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Thuria. Temple d'Artémis Limnatis. Ville de Messène. Artémis Laphria. Artémis d'Ephèse. Temple d'Esculape.
     Le bois Carnion consacré à Apollon, est un peu plus loin que Phares, et renferme une fontaine. En avançant quatre-vingts stades dans l'intérieur de la Messénie, on trouve la ville de Thuria, qui passe pour la même que l'Anthéa dont parle Homère. Elle appartient maintenant aux Lacédémoniens de Sparte à qui l'empereur Auguste l'a donnée, parce qu'au temps où Antoine, Romain lui-même, lui fit la guerre, les Messéniens, ainsi que d'autres peuples de la Grèce, avaient pris le parti d'Antoine par haine pour les Lacédémoniens qui étaient dans celui d'Auguste : ce prince punit plus ou moins sévèrement les Messéniens et les autres peuples qui avaient porté les armes contre lui. Thuria était anciennement sur la hauteur, elle est maintenant dans la plaine. La ville haute n'est cependant pas entièrement abandonnée, car on y voit encore quelques restes des murs et un temple de la déesse de Syrie.
     Le fleuve Aris passe auprès de la ville qui est dans la plaine. Le bourg de Calâmes est dans le milieu des terres, ainsi que Limnaea ( les marais), endroit où se trouve le temple d'Artémis Limnatis ; c'est là, dit-on, que fut tué Téléclos, roi de Lacédémone. En allant de Thuria du côté de l'Arcadie, vous trouvez les sources du Pamisos qui sont très salutaires pour les petits enfants. En avançant à gauche, à quarante stades ou environ de ces sources, on arrive à Messène au pied du mont Ithome. Messène est entourée, en partie par ce mont, et du côté du Pamisos, par le mont Eva qui a pris son nom du cri bachique Evoé, cet endroit étant le premier où Dionysos et les femmes de sa suite l'aient fait entendre. Les murs de Messène sont entièrement en pierres, avec des tours et des créneaux. Je n'ai pas vu les murs de Babylone, ni ceux de Suses en Perse, qui portent le nom de Memnon ; je n'en ai même entendu parler à personne qui les ait vus : mais ceux d'Ambrysse dans la Phocide, de Byzance et de Rhodes, places qui passent pour les mieux fortifiées, ne sont pas aussi forts que ceux de Messène. Il y a sur la place publique de Messène, une statue de Zeus Sauveur, et la fontaine Arsinoé, qui a pris ce nom d'une des filles de Leucippe. L'eau y vient d'une source nommée Clepsydre. On y voit aussi le temple de Poséidon, celui d'Aphrodite, et, ce qui mérite le plus d'être cité, une statue de la Mère des Dieux en marbre de Paros. Elle est l'ouvrage de Damophon qui restaura parfaitement à Olympie la statue de Zeus, dont les parties en ivoire ne se joignaient plus ; et les Eléens lui décernèrent différents honneurs.
     La statue de Laphria, qui se voit à Messène, est du même artiste : voici comment le culte de cette déesse s'est introduit chez les Messéniens. Laphria est le surnom que les Calydoniens donnent à Artémis qui est le principal objet de leur adoration. Ils firent connaître ce surnom à ceux des Messéniens que les Athéniens établirent à Naupacte, ville voisine de l'Étolie. Je parlerai ailleurs de la forme de cette statue. Le nom de Laphria n'est parvenu qu'aux Messéniens et aux Achéens de Patras, tandis qu'il n'y a pas de ville où l'Artémis d'Ephèse ne soit connue, et les particuliers eux-mêmes l'honorent partout d'un culte spécial : ce qui vient, je crois, de la célébrité des Amazones qui passent pour avoir érigé sa statue, et de la haute antiquité de son temple. La renommée de la déesse est encore due à trois autres causes : à la magnificence de son temple qui est le plus grand de tous les édifices connus ; à l'état florissant de la ville d'Ephèse, et à la présence de la déesse elle-même. Messène possède aussi un temple d'Ilithye avec sa statue en marbre. La chapelle des Curètes est tout auprès de ce temple : on y sacrifie toutes sortes d'animaux, en commençant par les boeufs et les chèvres, et en finissant par les oiseaux. Toutes ces victimes sont jetées dans le feu. Les Messéniens ont un temple de Déméter, qui est très révéré ; on y voit les statues des Dioscures enlevant les filles de Leucippe. J'ai déjà dit dans le livre précédent, que les Messéniens prétendent que les fils de Tyndarée leur appartiennent plutôt qu'aux Lacédémoniens.
     Le temple d'Esculape est celui qui renferme le plus de statues, et les plus belles : d'un côté, celles d'Esculape et de ses enfants ; de l'autre, Apollon, les Muses, Héraclès, la ville de Thèbes, Epaminondas fils de Polymnos, la Fortune, et Artémis Phosphoros (porte flambeaux). Celles de ces statues qui sont en marbre ont été faites par Damophon, le seul Messénien que je connaisse, dont les ouvrages méritent d'être cités. La statue d'Epaminondas est en fer, et n'a pas été faite par Damophon. Les Messéniens ont aussi érigé un temple à Messène, fille de Triopas, avec une statue en or et en marbre de Paros. Sur le derrière du temple sont des peintures représentant les rois de Messène, savoir : Apharéos et ses fils, qui régnèrent avant l'expédition des Doriens dans le Péloponnèse ; Cresphontes, l'un des chefs des Doriens, qui fut roi après le retour des Héraclides. De ceux qui régnèrent à Pylos, on ne retrouve ici que Nestor avec Thrasymède et Antilochos, qui sont, entre ses fils les plus honorés, et comme les aînés et comme ayant combattu au siège de Troie. On y distingue encore Leucippe, frère d'Apharéos, Hilaire, Phoebe et Arsinoé, filles de Leucippe ; Esculape qui, suivant la tradition des Messéniens, était fils d'Arsinoé ; enfin, Machaon et Podalire, placés là pour s'être trouvés au même siège de Troie. Ces tableaux ont été peints par Omphalion, élève de Nicias, fils de Nicomède. Quelques personnes disent même qu'il avait été l'esclave de Nicias, et avait servi à ses plaisirs.

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