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Oeniades. Guerre entre les Messéniens et les Acarnaniens.
     Lorsque les Messéniens furent à Naupacte, ils ne s'en tinrent pas à la ville et au territoire que les Athéniens leur avaient donnés ; il leur prit envie de prouver qu'ils pouvaient faire par eux-mêmes quelque conquête importante. Ayant appris que les Oeniades, qui occupaient un excellent canton de l'Acarnanie, étaient de tout temps en guerre avec les Athéniens, ils allèrent les attaquer : égaux en forces, mais supérieurs en courage, ils les vainquirent et les assiégèrent dans la ville où ils s'étaient renfermés. Ils n'oublièrent rien de ce qui avait été inventé jusqu'alors pour prendre les villes, soit en appliquant des échelles aux murs, soit en creusant des mines, soit en employant celles des machines qu'on pouvait facilement se procurer, et ils ruinaient chaque jour quelque partie des fortifications.
     Alors les habitants, craignant de périr eux-mêmes, et de voir leurs femmes et leurs enfants réduits en esclavage, si leur ville était prise d'assaut, aimèrent mieux l'abandonner par capitulation. Les Messéniens, s'étant emparés de cette ville et de son territoire, en jouirent un an tout au plus. L'année suivante, les Acarnaniens, ayant rassemblé toutes leurs forces, eurent d'abord envie d'aller attaquer Naupacte, mais il fallait passer à travers le pays des Étoliens, leurs ennemis éternels ; ils conjecturaient d'ailleurs, ce qui était vrai, que les Naupactiens avaient quelques forces navales, et que maîtres, de la mer, il leur était aisé de se défendre contre une armée de terre : ils renoncèrent donc à cette entreprise, et tournèrent sur-le-champ leurs forces contre les Messéniens établis à Oeniades, qu'ils se préparèrent à assiéger, n'imaginant pas qu'une poignée d'hommes fût assez téméraire pour oser livrer le combat à toutes les troupes réunies de l'Acarnanie. Les Messéniens avaient amassé des vivres et tous les approvisionnements nécessaires pour soutenir un siège qu'ils espéraient faire durer longtemps ; ils voulurent cependant tenter auparavant le hasard d'un combat, persuadés qu'ils n'avaient pas à redouter un ramas (ramassis de brigands) venu de l'Acarnanie, eux sur qui les Spartiates n'avaient eu que l'avantage de la fortune et non celui de la valeur.
     Il se rappelèrent aussi du combat de Marathon où trois cent mille Mèdes avaient été défaits par environ dix mille hommes. Ils se rangèrent donc en bataille, et voici, dit-on, comment les choses se passèrent. Les Acarnaniens, beaucoup plus nombreux, enveloppèrent assez facilement les Messéniens, excepté par derrière, l'armée Messénienne étant appuyée contre les portes de la ville, et défendue avec courage par les soldats postés sur les murs. Les Acarnaniens les ayant entourés de tous côtés, excepté par là, les accablaient de traits ; les Messéniens se tenant serrés, leur fondaient dessus, mettaient en désordre tout ce qui se trouvait devant eux, tuaient, blessaient beaucoup de monde, sans pouvoir cependant mettre les Acarnaniens en pleine déroute, parce que ceux-ci, dès qu'ils voyaient leurs rangs rompus quelque part, y portaient du secours et contenaient les Messéniens par leur nombre. Ces derniers, repoussés d'un côté, se portaient ailleurs, et cherchaient encore à rompre les phalanges Acarnaniennes : ils éprouvaient la même résistance. Par leurs attaques, ils mettaient l'ennemi en désordre, et même en fuite pour quelques instants, mais le voyant aussitôt accourir de toutes parts, ils étaient forcés de reculer. Le combat s'était ainsi soutenu jusqu'au soir sans avantage décidé, lorsque l'arrivée de nouvelles troupes Acarnaniennes vers la nuit, décida les Messéniens à soutenir un siège. Ils ne craignaient point que les Acarnaniens prissent leur ville d'assaut, en escaladant les murs ou en les forçant d'en abandonner la défense.
     Au huitième mois, tous leurs vivres étant consommés, ils n'en continuèrent pas moins de railler les Acarnaniens : ils leur disaient du haut des murs, qu'ils avaient assez de provisions, le siège dût-il durer dix ans encore. Toutefois ils profitèrent de l'heure du premier sommeil pour sortir d'Oeniades. L'ennemi s'étant aperçu de leur retraite, ils eurent à soutenir un combat, où ils perdirent trois cents hommes, mais ils en tuèrent bien davantage aux Acarnaniens, à travers lesquels ils parvinrent à s'échapper, du moins pour la plupart : ayant atteint le pays des Étoliens, leurs alliés, ils retournèrent à Naupacte.

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