Les Lacédémoniens, ayant eu connaissance de l'oracle rendu aux Messéniens, tombèrent dans le découragement, eux et leurs rois, et n'osèrent plus rien entreprendre ni même livrer bataille. Cependant, la sixième année après la fuite de Lyciscos, les sacrifices leur ayant offert des présages favorables, ils marchèrent vers Ithome. Ils n'avaient point pour cette fois de Crétois avec eux ; les alliés des Messéniens étaient aussi en retard ; car les Spartiates donnaient déjà de l'ombrage aux autres peuples du Péloponnèse, et surtout aux Arcadiens et aux Argiens : aussi ces derniers devaient-ils envoyer des secours à l'insu des Lacédémoniens, mais des secours particuliers, qui n'avaient été promis par aucune délibération publique. Quant aux Arcadiens, ils rassemblaient ouvertement une armée, mais elle n'était pas non plus arrivée. Néanmoins la réputation de l'oracle décida les Messéniens à risquer le combat sans leurs alliés. Tout se passa à peu près comme dans la première bataille, et on combattait encore lorsque la nuit vint. On ne dit cependant pas qu'aucune des ailes, qu'aucun bataillon ait été forcé de plier ; mais on convient que les armées ne conservèrent point l'ordre dans lequel elles s'étaient rangées, car de chaque côté, les plus braves s'avancèrent les uns contre les autres au milieu du champ de bataille ; là fut le plus fort du combat. Euphaès qui s'exposant plus qu'il ne convenait à un roi, s'acharnait sans précaution sur Théopompe et sur ceux qui l'entouraient, reçut plusieurs blessures mortelles. Les Lacédémoniens, le voyant tomber sans connaissance quoiqu'il respirât encore, firent les derniers efforts pour s'emparer de sa personne : mais enchaînés par leur amour pour leur roi, par le sentiment de l'opprobre dont ils se couvriraient en le laissant au pouvoir des ennemis, les Messéniens s'animèrent et résolurent de périr plutôt sur son corps que de lui survivre en l'abandonnant. Ainsi Euphaès, par sa chute même, prolongea le combat, et donna aux uns et aux autres l'occasion de faire de nouveaux prodiges de valeur. Il reprit bientôt connaissance, et apprit que dans cette extrémité, ses troupes n'avaient point fléchi. Il mourut peu de jours après, ayant régné sur les Messéniens treize ans, durant lesquels il avait toujours eu la guerre avec les Lacédémoniens. Comme il ne laissa point d'enfants, il fallut que le peuple s'occupât du choix d'un souverain. Cléonnis et Damis, tous deux distingués par de grandes qualités et par leurs talents militaires, se présentèrent pour disputer la couronne à Aristodème ; car pour Antandros, il avait été tué en défendant Euphaès. Les deux devins Epébolos et Ophionéos s'accordaient à dire qu'il ne fallait pas donner la dignité d'Aepytos et de ses descendants à un homme souillé du sang de sa fille ; mais Aristodème n'en fut pas moins élu roi. Ophionéos, l'un de ces devins était aveugle de naissance ; sa manière de prédire consistait à s'informer d'abord de ce qui s'était passé, pour annoncer en conséquence au peuple, ou aux particuliers, ce qui devait leur arriver. Aristodème monté sur le trône, continua de se rendre agréable au peuple, sans blesser l'ordre ; il traitait avec distinction les principaux Messéniens, surtout Cléonnis et Damis ; et pour cultiver aussi l'amitié des alliés, il envoyait des présents aux principaux de l'Arcadie, à Argos et à Sicyone. D'abord on se borna sous son règne, à une guerre de brigandage, en allant piller en petites bandes ; et en faisant des incursions les uns chez les autres, principalement à l'époque des moissons. Quelques Arcadiens même prirent part aux courses que les Messéniens firent dans la Laconie ; quant aux Argiens, ne voulant pas manifester d'avance la haine qu'ils portaient aux Spartiates, ils se contentaient de se préparer pour se trouver à la bataille, s'il venait à s'en livrer une. |
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