Les affaires des Messéniens commencèrent à prendre une fort mauvaise tournure après ce combat. Ils ne pouvaient suffire à la dépense qu'entraînait l'entretien des garnisons dans les villes, et leurs esclaves désertaient vers les Lacédémoniens. Enfin, une maladie qui survint donna beaucoup d'inquiétude, parce qu'on la crut épidémique ; elle ne fut cependant pas générale. Après avoir tenu conseil sur les circonstances où, ils se trouvaient, les Messéniens prirent le parti d'abandonner toutes les villes de l'intérieur, pour s'établir sur le mont Ithome, où il y avait déjà une petite ville, qui est, à ce qu'ils prétendent, celle dont Homère dit dans le catalogue ; et l'escarpée Ithome. Ils se retirèrent dans cette ville dont ils agrandirent l'ancienne enceinte pour que tout le monde pût s'y mettre en sûreté ; ce qui ne fut pas difficile, ce lieu étant par lui-même très fort ; car le mont Ithome, qui est l'un des plus grands du Péloponnèse, est de ce côté-là d'un accès fort difficile. Ils crurent aussi devoir consulter l'oracle de Delphes, et ils y envoyèrent pour député Tisis, fils d'Alcis, fort considéré parmi eux, et qui passait pour s'occuper de la divination. Les Lacédémoniens de la garnison d'Amphée se mirent en embuscade pour le prendre à son retour de Delphes ; Tisis, se voyant surpris, et ne voulant pas se rendre prisonnier, se défendit et fut blessé ; mais une voix, partie on ne sait d'où, ayant ordonné aux Lacédémoniens de laisser passer le porteur d'oracle, ils lui ouvrirent le passage. Arrivé à Ithome, Tisis remit au roi la réponse de l'oracle et mourut, peu de temps après, de ses blessures. Euphaès, rassembla les Messéniens, et leur montra cet oracle qui était ainsi conçu : « choisissez par le sort, une vierge pure, de la race d'Aepytos, sacrifiez-la pendant la nuit aux dieux infernaux , si elle prend la fuite, sacrifiez en une autre qu'on viendra offrir volontairement. » Le dieu ayant ainsi manifesté sa volonté, on fit tirer au sort toutes les filles de la race d'Aepytos : le sort tomba sur la fille de Lyciscos : mais Epébolos dit qu'on ne pouvait l'offrir en sacrifice, parce qu'elle n'appartenait pas à Lyciscos, dont la femme stérile avait supposé cet enfant. Tandis qu'Epébolos faisait ce récit au peuple, Lyciscos s'enfuit à Sparte, emmenant sa fille avec lui. Cette évasion consternait les Messéniens, lorsqu'Aristodème, l'un des Aepytides, mais bien supérieur à Lyciscos, par sa considération personnelle et par ses talents militaires, offrit volontairement sa propre fille pour être sacrifiée. La fortune semble se plaire à obscurcir les actions généreuses, de même qu'un fleuve couvre de son limon une pierre précieuse ; voici en effet l'obstacle qu'elle mit au dévouement sublime par lequel Aristodème s'efforçait de sauver sa patrie. Un Messénien dont on ignore le nom, amoureux de cette jeune fille, devait bientôt l'épouser. Il commença par contester les droits que le père prétendait avoir encore sur sa fille, il soutint qu'en la lui accordant, il avait renoncé à ce droit, et que lui seul désormais pouvait disposer d'elle. Comme il vit que ce raisonnement ne réussissait pas, il eut l'impudence d'avancer qu'il avait eu commerce avec cette fille et qu'elle était enceinte. Enfin, il poussa tellement à bout Aristodème, que celui-ci ne se possédant plus, tua sa fille, l'ouvrit et fit voir qu'elle n'était pas enceinte. Epébolos présent à cette scène, demanda aussitôt qu'un autre offrit sa fille, celle d'Aristodème étant morte sans utilité pour l'état, puisque son père l'avait tuée, et non sacrifiée aux dieux que la Pythie avait désignés. A ce discours, le peuple se précipita sur le jeune homme pour le mettre à mort, comme ayant forcé Aristodème à se souiller d'un meurtre inutile, et compromis le salut de la Patrie ; mais Euphaès, qui avait beaucoup d'amitié pour ce jeune Messénien, persuada au peuple que l'oracle se trouvait accompli par la mort de cette jeune fille, et que ce qu'Aristodème avait fait, suffisait pour apaiser les dieux. Tous les Aepytides approuvèrent ce discours, chacun d'eux se réjouissant de n'avoir rien à craindre pour ses filles ; se rangeant donc à l'avis du roi, ils rompirent l'assemblée, et les Messéniens allèrent, au sortir de là, offrir des sacrifices et célébrer la fête des dieux. |
![]() |