En allant à la citadelle de Messène qui est au sommet du mont Ithome, vous trouvez la fontaine Clepsydre. Lors même qu'on voudrait le faire, on ne saurait dire combien de peuples prétendent que Zeus est né et a été nourri chez eux ; les Messéniens ont aussi cette prétention. Ils disent qu'Ithome et Néda furent ses nourrices et donnèrent leur nom, l'une au fleuve et l'autre à la montagne. Les Curètes ayant soustrait Zeus à la barbarie de son père, ces deux nymphes le lavèrent dans la fontaine Clepsydre, qui prit son nom de ce larcin. Ils portent tous les jours de l'eau de cette fontaine dans le temple de Zeus Ithomate. La statue du dieu est l'ouvrage d'Ageladas qui la fit pour les Messéniens établis à Naupacte. On lui choisit tous les ans un prêtre qui la garde dans sa maison. Les Messéniens célèbrent aussi tous les ans des fêtes nommées Ithomaea, et on y décernait anciennement un prix de musique : on en trouve la preuve dans d'autres poèmes, et dans ceux d'Eumélos qui dit dans son hymne pour Délos : « la muse qui enfante des chants purs et généreux, a toujours plu au dieu d'Ithome. » Il savait donc, lorsqu'il faisait ces vers, qu'il y avait un concours pour la musique à Ithome. En sortant de la ville par la porte qui conduit à Mégalopolis, en Arcadie, vous trouvez un Hermès, ouvrage Athénien, car les Athéniens donnent la forme carrée aux Hermès, et c'est d'eux que les autres peuples ont appris à les représenter ainsi. En sortant, dis-je, par cette porte, si vous descendez trente stades, vous arrivez à la rivière Balyra, dont le nom vient, dit-on, de ce que Thamyris y perdit sa lyre après avoir été privé de la vue. Il était, suivant les Messéniens, fils de Philammon et de la nymphe Argiopé. Cette nymphe avait toujours habité le Parnasse et ses environs ; mais étant devenue enceinte , et Philammon ne voulant pas l'épouser, elle se retira, disent-ils, dans le pays des Odryses, et c'est pour cela que Thamyris passe pour Odryse de la Thrace. La Leucasie et l'Amphitos se jettent dans la Balyra ; en les traversant, vous entrez dans la plaine nommée Stenyklaros : on dit qu'il y a eu un héros de ce nom. Vis-à-vis cette plaine est le canton qu'on nommait anciennement Oechalie, et qui est maintenant le bois Carnasion planté en grande partie de cyprès. On y voit différentes statues de dieux ; savoir, Apollon Carnion, Hermès portant un bélier ; et Hagné (la chaste), c'est un des surnoms de la fille de Déméter. L'eau sort d'une fontaine au pied même de la statue. Je ne me permettrai pas de parler des grandes déesses dont on célèbre les mystères dans le bois Carnasion, car je mets ces mystères au premier rang après ceux d'Eleusis ; mais le songe qui m'empêche d'en parler, ne m'a pas défendu de dire qu'on y conserve l'urne d'airain que trouva le général Argien, et les os d'Eurytos, fils de Mélanéos. Le fleuve Charadros passe vers le Carnasion ; en avançant à gauche, huit stades au plus, on trouve les ruines d'Andanie. Les Exégètes du pays s'accordent à dire que cette ville a pris son nom d'Andanie, femme dont les parents et l'époux me sont absolument inconnus. En allant d'Andanie à Cyparissia, on trouve sur la route une ville nommée Polichne, et les rivières Electre et Coeos, qui ont peut-être pris leur nom d'Electre, fille d'Atlas, et de Coeos père de Latone ; peut-être aussi de deux héros du pays. Après avoir traversé l'Electre, vous voyez la fontaine Achaia et les ruines de Dorion. Homère dit que c'est à Dorion que Thamyris eut le malheur de perdre la vue pour avoir osé dire qu'il chantait mieux que les Muses. Prodicos de Phocée ( si toutefois la Minyade est de lui) dit qu'il est puni dans les enfers d'avoir osé rivaliser les Muses. Je pense que Thamyris perdit les yeux par quelque maladie, ce qui arriva aussi à Homère ; mais celui-ci supporta courageusement son malheur, et continua toujours à faire des vers, tandis que Thamyris abattu par son mal cessa absolument de chanter. |
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