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Prise d'Ithome. Fin de la guerre de Messène.
     A partir de là, le temps fixé par les destins pour la prise de Messène, étant arrivé, les dieux annoncèrent cet événement aux Messéniens par divers prodiges. La statue d'Artémis qui était de bronze, ainsi que ses armes, laissa tomber son bouclier. Un jour qu'Aristodème voulait sacrifier à Zeus Ithomate, les béliers allèrent d'eux même heurter l'autel de leurs cornes, avec tant de violence qu'ils en moururent sur le champ ; et pour troisième prodige, les chiens se rassemblaient toutes les nuits en faisant des hurlements, et finirent par s'en aller en troupe vers le camp des Lacédémoniens. De si funestes présages inspirèrent à Aristodème des alarmes qu'un songe vint augmenter. Il se vit armé, prêt à marcher au combat; devant lui sur une table, étaient les entrailles des victimes, quand sa fille lui apparut, vêtue d'une robe noire, et montrant sa poitrine et son ventre ouverts ; renversant les objets placés sur la table, elle lui arracha ses armes, les remplaça par une couronne d'or, qu'elle posa sur la tête de son père, et par un habit blanc qu'elle lui fît prendre. Aristodème, déjà découragé par tout le reste, l'était surtout par ce songe qui lui semblait un présage de sa mort : car les Messéniens, lorsqu'ils enterraient des personnages d'un rang éminent, leur mettaient une couronne sur la tête, et les revêtaient d'habits blancs. Dans ces entrefaites on vint lui annoncer que le devin Ophionéos était redevenu subitement aveugle comme auparavant.
     On comprit alors l'oracle, et l'on vit que la Pythie avait parlé des yeux d'Ophionéos en disant que d'eux sortiraient ensemble de leur embuscade secrète et y rentreraient ensuite. Récapitulant donc tous ses malheurs particuliers, reconnaissant qu'il avait tué sa fille sans aucun avantage pour l'état, et n'espérant plus le salut de sa patrie, Aristodème se tua sur le tombeau de sa fille : il avait fait tout ce que la prudence humaine pouvait suggérer pour sauver les Messéniens, et avait vu le fruit de toutes ses actions, et de ses conseils anéanti par la fortune. Il avait régné six années entières et la plus grande partie de la septième. Les Messéniens tombèrent alors dans un tel découragement, qu'ils furent sur le point d'envoyer des députés aux Spartiates, pour implorer leur clémence, tant ils étaient consternés de la mort d'Aristodème : mais leurs anciens ressentiments les arrêtèrent.
     S'étant donc réunis en assemblée, ils ne nommèrent point de roi et se contentèrent de choisir pour général, Damis, qui prit Cléonnis et Phyléos pour lieutenants, et se prépara autant que le permettaient les circonstances, à un combat que rendaient inévitable, le siège et surtout la famine, parvenue au dernier excès : chacun craignait d'y succomber. La valeur et l'audace des Messéniens ne se démentirent point, même dans ces derniers moments, car tous les généraux et les plus braves guerriers cherchèrent et trouvèrent la mort. Cinq mois s'étaient écoulés depuis la bataille, que les Messéniens résistaient encore : ils n'abandonnèrent Ithome, que vers la fin de l'année, après une guerre de vingt ans, ainsi que Tyrtée l'a dit : « Après vingt ans, ils abandonnèrent leurs campagnes fertiles, et s'éloignèrent des montagnes d'Ithome. » Cette guerre finit la première année de la quatorzième Olympiade, dans laquelle Dasmon de Corinthe remporta le prix de la course. L'administration décennale des Médontides durait encore à Athènes, et Hippoménes finissait la quatrième année de son archontat.

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