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Pamisos, fleuve. La ville de Coronée, Temple d'Apollon Corynthos. Asinéens. Dryopes.
     Il y a quatre-vingts stades de Messène à l'embouchure du Pamisos. Les eaux de ce fleuve sont très belles, ses bords bien cultivés, et les vaisseaux le remontent à dix stades au-dessus de son embouchure. Il y entre aussi des poissons de mer, principalement au printemps, ce qui arrive également au Rhin et au Méandre, et surtout à l'Achéloos qui se jette dans la mer vers les îles Echinades. Mais les poissons qui remontent le Pamisos dont les eaux sont très limpides, diffèrent beaucoup de ceux qui nagent dans les eaux bourbeuses des fleuves que je viens de nommer. Les mulets, par exemple, aiment le limon et recherchent les rivières dont les eaux sont troubles. Les fleuves de la Grèce ne nourrissent point de ces monstres homicides qui infestent l'Indus, le Nil, même le Rhin, le Danube, l'Euphrate et le Phase. On rencontre en effet dans ces fleuves des monstres extrêmement avides de chair humaine, qui, plus forts et plus noirs que les Silures de l'Hermos et du Méandre, ont d'ailleurs la même forme. L'Indus et le Nil nourrissent tous deux des crocodiles, et il y a de plus dans le Nil des chevaux marins qui ne sont pas moins redoutables aux hommes. Il n'y a rien à craindre de pareil dans les fleuves de la Grèce, car les chiens (requins) qui se trouvent dans l'Aous, fleuve de la Thesprotide, viennent de la mer et ne sont point des poissons nés dans la rivière.
     Coronée est une ville vers la mer à droite du Pamisos et au pied du mont Témathia. Au bord de la mer sur la même route est un endroit consacré à Ino ; c'est là, dit-on, qu'elle sortit des flots pour monter au ciel, après avoir été mise au rang des dieux sous le nom de Leucothée au lieu de celui d'Ino qu'elle portait avant. En avançant un peu vous arrivez à l'embouchure du Bias, qui a pris, à ce qu'on dit, le nom de Bias, fils d'Amythaon. La source du Plataniston est à vingt stades de la route ; l'eau sort du creux d'un gros platane, dont l'ouverture est presque aussi large qu'une petite caverne. Cette eau est celle qu'on boit à Coronée. Cette ville se nommait anciennement Aepeia ; Epimélides envoyé pour la fonder, après que les Thébains eurent ramené les Messéniens dans leur pays, lui donna le nom de sa propre patrie ; il était de Coronée dans la Béotie : mais dès l'origine les Messéniens prononcèrent Coronée, et cette prononciation, quoique vicieuse, finit par l'emporter. On dit aussi que ce nom vient d'une corneille (coroné) de bronze, trouvée en creusant les fondations des murs.
     Artémis Paidotrophos (qui nourrit des enfants), Dionysos et Esculape y ont des temples. Les statues de ces deux derniers sont en marbre ; Zeus Sauveur est en bronze sur la place publique. Une Athéna de même métal est en plein air dans la citadelle, et tient une corneille à la main. J'y ai vu aussi le tombeau d'Epimélides. Je ne sais pas pourquoi on a donné au port le nom de port des Achéens. En allant plus loin, à quatre-vingts stades ou environ de Coronée, on trouve sur les bords de la mer un temple d'Apollon assez célèbre. Les Messéniens disent qu'il est très ancien ; les malades y vont chercher la guérison. Le dieu se nomme Apollon Corynthos ; sa statue est en bois. Celle d'Apollon Argeos est en bronze, et a été dédiée, à ce qu'on dit, par les Argonautes. Dans le voisinage de Coronée est Colonides dont les habitants se prétendent Athéniens d'origine, et non Messéniens. Ils disent que Colaenos qui les amena de l'Attique prit, d'après un oracle, une alouette pour guide de son expédition. Il n'est pas surprenant qu'ils aient pris avec le temps, le langage et les moeurs des Doriens. Cette ville est sur une hauteur à peu de distance de la mer.
     Les Asinéens habitaient anciennement le Parnasse, dans le voisinage de Lycoritae. Ils avaient pris de leur fondateur le nom de Dryopes, qu'ils conservèrent même dans le Péloponnèse. A la troisième génération après Dryopes, sous le règne de Phylas ils furent vaincus par Héraclès qui les conduisit à Delphes, et en fit offrande à Apollon ; emmenés dans le Péloponnèse d'après un oracle rendu à Héraclès, ils s'établirent d'abord à Asiné près d'Hermione ; chassés de là par les Argiens, ils obtinrent des Lacédémoniens un canton de la Messénie, qui depuis leur fut laissé par les Messéniens rentrés dans le Péloponnèse. Les Asinéens ne conviennent pas de tout cela : ils avouent bien qu'Héraclès les ayant vaincus, prit leur ville sur le Parnasse, mais ils ne furent, disent-ils, ni faits esclaves, ni conduits à Apollon ; ils abandonnèrent leur ville lorsqu'ils virent leurs murs au pouvoir d'Héraclès, et se réfugièrent sur les sommets du Parnasse ; ayant ensuite passé par mer dans le Péloponnèse, ils se mirent sous la protection d'Eurysthée qui, par haine pour Héraclès, leur donna Asiné dans l'Argolide. De tous les Dryopes, les seuls qui se glorifient encore aujourd'hui de ce nom, sont les Asinéens : les Eubéens de Stryra le dédaignent : Dryopes d'origine, il est vrai, mais n'ayant pas combattu contre Héraclès, parce que leurs habitations étaient éloignées de la ville, ils font comme les Delphiens qui ne veulent pas s'appeler Phocéens.
     Les Asinéens, au contraire, aiment beaucoup à s'entendre appeler Dryopes, et les plus vénérés de leurs temples ont été évidemment érigés en mémoire de ceux qu'ils avaient sur le Parnasse ; car ils sont consacrés, l'un à Apollon, et l'autre à Dryopes dont la statue est très ancienne. Ils y célèbrent tous les ans des mystères, et ils disent que Dryopes était fils d'Apollon. Leur ville est sur les bords de la mer et dans la même situation qu'Asiné dans l'Argolide. Elle est à quarante stades de Colonides ; et à la même distance, Acritas, promontoire que regarde une petite île déserte nommée Théganussa : vient ensuite le port Phoinicos, près duquel sont les îles Oenusses.

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