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Bataille. Valeur d'Aristomènes. Découragement des Lacédémoniens.
Les devins offrirent des sacrifices de part et d'autre avant le combat. Ces devins étaient, pour les Lacédémoniens, Hécas, descendant d'Hécas qui était venu à Sparte avec les fils d'Aristodèrne ; et pour les Messéniens, Théoclès, descendant d'Eumantis, Eléen, de la race des Iamides, que Cresphontes avait amené à Messène ; et leur présence inspirait aux deux armées la plus grande ardeur pour le combat. Tous en général montraient beaucoup de courage, chacun en raison de son âge et de ses forces, mais on distinguait particulièrement Anaxandre, roi des Lacédémoniens, ainsi que les Spartiates qui l'entouraient ; et du côté des Messéniens, Phintas et Androclès descendants d'Androclès, et leurs compagnons d'armes qui s'efforçaient tous de se comporter en hommes de Courage. Tyrtée et les Hiérophantes des grandes déesses, ne prirent aucune part à l'action, et se contenaient d'animer ceux qui étaient à la queue de chaque armée. Quant à Aristomènes, il avait autour de lui quatre-vingts Messéniens d'élite, tous du même âge que lui, et qui se croyaient fort honorés du choix qu'il avait fait d'eux pour combattre auprès de sa personne.
     Ils étaient très habiles à deviner au moindre signe ce que chacun d'eux et surtout leur général faisait ou se disposait à faire. On les vit les premiers, eux et Aristomènes, engager le combat contre les ennemis qu'ils avaient en tête, c'est-à-dire contre Anaxandre et les plus braves Lacédémoniens, s'exposer aux coups sans pâlir, se battre en désespérés, et parvenir à force de temps et d'audace, à faire plier la troupe d'Anaxandre. Aristomènes, dès qu'il la voit en fuite, la fait poursuivre par un autre bataillon de Messéniens : lui-même il se porte avec les siens au point où l'ennemi résiste le plus vivement ; à peine en a-t-il triomphé, qu'il court attaquer d'autres corps, les culbute avec une rapidité qui redouble son ardeur, et s'élance sur tout le reste jusqu'à ce qu'il ait mis en déroute l'armée entière des Spartiates et de leurs alliés : les voyant fuir sans pudeur et même sans vouloir se rallier, il s'acharne à les poursuivre et les frappe d'une épouvante que jamais homme n'a inspirée.
     Quand il fut arrivé près d'un poirier sauvage planté sur un point de la plaine, le devin Théoclès lui défendit d'aller plus avant, parce que, disait-il, les Dioscures étaient assis sur cet arbre ; mais Aristomènes, entraîné par son ardeur, ne lui laissa pas le temps d'achever son discours, poussa jusqu'à cet arbre, et y perdit son bouclier. Un petit nombre de Lacédémoniens dut à cet accident le bonheur d'échapper aux coups d'Aristomènes : ils profitèrent, pour s'enfuir, du temps qu'il mit à chercher son bouclier. Abattus par cette défaite, les Spartiates ne voulaient plus continuer la guerre, mais Tyrtée ranima leur courage par ses élégies ; et, pour remplacer dans les bataillons les soldats qu'on avait perdus, lui-même il choisit des Ilotes. Quant à Aristomènes, lorsqu'il revint à Andanie, les femmes jetaient des guirlandes et des fleurs sur son passage, en chantant ces vers qui se répètent encore aujourd'hui : « A travers les champs de Stenyklaros, et jusque sur le sommet de la montagne, Aristomènes a poursuivi les Lacédémoniens. »
     Aristomènes peu après se rendit à Delphes ; et, descendu dans l'antre de Trophonios à Lebadie, ainsi que la Pythie le lui avait ordonné, il retrouva son bouclier, que dans la suite il consacra à Lebadie où je l'ai vu moi-même. Un aigle, les ailes éployées, les étend de chaque côté jusqu'au bord du bouclier. Aristomènes, de retour de la Béotie et de l'antre de Trophonios où il avait recouvré son armure, médita bientôt de plus grandes entreprises. Suivi de sa troupe d'élite et de quelques autres Messéniens qu'il avait rassemblés, il attendit que le soleil fût couché, et marcha sur une ville de la Laconie nommée anciennement Pharis, comme on le voit dans le catalogue des vaisseaux d'Homère, et connue maintenant par les Spartiates et les peuples des environs sous le nom de Pharae. Arrivé à cette ville, il tua ceux qui voulurent se mettre en défense, et repartit, emportant beaucoup de butin. Il mit en fuite Anaxandre et les Hoplites Lacédémoniens qui l'attaquèrent à son retour, et il se disposait à les poursuivre, lorsqu'il fut blessé d'un trait au haut de la cuisse ; ce qui l'obligea de s'arrêter. Il n'abandonna cependant pas son butin. Ne s'étant reposé que le temps nécessaire pour la guérison de sa blessure, il fit durant la nuit une entreprise sur la ville même de Sparte, mais il en fut détourné par l'apparition d'Hélène et des Dioscures.
     Une autre fois, s'étant mis en embuscade vers la fin du jour, il prit à Caryes les filles qui dansaient en choeurs en l'honneur d'Artémis. Il emmena dans un bourg de la Messénie celles qui appartenaient à des gens riches ou puissants ; et, les ayant données en garde à quelques soldats de son bataillon, il alla se reposer le reste de la nuit. Bientôt s'étant enivrés, ces jeunes gens qui, hors de l'ivresse même, n'étaient pas, je crois, très retenus, entreprirent de violer ces filles. En vain Aristomènes voulut les détourner d'un attentat aussi contraire aux lois reçues dans la Grèce ; ils n'en tinrent compte, de sorte qu'il fut obligé de tuer ceux qui avaient le moins conservé leur raison. Il rendit ensuite ces jeunes filles moyennant de fortes rançons, mais sans que leur honneur eût éprouvé aucune atteinte.

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