniens ; Pytharatos, celle qui était en face de Polydore ; et Cléonnis occupait le centre. Au moment d'en venir aux mains, les rois cherchèrent à encourager leurs troupes par des discours. Celui de Théopompe fut court, suivant l'usage des Lacédémoniens. Il fit souvenir ses soldats de leurs serments contre Messène, et de la gloire de leurs ancêtres, jadis vainqueurs des peuples voisins : l'occasion est venue, dit-il, de surpasser cette gloire par des actions plus éclatantes et par la conquête d'un pays bien plus fertile. Le discours d'Euphaès, quoique plus long que celui des Spartiates, ne le fut cependant pas plus que le temps ne le comportait. Il dit aux Messéniens, qu'ils n'allaient pas seulement combattre pour leur territoire et pour leurs richesses, mais qu'ils ne devaient avoir aucun doute sur le sort qui les attendait s'ils étaient vaincus, qu'ils verraient leurs villes incendiées, les temples de leurs dieux livrés au pillage, leurs femmes et leurs enfants emmenés comme esclaves, et que pour ceux qui étaient en âge de porter les armes, la mort était le moins qu'ils pussent attendre , heureux encore si elle n'était pas accompagnée d'outrages. Ce ne sont pas là de simples conjectures, ajouta-t-il, et les tourments qu'ont éprouvés les habitants d'Amphée, sont un exemple pour tous. Une mort glorieuse est donc bien préférable à de si grands maux : vous qui n'avez pas encore été vaincus, vous qui n'avez aucune raison d'être moins audacieux que vos ennemis, il vous est bien plus aisé de les vaincre, qu'il ne le serait de réparer vos fautes quand une défaite vous aurait découragés. Tel fut Le discours d'Euphaès. |
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