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Mothone. Naupliens. Temple d'Athéna Anémotide. Eaux, remarquables par leurs couleurs et leurs qualités.
     Mothone se nommait Pédasos avant la guerre de Troie, et même pendant cette guerre ; depuis elle changea de nom : suivant les Mothonéens elle prit celui qu'elle porte de Mothone, fille d'Oenée, fils de Porthaon ; ils disent que ce prince s'étant retiré dans le Péloponnèse avec Diomède, après le siège de Troie, eut Mothone d'une concubine ; mais à mon avis, le nom de la ville vient du rocher Mothon, qui forme le port ; car, en s'avançant sous la mer, il ne laisse qu'un passage étroit pour les vaisseaux, et empêche en même temps que l'agitation des flots ne se communique au fond de la mer. On a déjà vu qu'au temps où Damocratidas régnait à Argos, les Naupliens furent chassés de leur pays, comme attachés aux Lacédémoniens, et que ceux-ci leur donnèrent Mothone qui leur fut laissée par les Messéniens revenus dans le Péloponnèse.
     Les Naupliens sont, à ce que je crois, Egyptiens d'origine ; ils vinrent par mer dans l'Argolide avec Danaos : après trois générations, Nauplios, fils d'Amymone, les emmena à Nauplie où ils s'établirent. L'empereur Trajan leur a donné la liberté et leur a permis de se gouverner par leurs propres lois. A une époque plus reculée, ils éprouvèrent un malheur que ne partagèrent point les autres Messéniens des bords de la mer. La Thesprotide de l'Epire était livrée à l'anarchie : Déidamie se voyant sans enfants, avait remis, avant de mourir, l'autorité entre les mains du peuple. Elle était fille de Pyrrhus, fils de Ptolémée, fils d'Alexandre, fils de Pyrrhus ; ce dernier était fils d'Aeacide, et j'ai déjà parlé de lui, dans la description de l'Attique. Proclès de Carthage dit que les faveurs de la fortune et des succès éclatants, placèrent au premier rang Alexandre, fils de Philippe, mais que Pyrrhus était plus habile à ranger l'infanterie et la cavalerie en bataille, et à inventer des stratagèmes contre ses ennemis. Les Epirotes n'ayant plus de rois, le peuple devenu insolent, ne voulut plus reconnaître l'autorité de ses magistrats, et les Illyriens qui habitent les bords du golfe Ionien au dessus de l'Epire, les soumirent par une seule invasion.
     Je ne connais guère que les Athéniens dont la puissance se soit accrue par la démocratie ; elle leur procura une grande supériorité, ce qui vient sans doute de ce qu'ils étaient doués d'une intelligence supérieure à celle de tous les autres Grecs, et s'écartaient le moins possible des lois établies. Une fois que les Illyriens eurent goûté la douceur du commandement, leur ambition s'accrut ; ils construisirent des vaisseaux et allèrent piller çà et là les pays qu'ils abordaient. Descendus chez les Mothonéens, ils se présentèrent comme amis, et envoyèrent à la ville prier qu'on, leur apportât du vin sur leurs vaisseaux. Comme les vendeurs n'étaient pas venus en grand nombre, les Illyriens achetèrent le vin au prix demandé par les Mothonéens, et leur vendirent des marchandises qu'ils avaient apportées. Le lendemain, le concours des Mothoniens fut plus grand, et on leur laissa un profit raisonnable : à la fin, hommes et femmes accoururent sur les vaisseaux pour vendre du vin et acheter des marchandises ; alors les barbares levant le masque, enlevèrent beaucoup d'hommes, bien plus de femmes, les embarquèrent, et les emmenèrent dans le golfe Ionien, laissant la ville de Mothone presque vide d'habitants.
     On voit à Mothone un temple d'Athéna Anémotide. On dit que c'est Diomède qui a érigé cette statue et donné ce nom à la déesse. Le pays était dévasté par des vents violents et qui soufflaient hors de saison ; Diomède adressa des prières à Athéna et depuis ce temps-là les vents ne firent plus de ravage dans le pays. Il y a aussi à Mothone un temple d'Artémis avec un puits dont l'eau est mêlée d'une espèce de poix, et ressemble assez au baume de Cyzique, elle en a en effet toute la couleur et l'odeur. J'ai vu de l'eau très bleue aux Thermopyles ; elle ne l'est cependant pas toute, mais seulement celle qui se rend dans le réservoir nommé le bain des femmes.
     Il y a dans le pays des Hébreux, près de Joppé, de l'eau rouge comme du sang, elle est tout auprès de la mer, et les gens du pays disent que Persée ayant tué le monstre marin auquel on avait exposé la fille de Céphée, se lava dans cette fontaine du sang dont il était souillé. J'ai vu moi-même à Astyra une fontaine dont l'eau est noire. On nomme Astyra, des bains chauds, vis-à-vis Lesbos, dans le canton nommé Atarnée, que le roi des Mèdes donna aux habitants de Chios, pour prix de ce qu'ils lui avaient livré Pactyas le Lydien qui s'était mis sous leur protection. Ces eaux-là sont noires, on en voit au contraire de blanches, au-dessus de la ville de Rome, après avoir traversé l'Anio. En y entrant, vous êtes saisi de froid jusqu'à trembler : si vous y restez quelque temps, vous en recevez autant de chaleur que du médicament le plus ardent. Ces sources sont les seules, à ma connaissance, qui offrent quelque chose de merveilleux ou de singulier ; j'en connais de moins merveilleuses dont je ne dirai rien.
     Ce n'est pas un grand miracle, en effet, que de trouver des eaux salées et acres. Il faut cependant que je parle encore de deux fontaines d'un genre très différent. Il y a dans le territoire de Cardie une plaine nommée Leucos ; on y trouve, vers le bourg de Dascyle une fontaine dont l'eau est chaude, et plus agréable à boire que du lait. L'autre fontaine que je ne connais que par Hérodote, se jette dans l'Hypanis et son eau est amère au goût. Je ne vois pas pourquoi on ferait difficulté de croire cet historien, puisqu'on a découvert de mon temps à Dicaearchia dans l'Etrurie, une source d'eau chaude, si acide qu'elle corrode en peu d'années les tuyaux de plomb par où elle passe.

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