Ayant tout préparé pour la guerre, et voyant leurs alliés montrer encore plus d'ardeur qu'ils n'avaient osé l'espérer ( car la haine des Argiens et des Arcadiens contre les Lacédémoniens était à son comble), les Messéniens se révoltèrent la trente-neuvième année après la prise d'Ithome, quatrième de la vingt-troisième olympiade, dans laquelle Icaros d'Hypérésie avait remporté le prix de la course. Athènes était déjà gouvernée par des Archontes annuels, et Tlésias remplissait alors cette fonction Tyrtée ne nous a pas transmis les noms de ceux qui en ce temps régnaient à Lacédémone. Rhianos dit, dans ses vers, que cette guerre se poursuivit sous le règne de Léotychides, mais je ne puis être de son avis, et il me semble que, sans nommer celui qui était roi à cette époque, Tyrtée l'a désigné par les vers suivants de son élégie sur la première guerre : « Nos vaillants aïeux, les pères de nos pères y combattirent pour s'emparer de ce pays, dix neuf ans entiers, avec un courage infatigable. » Il est clair, d'après cela, que les Messéniens se révoltèrent à la troisième génération après la première guerre, et la suite de l'histoire nous apprend que Sparte avait alors pour rois, d'une part, Anaxandre , fils d'Eurycrates, fils de Polydore et de l'autre, Anaxidamos, fils de Zeuxidamos, fils d'Archidamos, fils de Théopompe. Je remonte jusqu'au quatrième degré, parce qu'Archidamos mourut avant son père, qui laissa la couronne à Zeuxidamos, son petit-fils. Quant à Léotychides, il paraît qu'il régna après Démarate, fils d'Ariston ; or, Ariston descendait de Théopompe à la septième génération. Les Messéniens, dès la première année après leur rébellion, livrèrent bataille aux Lacédémoniens, dans un lieu de la Messénie appelé Dérae. Les alliés étaient absents de part et d'autre, et la victoire fut indécise. On dit qu'Aristomènes se distingua dans ce combat par des exploits surnaturels : aussi voulut-on le nommer roi après l'action, car il était du sang des Aepytides ; mais il refusa ce titre, et on le nomma général en chef. Aristomènes avait pour maxime, qu'à la guerre il ne faut pas craindre de s'exposer aux périls d'une action mémorable ; mais il crut devoir, plus que tout autre, ouvrir la campagne par un coup d'éclat, qui pût frapper d'effroi les Lacédémoniens et le rendre à l'avenir plus redoutable. Dans ce dessein, il entra de nuit à Lacédémone, et attacha au temple d'Athéna Chalcioicos, un bouclier qui portait cette inscription : « Aristomènes à Athéna, des dépouilles des Spartiates. » L'oracle de Delphes avait ordonné aux Lacédémoniens de faire venir un Athénien pour prendre ses conseils. Ils communiquèrent par des envoyés cet oracle au peuple d'Athènes, et demandèrent un homme qui pût les diriger. Les Athéniens, ne voulant pas désobéir à Apollon, ne voulant pas non plus que les Lacédémoniens s'emparassent si facilement de la plus belle partie du Péloponnèse, imaginèrent l'expédient que voici. Il y avait à Athènes un maître d'école nommé Tyrtée, qui boitait d'un pied et passait pour n'avoir pas la tête bien saine ; ils l'envoyèrent à Sparte. Tyrtée, y étant arrivé, s'adressa d'abord en particulier aux hommes éminents ; puis, rassemblant tous ceux qu'il rencontrait, il leur chantait des élégies et d'autres pièces en vers anapeste. Un an après la bataille de Dérae, les deux peuples, ayant reçu des secours de leurs alliés, se disposèrent à livrer un combat vers l'endroit nommé le monument du Sanglier. Les Messéniens avaient pour auxiliaires, les Eléens, les Arcadiens et des troupes d'Argos et de Sicyone : ils avaient vu d'ailleurs rentrer dans leurs rangs ceux de leurs compatriotes qui jadis étaient sortis volontairement de la Messénie, ainsi que les familles en possession du sacerdoce des grandes déesses, qui avaient quitté Eleusis, pour se rendre auprès d'eux. Les descendants même d'Androclès, réunis à leurs concitoyens, se montraient les plus ardents à les encourager. De l'autre côté, les Corinthiens et quelques Lépréates, par haine pour les Eléens, étaient venus au secours des Spartiates. Quant aux Asinéens, des serments les liaient à l'un et à l'autre peuple. L'endroit nommé le monument du Sanglier, est vers Stenyklaros, dans la Messénie ; son nom vient, dit-on, de ce qu'Héraclès et les fils de Nélée y firent un traité qu'ils jurèrent mutuellement sur les entrailles d'un sanglier. |
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