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Punition des Messéniens. Aristomènes.
     Tous les Messéniens, qui avaient eu des liaisons d'hospitalité, à Argos, à Sicyone, ou dans quelques villes de l'Arcadie, s'y retirèrent. Ceux qui tenaient à la race des prêtres et au culte secret des grandes déesses, allèrent à Eleusis : la plus grande partie du peuple regagna ses anciennes villes. Les Lacédémoniens commencèrent par raser Ithome jusqu'aux fondements, et s'emparèrent ensuite des autres villes. Du produit du butin, ils offrirent trois trépieds de bronze à Apollon Amycléen : on voit sous le premier une Aphrodite debout, une Artémis sous le second, Déméter et sa fille sous le troisième. Ils donnèrent ensuite aux Asinéens, que les Argiens avaient forcés à s'expatrier, la portion maritime de la Messénie, qu'ils habitent encore maintenant. Les descendants d'Androclès, reçurent des Lacédémoniens le pays appelé Hyamia. Androclès en effet avait une fille, qui prit la fuite quand il mourut, et vint s'établir avec ses enfants à Sparte.
     Quant aux Messéniens eux-mêmes, voici comment ils furent traités par les Lacédémoniens. D'abord on exigea d'eux le serment de ne jamais se révolter, et de n'entreprendre aucun mouvement. En second lieu, sans les soumettre à un tribut d'une valeur fixe, on leur prescrivit d'apporter à Sparte la moitié de toutes les productions de leur territoire. On les obligea de plus, hommes et femmes, à venir de la Messénie à Sparte, pour assister en robes noires aux funérailles des rois et des grands personnages : des peines étaient portées contre ceux qui manqueraient de s'y rendre. Tyrtée parle dans les vers suivants, des outrages que les Messéniens essuyèrent de la part des Spartiates. « Courbés sous le faix comme des ânes, ils sont dans la dure nécessité d'apporter à leurs maîtres la moitié des fruits que produisent leurs champs. » Il parle aussi de l'obligation où ils étaient de porter le deuil. « Ils pleurent, eux et leurs femmes ; longue la Parque tranche les jours de quelqu'un de leurs maîtres. »
     Les Messéniens, se voyant dans un état si déplorable, et sans espérances d'être traités à l'avenir d'une manière plus humaine par les Lacédémoniens, crurent qu'il valait mieux mourir les armes à la main, ou se faire bannir du Péloponnèse ; et ils résolurent de se révolter, quoiqu'il dût en arriver. Ils étaient principalement excités par les jeunes gens, qui, n'ayant pas encore éprouvé les maux de la guerre, se livraient à l'enthousiasme, et préféraient la mort dans une patrie libre à la servitude, même la plus heureuse. Une jeunesse brillante s'était élevée dans toute la Messénie ; mais la plus nombreuse et la plus vaillante habitait Andanie et les environs de cette ville. Là vivait Aristomènes que les Messéniens révèrent encore maintenant comme un héros ; pour élever sa naissance au dessus de celle d'un simple mortel, ils le disent né du commerce de Nicotéleia sa mère, avec un génie ou un dieu, qui avait pris la forme d'un serpent. On en dit autant dans la Macédoine, d'Olympias ; et à Sicyone, d'Aristodama, mère d'Aratos, avec cette différence que les Messéniens ne donnent pas Zeus ni Héraclès pour père à Aristomènes, tandis que les Macédoniens prétendent qu'Alexandre était fils de Zeus Ammon, et les Sicyoniens, qu'Aratos était fils d'Esculape. La plupart des Grecs font Aristomènes fils de Pyrrhus, cependant je sais que les Messéniens, lorsqu'ils lui font des libations, rappellent du nom de fils de Nicomède.
     Quoiqu'il en soit, Aristomènes jeune et bouillant de courage, et avec lui quelques autres citoyens d'un ordre distingué excitaient les Messéniens à la révolte. D'abord aucune entreprise n'éclata, mais ils demandèrent d'abord en secret chez les Argiens, et chez les Arcadiens, pour savoir s'ils prendraient leur parti ouvertement et avec autant de vigueur que dans la première guerre.

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