Il y a dans la Messénie, sur les bords de la mer, à vingt stades au plus de la forêt de Choerios, une ville dont le nom actuel est Abia. On dit qu'elle se nommait anciennement Iré, et qu'elle était une des sept villes que, suivant Homère, Agamemnon promettait à Achille, Hyllos et les Doriens ayant été vaincus par les Achéens, Abia, nourrice d'Hyllos, se retira, dit-on, à Iré, s'y établit, et y érigea un temple à Héraclès, père d'Hyllos ; c'est pour cela que Cresphontes lui décerna depuis divers honneurs et donna son nom à la ville : on y remarque le temple d'Héraclès et celui d'Esculape. Phares est à soixante et dix stades d'Abia ; on trouve sur la route une source d'eau salée. L'empereur Auguste a réuni à la Laconie les Messéniens de Phares. Cette ville avait été fondée, dit-on, par Pharis, fils d'Hermès et de Philodameia, fille de Danaos ; on ajoute que ce Pharis n'eut point de fils, mais seulement une fille nommée Télegoné, dont Homère, dans l'Iliade, nous fait connaître les descendants, en disant que Créthon et Ortilochos étaient fils jumeaux de Dioclès, né lui-même d'Ortilochos, fils d'Alpheios. Il ne parle point de Télegoné ; mais, suivant les Messéniens, ce fut d'elle qu'Alpheios eut Ortilochos. J'ai aussi entendu dire à Phares qu'outre ces deux jumeaux, Dioclès eut une fille nommée Anticlée dont Machaon, fils d'Esculape, eut deux fils, Nicomachos et Gorgasos, qui restèrent dans le pays, et montèrent sur le trône après la mort de Dioclès. Ils sont encore maintenant en possession de guérir les malades et les estropiés ; on leur fait, en conséquence, des sacrifices, et des offrandes. Vous verrez aussi à Phares un temple de la Fortune et une statue très ancienne. Je crois qu'Homère est le premier qui ait fait mention de la Fortune (Tyché) dans ses vers ; c'est dans l'hymne à Déméter où il la nomme parmi les filles de l'Océan, qui jouaient avec Koré, fille de Déméter : voici ses expressions : « nous étions toutes ensemble dans l'agréable prairie, Leucippe, Phoena, Electre, Ianthé, Mélobosis, Tyché et la vermeille Ocyrhoé ». Il ne nous apprend rien de plus : il ne dit point que de toutes les divinités elle est celle qui a le plus d'influence sur les événements de la vie, et qui donne le plus de force à ceux qu'elle favorise ; il nous apprend cependant dans l'Iliade que Athéna et Enyo président aux combats, que Artémis est redoutable aux femmes en couches, et que les plaisirs de l'hymen sont sous la direction d'Aphrodite ; mais il ne dit rien de plus de la Fortune. Boupalos célèbre par ses talents en sculpture et en architecture, qui a fait pour les Smyrnéens une statue de la Fortune, est le premier, à ma connaissance, qui l'ait représentée avec le Polos sur la tête, et tenant de la main gauche, ce que les Grecs nomment la corne d'Amalthée. Il a voulu exprimer par là les attributions de cette déesse. Pindare, après lui, l'a célébrée dans plusieurs de ses poèmes, et lui a donné le surnom de Phérépolis. |
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