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Alliés des Lacédémoniens et des Messéniens. Bataille.
     La cinquième année du règne d'Aristodème, les deux peuples, fatigués de la durée de cette guerre et des dépenses qu'elle entraînait, convinrent d'en venir à une bataille. De part et d'autre leurs alliés les secondèrent. Toutefois, des peuples du Péloponnèse, les Corinthiens seuls prirent les armes pour Lacédémone. Les Arcadiens vinrent avec toutes leurs forces au secours des Messéniens, qui reçurent aussi quelques troupes d'élite de Sicyone et d'Argos. Les Lacédémoniens, ayant placé au centre les Corinthiens, les Ilotes et toutes les troupes des pays circonvoisins qui avaient pris les armes avec eux, se mirent aux deux ailes avec leurs rois, et formèrent une phalange plus profonde et plus serrée que jamais ils ne l'avaient fait. Quant à Aristodème, voici comment il disposa ses troupes. Après avoir choisi les meilleures armes, il les distribua à ceux des Messéniens fit des Arcadiens qui en étaient mal pourvus, mais qui joignaient la force du corps à l'intrépidité. Lorsqu'on en fut au moment de l'action, il les rangea en bataille avec les Argiens et les Sicyoniens ; il donna beaucoup de front et peu de profondeur à cette phalange, pour que les ennemis ne pussent pas l'envelopper, et il prit la précaution de l'adosser au mont Ithome. Il en confia le commandement à Cléonnis, et retint avec Damis celui des troupes légères parmi lesquelles se trouvaient quelques archers et quelques gens armés de frondes, mais dont le plus grand nombre était d'hommes très propres par leur agilité à fondre à l'improviste sur l'ennemi, et à faire une prompte retraite.
     Ils étaient armés à la légère, n'ayant chacun que la cuirasse ou le bouclier ; ceux qui n'avaient ni l'un ni l'autre, étaient couverts de peaux de chèvres ou de brebis ; quelques-uns même, surtout les montagnards de l'Arcadie, de peaux de bêtes féroces, comme de loup ou d'ours. Ils étaient armés, chacun de plusieurs traits, et quelques uns de lances. Ils se mirent tous en embuscade dans les endroits du mont Ithome où ils pouvaient être le moins en vue. Les Messéniens et leurs alliés qui formaient la phalange soutinrent avec beaucoup de valeur le premier choc des Lacédémoniens, et n'en montrèrent pas moins pendant tout le combat. Inférieurs en nombre, ils étaient du moins tous gens d'élite, tandis que l'armée Lacédémonienne était une multitude sans choix. Les Messéniens, supérieurs en courage et en habileté dans l'art militaire, tinrent donc tête longtemps. Cependant leurs troupes légères à un signal donné, fondirent sur les Lacédémoniens et les prenant de côté, les accablèrent de traits : quelques uns plus hardis encore s'approchaient d'eux et en venaient aux mains. Les Lacédémoniens, quoiqu'ils ne s'attendissent point à cette nouvelle attaque, gardèrent leurs rangs, et pour se défendre, se tournèrent contre ces agresseurs : mais cette troupe agile s'échappait aisément, et les laissait dans un embarras extrême qui se changea bientôt en fureur ; car il est dans la nature de l'homme de s'irriter des revers non mérités.
     Ceux des Spartiates qui avaient reçu des blessures, et ceux qui se trouvaient exposés les premiers aux escarmouches, à mesure que la mort de leurs compagnons dégarnissait le flanc de l'armée, s'élançaient hors du rang à l'aspect de l'ennemi, et dans leur colère, le poursuivaient fort loin : mais les Messéniens, fidèles au même système de manoeuvres, les accablaient de coups et de traits tant qu'ils les voyaient immobiles, se hâtaient de fuir au premier mouvement qui s'opérait pour leur poursuite, et de nouveau fondaient sur les Spartiates dès que ceux-ci retournaient sur leurs pas. Tandis que les troupes légères des Messéniens attaquaient de toutes parts les phalanges ennemies, leurs hoplites et ceux de leurs alliés les pressaient de front avec la plus grande audace ; ainsi excédés de fatigue par la longueur du combat, accablés de blessures et mis en désordre, contre leur coutume, par ces troupes légères, les Spartiates rompirent enfin leurs rangs, se mirent en fuite, et n'en furent que plus maltraités. Il n'est pas possible de connaître la perte que les Lacédémoniens essuyèrent dans ce combat, mais je crois qu'elle fut très considérable. Tous les autres regagnèrent leur pays sans être inquiétés, à l'exception pourtant des Corinthiens, à qui la retraite dut être très difficile, puisqu'ils ne pouvaient la faire qu'à travers le pays des Argiens, ou celui des Sicyoniens, peuples qui étaient tous deux leurs ennemis.

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