Le courroux des fils de Tyndarée contre les Messéniens avait commencé dès avant la bataille de Stenyklaros, et voici, je crois, d'où il provenait. Panormos et Gonippos d'Andanie, tous les deux jeunes et remarquables par leur beauté, avaient beaucoup d'amitié l'un pour l'autre, et sortaient toujours ensemble pour aller combattre, ou faire des courses dans la Laconie. Un jour que les Lacédémoniens célébraient vers leur camp la fête des Dioscures, et qu'ils en étaient déjà à boire et à jouer ensemble après le repas, Gonippos et Panormos, tous les deux vêtus de tuniques blanches et de manteaux de pourpre, montés sur des chevaux de la plus grande beauté, le piléos sur la tête, et la lance à la main, se montrèrent à l'improviste aux Lacédémoniens qui se prosternèrent dès qu'ils les aperçurent, et leur adressèrent des prières, croyant que les Dioscures eux-mêmes étaient venus à leur sacrifice ; ces deux jeunes gens les ayant joints, poussèrent tout à coup leurs chevaux au milieu d'eux, en les frappant avec leurs lances, et après en avoir tué plusieurs, ils retournèrent à Andanie. Cette profanation du sacrifice qu'on leur offrait, irrita, je crois, les Dioscures contre les Messéniens ; mais à l'époque dont nous parlons, ils ne s'opposaient plus à leur retour dans leur patrie, comme ce songe le fit connaître à Epaminondas. Ce général fut principalement décidé par les prédictions de Bacis. Inspiré par les nymphes, ce Bacis a fait des prédictions relatives à différents peuples de la Grèce, et particulièrement au retour des Messéniens : « Alors, » dit-il, « Sparte perdra la brillante fleur de sa jeunesse, et Messène sera rétablie pour tous les siècles à venir. » J'ai découvert que Bacis avait même prédit la manière dont Ira serait prise, car il dit dans ses oracles : « et ceux de Messène domptée par le fracas des tempêtes et par des torrents d'eau. » Les mystères ayant été retrouvés, les Messéniens de la race des prêtres, les transcrivirent dans des livres. Epaminondas ayant reconnu que la place où est maintenant Messène, était la mieux située pour la fondation d'une ville, il ordonna aux devins d'employer leur art à savoir si la volonté des dieux était d'accord avec ses projets. Leur réponse ayant été que les sacrifices offraient des présages favorables, il disposa tout pour cette fondation en faisant apporter des pierres et en appelant auprès de lui des architectes pour tracer les rues, construire les temples et les maisons, et entourer la ville de murs ; tout étant prêt et les Arcadiens ayant fourni des victimes, on commença par des sacrifices. Epaminondas et les Thébains en offrirent à Dionysos et à Apollon Isménien, suivant leurs rites particuliers ; les Argiens à Héra Argienne et à Zeus Néméen ; les Messéniens à Zeus Ithomate et aux Dioscures ; et leurs prêtres aux grandes déesses et à Caucon. Ils invoquèrent ensuite en commun leurs héros, et les invitèrent à revenir demeurer avec eux. Ils appelèrent d'abord Messène, fille de Triopas, ensuite Eurytos, Apharéos et ses fils, Cresphontes et Aepytos de la race des Héraclides, et enfin Aristomènes qu'on invita avec le plus d'instances et au nom de tous. Cette journée se passa toute en sacrifices et en prières ; dans les suivantes, on bâtit d'abord l'enceinte des murs, ensuite les maisons et les temples de l'intérieur. Les travailleurs étaient animés par une musique où l'on n'avait admis que les flûtes Béotiennes et Argiennes : les airs de Sacadas et ceux de Pronomos parurent en cette occasion les plus dignes d'entrer en concurrence. Le nom de Messène fut imposé à cette ville, et l'on en rétablit quelques autres. Les Messéniens laissèrent les Naupliens à Mothone, et les Asinéens dans le pays qu'ils occupaient : ceux-ci par reconnaissance de ce qu'ils n'avaient pas voulu prendre les armes contre eux avec les Lacédémoniens ; et les Naupliens, parce qu'après avoir adressé aux dieux des voeux continuels pour le retour des Messéniens, à la rentrée de ceux-ci dans le Péloponnèse, ils leur avaient offert le plus de présents qu'ils pouvaient, et qu'ils avaient d'ailleurs imploré leur clémence pour se maintenir dans le pays. Les Messéniens revinrent dans le Péloponnèse et recouvrèrent leur patrie deux cent quatre-vingt-sept ans après la prise d'Ira ; la troisième année de la cent deuxième olympiade en laquelle Dasmon avait été couronné pour la seconde fois ; Dyscinetos était alors archonte à Athènes. Plus d'un peuple s'est vu arraché à son pays : ainsi les Platéens ont été privés du leur pendant un long espace de temps ; les Déliens, chassés de leur île par les Athéniens allèrent s'établir à Adramyttion ; les Minyens d'Orchomène ont quitté leur ville, dont les Thébains s'étaient emparés après la bataille de Leuctres, et n'y sont rentrés que sous le règne de Philippe, fils d'Amyntas ; à leur tour, les Thébains ont vu leur ville rasée par Alexandre, et peu d'années après rétablie par Cassandre, fils d'Antipater. Mais de tous ces peuples, les Platéens étaient ceux dont l'exil avait été le plus long ; il ne dura cependant que deux générations, tandis que les Messéniens ont erré près de trois cents ans hors du Péloponnèse : ils conservèrent pendant tout ce temps-là, leurs coutumes particulières, et n'oublièrent même pas le dialecte Dorien qu'ils parlent encore maintenant avec plus de pureté que tous les autres peuples du Péloponnèse. |
![]() |