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Trahison d'Aristocrates roi des Arcadiens. Punition de Néoptolème. Malheur des Messéniens. Siège d'Ira.
     Aegila est un endroit de la Laconie, où Déméter a un temple très vénéré. Aristomènes et sa troupe, sachant que les femmes y célébraient la fête de la déesse, tentèrent de les enlever ; mais ces femmes, animées sans doute par Déméter, se mirent en défense, blessèrent la plupart des Messéniens avec les couteaux et les broches qui leur servaient à égorger les victimes et à les rôtir, et prirent Aristomènes vivant, en le frappant avec des torches. Il s'échappa néanmoins dès la même nuit, et revint dans la Messénie. Archidamie, prêtresse de Déméter, fut accusée d'avoir facilité son évasion, non pour de l'argent, mais entraînée par l'amour que depuis longtemps elle avait conçu pour lui. Elle s'excusa, en disant qu'il s'était échappé, après avoir brûlé ses liens.
     Dans la troisième année de la guerre, un combat devant se livrer vers la Grande Fosse, et les Arcadiens étant venus de toutes leurs villes au secours des Messéniens, les Spartiates corrompirent à prix d'argent Aristocrates de Trapézonte, fils d'Hicetas, roi des Arcadiens, qui les commandait en cette occasion. Les Lacédémoniens sont, à ma connaissance, les premiers qui aient fait des présents à leurs ennemis, et qui aient acheté à prix d'argent les succès militaires ; avant qu'ils eussent ainsi violé les lois dans la guerre de Messène, et avant la trahison d'Aristocrates l'Arcadien, la valeur des combattants et la volonté des dieux décidaient seules des succès des batailles. Il paraît que les Lacédémoniens en firent autant, pendant que leur escadre était en présence de l'escadre Athénienne, vers Aegos Potamos ; ils achetèrent plusieurs généraux Athéniens, particulièrement Adeimantos, et subirent dans la suite la punition dite de Néoptolème : en effet, Néoptolème, fils d'Achille, pour avoir tué Priam sur l'autel de Zeus Hercien, fut égorgé lui-même à Delphes sur celui d'Apollon, et depuis ce temps-là on nomme punition de Néoptolème, toute punition pareille à l'offense.
     Les Lacédémoniens la subirent donc, même au plus haut degré de leur puissance : ils avaient anéanti la marine des Athéniens ; Agésilas s'était rendu maître de la plus grande partie de l'Asie ; cependant ils ne parvinrent pas à détruire l'empire des Mèdes, et le roi tourna contre eux leur propre invention, en semant de l'argent dans Corinthe, Argos, Athènes et Thèbes. Il alluma par ce moyen la guerre Corinthiaque, si bien qu'Agésilas fut obligé d'abandonner ses conquêtes en Asie. Ainsi fallait-il qu'un jour le destin fît tourner au malheur des Lacédémoniens, la fraude qu'ils avaient employée contre les Messéniens. Aristocrates, ayant reçu l'argent des Lacédémoniens, cacha d'abord aux Arcadiens la trahison qu'il méditait ; mais, lorsqu'on fut sur le point d'en venir aux mains, il les épouvanta, en leur disant qu'ils se trouvaient engagés dans un très mauvais pas, d'où la retraite serait impossible s'ils venaient à être vaincus ; que d'ailleurs les entrailles des victimes n'annonçaient rien de bon : il ordonna donc que chacun eût à prendre la fuite aussitôt qu'il en aurait donné le signal. Les Lacédémoniens avaient attaqué, et les Messéniens songeaient à se défendre, quand Aristocrates, voyant le combat engagé, emmena les Arcadiens, et dégarnit ainsi l'aile gauche et le centre de l'armée, que les Arcadiens occupaient seuls, vu l'absence des Eléens, des Sicyoniens et des Argiens : Aristocrates ne s'en tint pas là, mais il prit la fuite tout au travers des Messéniens qui furent si troublés par cet événement imprévu, et par le désordre où les jetaient les Arcadiens en passant au milieu d'eux, qu'oubliant pour la plupart qu'ils avaient l'ennemi sur les bras, ils tournaient leurs regards moins sur ceux qui les attaquaient que sur les Arcadiens fuyards, tantôt pour les supplier de ne pas les abandonner, tantôt pour les accabler d'injures et les appeler traîtres et méchants.
     Les Messéniens étant ainsi restés seuls, il ne fut pas difficile aux Lacédémoniens de les envelopper, et de remporter la victoire la plus complète et la plus prompte. Aristomènes et les siens résistaient cependant, et tâchaient de soutenir l'effort de ceux des Lacédémoniens qui les pressaient le plus vivement; mais ils étaient en petit nombre, et leur résistance fut inutile. Les Messéniens perdirent tant de monde, qu'eux qui naguère se promettaient de devenir, d'esclaves qu'ils étaient, les maîtres des Lacédémoniens, se virent presque sans espoir de salut. Parmi beaucoup de leurs principaux guerriers qui périrent en cette occasion, furent Androclès et Phintas, et Phanas qui avait remporté aux jeux Olympiques le prix de la course du Dolichos, et qui combattit avec la plus grande valeur. Aristomènes rassembla, après le combat, ceux des Messéniens qui avaient dû leur salut à la fuite, leur inspira la résolution d'abandonner Andanie et les autres villes de l'intérieur, pour se retirer sur le mont Ira. Dès qu'il s'y furent réunis, les Lacédémoniens allèrent camper auprès, croyant bien que le siège ne serait pas long ; mais les Messéniens se défendirent et résistèrent pendant onze ans depuis leur défaite à la Grande Fosse. La durée de ce siège est fixée d'une manière précise par Rhianos, qui dit: « Vingt deux saisons se succédèrent et ramenèrent alternativement les glaces et la verdure, tandis qu'ils campaient autour de cette montagne blanchissante. » On voit qu'il a compté les hivers et les étés ; il entend en effet par la verdure, les blés qui sont verts un peu avant la moisson.

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