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Oracle au sujet du bouc. Objet secret des Messéniens. Le bouvier d'Emperamos trahit les Messéniens.
     Il était dans l'ordre des destins qu'Ira fût prise dans la onzième année du siège, et que les Messéniens fussent chassés de leur pays ; et l'oracle rendu à Aristomènes et à Théoclès fut accompli. En effet, après la déroute de la Grande Fosse, ils étaient allés consulter l'oracle de Delphes sur ce qu'il fallait faire pour le salut de leur patrie, et la Pythie leur avait répondu : « lorsqu'un bouc boira dans la tortueuse Néda, je ne défendrai plus les Messéniens, et leur ruine sera prochaine. » La Néda prend sa source dans le mont Lycée, passe à travers l'Arcadie, et retournant de là dans la Messénie, forme, dans le voisinage de la mer, la ligne de démarcation entre ce pays et celui des Eléens.
     Les Messéniens, d'après cet oracle, craignaient seulement que des boucs n'allassent boire dans la Néda, mais ce n'était pas là ce que le dieu voulait dire. Le figuier sauvage que quelques Grecs nomment Olynthos, porte le nom de Tragos ( bouc) chez les Messéniens. Un de ces figuiers venu sur le bord de la Néda, au lieu de s'élever, prit son accroissement horizontalement du côté du fleuve dans les eaux duquel il trempait l'extrémité de ses feuilles. Le devin Théoclès, ayant vu cet arbre, comprit que c'était là le bouc dont l'oracle avait voulu parler, et que le terme fatal de Messène approchait. Il garda sur cela le plus grand secret, excepté pour Aristomènes qu'il conduisit vers ce figuier : là il lui apprit qu'il n'y avait plus d'espoir de salut. Aristomènes en fut convaincu, et le temps ne permettant plus de différer, il se hâta de prendre les mesures que les circonstances commandaient. Les Messéniens conservaient en secret un objet dont l'anéantissement devait entraîner la destruction totale et éternelle de Messène, mais dont la conservation devait au contraire, selon la prédiction de Lycos, fils de Pandion, ramener un jour les Messéniens dans leur pays. Aristomènes, connaissant ces prédictions, emporta ces objets lorsque la nuit fut venue, et alla les enterrer sur le mont Ithome, dans 1'endroit le plus désert de la ville de ce nom, dans l'espérance que Zeus protecteur d'Ithome et les dieux qui avaient jusque là veillé sur les Messéniens, seraient les gardiens de ce dépôt, et ne laisseraient pas tomber entre les mains des Lacédémoniens le seul gage que les Messéniens eussent de leur retour.
     Bientôt après, les malheurs des Messéniens commencèrent, comme l'avaient fait jadis ceux des Troyens, par un adultère. Les Messéniens, quoique vaincus ; étaient encore maîtres de la montagne et des environs d'Ira jusqu'à la Néda, et quelques-uns d'entre eux avaient leur habitation hors de la ville. Il ne leur était venu de la Laconie aucun autre transfuge, qu'un pâtre esclave d'Emperamos, qui leur amena les boeufs de son maître : cet Emperamos était un des principaux citoyens de Sparte. Ce pâtre menait paître ses boeufs dans les environs de la Néda ; il rencontra un jour la femme d'un de ces Messéniens logés hors de la ville, qui allait puiser de l'eau. Il conçut pour elle une passion qu'il osa lui déclarer, et il la séduisit par quelques présents. L'ayant ainsi gagnée, il épiait le moment où son mari allait à la citadelle ; comme c'était l'endroit par où l'on craignait le plus que les ennemis n'entrassent dans la ville, les Messéniens y montaient la garde tour à tour. Quand donc le mari partait pour s'y rendre, le pâtre allait trouver la femme. Un jour que ce Messénien était de garde avec plusieurs autres, il vint à pleuvoir d'une telle force, qu'ils laissèrent leur poste, l'eau qui tombait du ciel à flots ne leur permettant pas d'y rester, parce que les fortifications ayant été faites à la hâte, il n'y avait ni tours ni créneaux pour se mettre à l'abri.
     Ils ne croyaient pas d'ailleurs que les Lacédémoniens osassent rien entreprendre pendant une nuit aussi orageuse et sans lune. D'un autre côté, Aristomènes ne pouvait pas aller visiter les postes, comme il avait coutume de le faire, car il avait été blessé quelques jours auparavant, en allant délivrer un marchand Céphallénien son hôte, et qui apportait à Ira toutes les choses dont on avait besoin ; ce marchand avait été pris par des Lacédémoniens et des archers d'Aptère que commandait Euryalos Spartiate. Aristomènes le délivra et reprit toutes ses marchandises ; mais il reçut une blessure qui le retint pendant quelque temps chez lui, ce qui fut la principale cause de l'abandon où se trouva la citadelle. Ceux qui composaient la garde s'étant tous retirés, le mari de la femme séduite par le pâtre en fit de même, et retourna chez lui ; l'entendant rentrer, sa femme se hâta de cacher l'amant qui se trouvait alors auprès d'elle, et prodiguant au mari plus de caresses que jamais lui demanda la cause de son retour. Celui-ci qui ne soupçonnait rien de l'infidélité de son épouse, ni du pâtre qu'elle avait caché, dit naïvement la vérité, et raconta comment il avait, ainsi que tous les autres, abandonné la garde de la citadelle à cause de la violence de la pluie.
     Le pâtre n'eut pas plutôt entendu ce récit, que, désertant une seconde fois, il repassa du côté des Lacédémoniens ; Emperamos son maître avait alors, dans l'absence des deux rois, le commandement des troupes qui assiégeaient Ira : le pâtre alla le trouver, et après lui avoir demandé pardon de sa fuite, lui apprit de quelle manière il pouvait dès ce moment, s'emparer aisément de la forteresse, et l'en convainquit par les détails que le Messénien avait révélés.

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