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Oracle donné aux Lacédémoniens. Oracle donne aux Messéniens. Lyciscos. Prêtresse de Héra. Autre oracle. Oebalos.
     Les Lacédémoniens très affligés de cette défaite et de la perte de tant d'hommes distingués, qui avaient été tués tombèrent dans le découragement, et désespérant du succès de cette guerre, ils envoyèrent à Delphes des députés, à qui la Pythie fit la réponse suivante : « Phoebos ne vous a pas dit de compter uniquement sur la force de vos armes ; c'est par la ruse qu'un autre possède le pays de Messène ; c'est par une ruse pareille qu'il sera conquis. » En recevant cette réponse, les rois et les éphores auraient bien voulu trouver quelque stratagème, mais il ne leur en venait aucun dans l'esprit ; réduits à imiter celui qu'Odysseos avait employé contre Troie, ils firent partir pour Ithome cent hommes qui, s'y présentant comme déserteurs, devaient examiner ce que faisaient les Messéniens : on les bannit même avec éclat pour donner plus de vraisemblance à leur désertion. Mais à peine se furent-ils présentés, qu'Aristodème les renvoya, en disant que les crimes des Lacédémoniens étaient nouveaux, mais que leurs ruses étaient vieilles. Cette tentative n'ayant pas réussi, les Lacédémoniens cherchèrent à mettre la désunion entre les Messéniens et leurs alliés. Des ambassadeurs se rendirent d'abord dans l'Arcadie, y firent des propositions qu'on n'écouta point, et ne crurent pas devoir les porter à Argos. Instruit de leurs menées, Aristodème envoya aussi consulter l'oracle de Delphes, et la Pythie répondit : « Les Dieux vous donnent tout l'honneur de cette guerre, mais tenez vous en garde contre la fraude, et craignez que les bataillons ennemis n'obtiennent la victoire par trahison. Arès rendra leurs armes triomphantes, et plongera dans la tristesse les habitants de vos murs, lorsque d'eux sortiront ensemble de leur embuscade secrète, mais la guerre ne finira que lorsque la nature aura rétabli l'ordre. »
     Aristodème et ses devins ne surent pas pour le moment ce que voulait dire l'oracle, mais les dieux devaient en dévoiler le sens et lui donner son accomplissement peu d'années après. Dans ces entre faites, il se passa d'autres événements chez les Messéniens. Lyciscos, qui, fuyant de Messène avec sa fille, s'était établi à Sparte, eut le malheur de la perdre, et comme il venait souvent à son tombeau, quelques cavaliers Arcadiens se mirent aux aguets dans les environs et le prirent. Amené à Ithome, et conduit devant l'assemblée, il essaya de se justifier, en disant qu'il n'avait point quitté sa patrie pour la trahir, mais que, persuadé par les discours du devin, il avait cru, que cette fille n'était pas la sienne. Cette apologie n'inspirait pas beaucoup de confiance, lorsque la prêtresse d'Héra, alors en exercice, vint au théâtre où se tenait l'assemblée et s'avoua la mère de cette fille : elle l'avait, disait-elle, donnée à la femme de Lyciscos, et celle-ci s'en était déclarée la mère. Je viens, ajouta-t-elle, vous dévoiler ce secret, et me démettre du sacerdoce.
     Ces dernières paroles tiennent un usage qui exigeait, chez les Messéniens, que toute personne, homme ou femme, revêtue d'un sacerdoce, s'en démît, si un de ses enfants venait à mourir avant elle. Convaincus de la vérité de ce que venait de dire cette femme, les Messéniens choisirent une autre prêtresse, et convinrent que Lyciscos était excusable d'en avoir agi ainsi. Quelques temps après, et dans la vingtième année de la guerre, les Messéniens jugèrent à propos d'envoyer de nouveau demander à l'oracle de Delphes s'ils finiraient par obtenir la victoire. La Pythie leur répondit : « Les dieux donneront le pays de Messène à ceux qui placeront les premiers cent trépieds autour de l'autel de Zeus Ithomate ; ce dieu l'a décidé ainsi. Le Lacédémonien par la fraude, les placera avant toi, mais la punition suivra, et il ne pourrra tromper les dieux. Fais ce que le destin ordonne ; la vengeance divine frappe d'abord les uns, ensuite les autres. »
     Les Messéniens accueillirent cet oracle comme favorable ; ils crurent qu'il annonçait que la guerre se terminerait à leur avantage. Le temple de Zeus Ithomate étant dans l'intérieur de leurs murs, il paraissait impossible que les Lacédémoniens y consacrassent des trépieds avant eux ; et comme il ne leur restait plus assez d'argent pour en faire en bronze, ils en commandèrent en bois. Quelque Delphien ayant communiqué cet oracle aux Spartiates, ils délibérèrent en commun sans pouvoir trouver aucun expédient ; alors, un certain Oebalos, homme d'une classe obscure, mais doué d'une grande sagacité, dont il donna la preuve en cette occasion, fit, tant bien que mal, cent trépieds de terre, les cacha dans un sac, et prenant des filets comme un chasseur, se mêla aux gens de la campagne et entra avec eux dans Ithome : il ne lui fut pas difficile de se cacher aux Messéniens, lui qui était inconnu même à la plupart des Lacédémoniens. A peine la nuit venue, il offrit ses trépieds aux dieux, et retourna sur le champ à Sparte annoncer ce qu'il venait de faire. La vue de ces trépieds alarma les Messéniens ; ils se doutèrent bien que c'était une ruse Lacédémonienne : cependant, Aristodème les consola par toutes les paroles qu'une pareille circonstance peut permettre, mais surtout en plaçant autour de l'autel les trépieds de bois, qui se trouvaient faits. A cette même époque, le devin Ophionéos, qui était aveugle de naissance, recouvra la vue de la manière la plus étrange : il lui prit un violent mal de tête, à la suite duquel ses yeux s'ouvrirent à la lumière.

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