Les Lacédémoniens contenus par la crainte des Thébains n'avaient osé s'opposer ni au rétablissement des Messéniens, ni à la réunion des Arcadiens dans une seule ville : il savaient laissé les Messéniens assez tranquilles pendant quelque temps ; mais ils reprirent courage lorsqu'ils virent les Thébains occupés hors du Péloponnèse par la guerre des Phocéens, autrement nommée la guerre sacrée, et ne purent se tenir d'attaquer les Messéniens, qui se préparèrent à la guerre de concert avec les Argiens et les Arcadiens. Les Athéniens à qui les Messéniens avaient aussi demandé des secours, leur répondirent qu'ils ne se permettraient jamais de faire avec eux une invasion dans la Laconie, mais que si les Lacédémoniens commençaient la guerre, et venaient attaquer la Messénie, ils prendraient les armes pour leur défense. Enfin, les Messéniens firent aussi une alliance avec les Macédoniens et Philippe, fils d'Amyntas, et c'est pour cela, dit-on, qu'ils ne se trouvèrent pas avec les autres Grecs à la bataille de Chéronée ; ils ne voulurent cependant pas non plus prendre les armes contre les Grecs. Ceux-ci, après la mort d'Alexandre, ayant déclaré la guerre une seconde fois aux Macédoniens, les Messéniens y prirent part, comme je l'ai dit dans la description de l'Attique. Ils n'allèrent pas avec le reste de la Grèce combattre les Gaulois, parce que Cléonyme et les Lacédémoniens ne voulurent pas faire de trêve avec eux. Ils s'emparèrent peu de temps après d'Élis, en employant la ruse et l'audace tout à la fois. Les Eléens étaient anciennement le peuple le mieux gouverné du Péloponnèse ; mais Philippe, fils d'Amyntas, qui fit beaucoup d'autres maux à la Grèce, ainsi que je l'ai dit, corrompit aussi à prix d'argent les principaux de l'Élide, et ce pays se trouva alors pour la première fois déchiré par des factions qui même en vinrent aux armes, à ce que disent les Eléens. Depuis ce temps-là, il s'éleva encore de nouveaux sujets de haine entre eux ; ils se divisèrent en effet d'opinion au sujet des Lacédémoniens, et la guerre civile s'alluma parmi eux. Les Lacédémoniens l'ayant appris, se disposaient à secourir leurs partisans, mais tandis qu'ils se formaient en compagnies et en bataillons, mille Messéniens d'élite prirent l'avance, et arrivèrent à Élis portant des boucliers sur lesquels ils avaient mis la marque des Lacédémoniens. Les amis de ces derniers s'y trompèrent, crurent que c'était un renfort qui leur survenait, et reçurent dans la ville ces Messéniens qui les chassèrent pour placer l'autorité entre les mains des leurs. Ce stratagème est de l'invention d'Homère, et les Messéniens surent l'imiter à propos. Ce poète dit en effet dans l'Iliade que Patrocle s'étant revêtu des armes d'Achille, les barbares crurent que ce héros venait lui-même les attaquer ; ce qui mit en désordre ceux des Troyens qui étaient en avant. On trouve dans Homère d'autres stratagèmes ; c'est ainsi que les Grecs ne se contentent pas d'un seul espion, ils en ont deux dans le camp des Troyens ; et peu après, ils font entrer dans Ilion un prétendu transfuge, chargé de pénétrer les plus secrets desseins des Troyens. Ailleurs, les Troyens confient la garde des murs à des citoyens trop jeunes ou trop âgés pour combattre, tandis que les autres passent la nuit campés en présence des Grecs. Enfin, Homère nous dit que les Grecs blessés, pour ne pas rester tout à fait oisifs, armaient ceux qui pouvaient combattre. On voit par là que les ouvrages d'Homère sont utiles aux hommes de toutes les conditions. |
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